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Un prix considérable à payer pour réformer le système de santé, selon deux ex-ministres

Elvy Robichaud et Michael Murphy, anciens ministres de la Santé, se souviennent de réformes difficiles.

Ancien député de Tracadie-Sheila, Elvy Robichaud a été ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick de 2001 à 2006.

Photo : Radio-Canada / René Godin

Radio-Canada

Il y a un prix à payer, sur le plan personnel et le plan politique, lorsqu’on entreprend une grande réforme du système, s’entendent pour dire deux anciens ministres de la Santé du Nouveau-Brunswick qui ont eu à prendre des décisions douloureuses au tournant du siècle.

Elvy Robichaud a été ministre de la Santé de 2001 à 2006 dans le gouvernement progressiste-conservateur de Bernard Lord. C’est lui qui avait annoncé la décision, très impopulaire, de fermer le service d’urgences à Caraquet et d'y réduire des services.

L’Hôpital de l'Enfant-Jésus de Caraquet était devenu un centre de santé communautaire en 2005. Il y avait eu des manifestations monstres.

Dans une rare entrevue depuis son retrait de la vie politique, Elvy Robichaud réitère qu’il ne regrette pas sa décision et que celle-ci a réellement amélioré l’accès aux soins de santé au Nouveau-Brunswick. Les économies qu'on avait faites, on les réinvestissait en santé, dit-il.

Ce que les gens oublient, c'est qu'on n'avait pas fermé seulement les services à Caraquet, mais on avait fermé des lits partout [...] On avait des gens, par exemple, qui avaient des procédures jusqu'à Waterloo, en Ontario, pour le coeur. On les fait présentement au Nouveau-Brunswick. On avait des gens à l'époque qui allaient jusqu'aux États-Unis pour des traitements de suivi à un cancer qu'on fait présentement au Nouveau-Brunswick, indique-t-il.

Le prix à payer a toutefois été considérable, admet Elvy Robichaud.

Elvy Robichaud dans un fauteuil.

Ancien député de Tracadie-Sheila, Elvy Robichaud a été ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick de 2001 à 2006.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

La GRC avait trois caméras à la maison, mentionne-t-il. La GRC visitait mon camp - j’ai un camp de chasse et pêche - régulièrement parce qu’on avait menacé de le brûler.

Je ne suis peut-être pas le gars qui m'arrête à ça, mais des gens de la famille, ça les dérangeait, se souvient-il. La famille, c'est tout le temps difficile. Souvent les gens ne vont pas critiquer le politicien lui-même, parce qu'il est en position de pouvoir. Donc on va faire les remarques à ton frère, à ta femme et aux gens qui te connaissent bien. Il y a des amis que j'avais par exemple à Caraquet, que je dirais que c'est froid.

On n’est pas là pour faire du tort aux gens, on essaie de faire du mieux qu'on peut avec les ressources qu'on a, confie l’homme politique à la retraite. On perd des amis, ça, c'est sûr, mais on prend toujours les décisions en politique en pensant qu'on le fait pour le bien de l'ensemble de la population.

Elvy Robichaud.

Le ministre de la Santé, Elvy Robichaud, le 15 octobre 2004.

Photo : La Presse canadienne / Chuck Stoody

Les politiciens ne veulent pas faire mal aux gens, ne veulent pas faire mal à une population. On essaie de faire le mieux avec les ressources qu’on a, dit l’ex-ministre.

Un « ministère de la Maladie »

Elvy Robichaud ne va pas jusqu’à appuyer les réformes du gouvernement de Blaine Higgs. Il explique qu’il est difficile de comparer les défis auxquels fait face le gouvernement actuel avec ceux qu’il a connus, car la situation est différente. À la vitesse que les choses se passent aujourd'hui, la science peut changer, la technologie peut changer. Tu ne peux pas aller faire un changement et ne pas réévaluer, prévient-il cependant. Le plan qu'on avait mis à l'époque devait être réévalué à tous les cinq ans.

Il espère aussi que la prévention sera au cœur des objectifs en santé des gouvernements futurs. C’est la seule chose qu’il changerait dans les politiques qu’il a pilotées comme ministre.

Mes regrets que j'ai face à la réforme, je vais vous dire honnêtement ce que c'est : on n’a pas mis de l'argent assez sur l'éducation et la prévention de la santé, et si c'était à recommencer, c'est là que je voudrais mettre de l'argent. Parce que finalement, ce n'est pas un ministère de la Santé, c’est un ministère de la Maladie, déplore-t-il.

On arrive dans le système de santé quand on est malade, souligne-t-il. Deux gars de 40 ans ou deux femmes, qui vont mourir à 82... celui qui est en forme va peut-être utiliser les services les derniers cinq, six mois de sa vie ; puis l'autre va les utiliser à partir de 40, 45 ans sur une base régulière.

M. Robichaud n’est pas le seul à avoir pris des décisions impopulaires. Michael Murphy était ministre de la Santé de 2006 à 2009 lorsqu’un gouvernement libéral avait fusionné les huit régies de santé. Il reconnaît que cela a pu contribuer à la défaite du premier ministre Shawn Graham après un seul mandat, et a eu des répercussions sur sa vie et sa carrière politique.

Mike Murphy assis à un bureau devant un document.

Ancien député de Moncton-Nord, Mike Murphy a été ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick de 2006 à 2009.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Ça m’a coûté cher, avoue-t-il. Certainement, ça m’a coûté pendant la course au leadership du Parti libéral. Ça m’a coûté au niveau de la vie familiale : on a eu plusieurs appels qui étaient assez… mauvais.

Les gens de votre caucus vous supportent avec les réformes jusqu'à ce qu'il y ait des manifestations, relate M. Murphy. Il affirme que certains collègues allaient voir le premier ministre pour lui demander de le remplacer.

L’ancien ministre libéral appuie la décision du gouvernement progressiste-conservateur de fermer les urgences la nuit dans six hôpitaux.

Manifestation devant l'Hôpital mémorial de Sackville, au Nouveau-Brunswick, le 13 février 2020.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Manifestation devant l'Hôpital mémorial de Sackville, au Nouveau-Brunswick, le 13 février 2020.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

C'était inévitable, parce que ce ne sont pas des urgences. Les personnes qui sont en crise au milieu de la nuit sont dans une ambulance allant vers un hôpital régional, affirme-t-il.

Si tu as une crise cardiaque profonde ou tu as cassé tes deux jambes, tu ne veux pas aller dans un hôpital où [...] tu as seulement des médecins de famille. Tu veux être traité par des spécialistes, et ces urgences-là - qui ne sont pas vraiment des urgences - sont administrées par les médecins de famille, poursuit Michael Murphy.

Hôpital général de Grand-Sault, au Nouveau-Brunswick.

Hôpital général de Grand-Sault, au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Wildinette Paul

Il plaide pour plus de collaboration dans la région. En 2009, j’ai voulu avoir un programme d’obstétrique sur la Péninsule acadienne, se souvient-il. J’ai voulu avoir une coopération entre les trois hôpitaux de la Péninsule. Les gens de Caraquet avec qui j'ai parlé n'étaient pas du tout intéressés d'avoir une coopération avec Tracadie. C'est toute une communauté la Péninsule acadienne et le temps est venu d'avoir une coopération.

Je salue M. Higgs au niveau d'une politique pour la santé qui est responsable. Je ne le salue pas comme politicien, car ce sera difficile pour lui, dit Michael Murphy. L’avocat et ancien député de Moncton-Nord met en doute l’instinct politique de Blaine Higgs, qui risque maintenant de voir son gouvernement tomber.

Robert Gauvin au micro, soutenu par Blaine Higgs, souriant.

Robert Gauvin et Blaine Higgs en campagne électorale en 2018.

Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

D’après M. Murphy, le premier ministre devrait annoncer des élections le plus tôt possible au lieu de risquer des défaites dans les deux élections partielles à venir.

Michael Murphy croit que le gouvernement peut poursuivre les grandes lignes de sa réforme en santé tout en offrant des accommodements à certaines régions. Le vice-premier ministre Robert Gauvin, soutient-il, est dans une position unique pour y contribuer.

Je pense que M. Gauvin a bien réagi et a dit que son coeur est avec la communauté, dit-il. Mais lui est dans une position maintenant, comme vice-premier ministre, de négocier des amendements qui puissent satisfaire les gens bien informés de la communauté.

S'il quitte le parti ou quitte le Conseil des ministres, il n'aura aucun pouvoir, prévient-il.

Manifestation le 13 février 2020 à Sackville, N.-B., contre la fermeture des services d'urgence la nuit.

Manifestation le 13 février 2020 à Sackville, N.-B., contre la fermeture des services d'urgence la nuit.

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

Les deux anciens ministres de la Santé s’entendent pour dire qu’il faut savoir reconnaître les inquiétudes légitimes de la population du Nouveau-Brunswick. Le public n’acceptera les réformes que s’il est convaincu qu’elles ont pour objectif d’améliorer la situation.

Ça affecte les gens. Quand les gens disent "il va peut-être y avoir des morts", c'est sérieux, l'inquiétude est vraie, dit Elvy Robichaud.

Le problème, affirme de son côté Michael Murphy, c'est les craintes, les inquiétudes des gens dans un coin de la province, dans les régions rurales. Il faut communiquer aux gens, dit-il, qu'ils sont dans une situation sécuritaire malgré les fermetures d’urgences.

À l'époque, on gagnait des choses parce qu'on avait de l'argent, on réinvestissait en santé, on a apporté des services qu'on n’avait pas ici, affirme Elvy Robichaud. La perception depuis l’annonce du gouvernement Higgs n’est pas la même, à son avis. Tout de suite, je n’ai pas vu ça. Ce n’est pas clair dans mon esprit qu’on a un gain. On a l'impression qu'il y a une perte générale.

Lorsqu’on fait ces choses-là, c’est important que les gens comprennent le pourquoi, résume M. Robichaud. Qu’est-ce qui va se produire? Y a-t-il des résultats positifs à ça?

D’après le reportage de Nicolas Steinbach

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