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Les tweets de Trump « rendent mon travail impossible », dit le procureur général Barr

Bill Barr regarde devant lui, la main levée.

Bill Barr s'est permis une rare critique à l'endroit du président Trump.

Photo : Associated Press / Susan Walsh

Sophie-Hélène Lebeuf

Sur la sellette pour sa gestion du dossier Roger Stone, un ami et collaborateur de longue date de Donald Trump, le procureur général des États-Unis, Bill Barr, s'est permis une rare critique à l'endroit du président, dont il est un allié loyal, disant juger ses tweets contre-productifs.

Dans une entrevue exclusive accordée à ABC News et diffusée jeudi, Bill Barr, que les démocrates accusent depuis des mois d'agir comme l'avocat personnel du président Trump, assure que ce dernier n'est pas intervenu pour infléchir sa décision dans le dossier Stone ou dans tout autre dossier.

Faire marche arrière pour recommander une peine moins lourde que celle réclamée initialement par l'équipe de procureurs chargés du dossier était juste et raisonnable, a-t-il affirmé. Mardi, son département a jugé excessive et injustifiée la peine de sept à neuf ans d'emprisonnement que les procureurs avaient recommandée.

M. Barr a soutenu en être venu à cette conclusion par lui-même, avant que le président ne critique publiquement les recommandations initiales des procureurs sur son réseau social préféré. Les tweets du président au cours des derniers jours ne lui facilitent pas la tâche, a-t-il toutefois concédé.

Allez-vous de l'avant avec ce que vous percevez comme la bonne décision ou vous retenez-vous à cause du tweet?, a-t-il lâché. Cela illustre bien à quel point ces tweets peuvent être perturbateurs.

Je pense qu'il est temps de cesser les tweets sur les affaires pénales du département de la Justice, a-t-il estimé.

Je ne me laisserai pas intimider ou influencer par qui que ce soit, que ce soit le Congrès, un journal, une équipe éditoriale ou le président.

Bill Barr, procureur général des États-Unis

Il reste que l'intervention du procureur général dans une décision prise par des procureurs de son département est un geste inusité.

Le département de la Justice doit d'ailleurs gérer les conséquences de son recul. Dans un geste de protestation, les quatre procureurs responsables du dossier Stone s'en sont tous retirés après la rebuffade de leur employeur, survenue quelques heures après un tweet rageur de Donald Trump. L'un d'eux a même démissionné.

Selon CNN, d'autres procureurs du département de la Justice envisagent aussi de quitter leur poste.

Silence Twitter du président

Au journaliste qui lui demandait s'il était prêt à faire face à la réaction du président, Bill Barr a répondu évidemment, insistant sur l'indépendance du département.

La diffusion d'extraits de l'entrevue n'a été suivie d'aucun tweet de Donald Trump, qui n'a pas la réputation d'être des plus réceptifs à la critique.

Dans un communiqué, la porte-parole de la Maison-Blanche, Stephanie Grisham, a assuré que le président n'avait pas du tout été dérangé par les commentaires du procureur général envers qui il avait une confiance totale.

Le président a pleinement confiance dans le procureur général Barr pour qu'il fasse son travail et fasse respecter la loi, a-t-elle soutenu, en ajoutant qu'il utilisait efficacement les réseaux sociaux afin de se battre pour les citoyens américains contre les injustices.

Certains commentateurs se sont montrés sceptiques devant les intentions de Bill Barr, des collaborateurs de CNN y voyant d'ailleurs une mise en scène coordonnée avec la Maison-Blanche pour contrer la grogne au sein du département de la Justice.

Les démocrates veulent entendre Barr

Jerry Nadler, présidant des travaux lors de l'enquête en destitution.

Le président du Comité judiciaire de la Chambre des représentants, Jerry Nadler, a invité Bill Barr à comparaître devant son comité.

Photo : Associated Press / Jonathan Ernst

Le comportement de Bill Barr par rapport aux affaires judiciaires préoccupe grandement le Comité judiciaire de la Chambre des représentants, qui a annoncé, mercredi, que Bill Barr avait accepté de témoigner devant lui le 31 mars prochain.

Le Comité a précisé qu'il serait notamment question de son intervention dans le dossier Stone.

Ils entendent aussi l'interroger sur la création d'un nouveau "processus" permettant à Rudy Giuliani, l'avocat personnel du président Trump, de transmettre au département de la Justice de l'information sur les adversaires politiques du président en lien avec l'Ukraine.

Cette affaire est à l'origine de l'enquête, puis du procès en destitution visant le président Trump, au terme duquel le Sénat l'a acquitté.

Joueur clé du dossier ukrainien, Rudy Giuliani a été présenté par plusieurs témoins de l'enquête en destitution comme le maître d’œuvre de la campagne menée en coulisse, tant pour obtenir de responsables ukrainiens des informations dommageables à l'ex-vice-président et candidat démocrate Joe Biden que pour convaincre les autorités ukrainiennes de mener des enquêtes qui seraient bénéfiques à son client.

Autre sujet à l'ordre du jour : la décision du président de retirer, pour un poste au département du Trésor, la nomination de Jessie Liu qui, comme procureure de Washington D.C., avait pris la relève du procureur spécial Robert Mueller après l'enquête sur l'ingérence de la Russie dans la présidentielle de 2016. Mme Liu, qui a démissionné jeudi, avait notamment été à la tête du bureau chargé de l'accusation de Roger Stone et de Michael Flynn, ex-conseiller du président à la sécurité nationale.

En mai 2019, Bill Barr avait boudé une audition du Comité, qui voulait lui poser des questions sur sa gestion du rapport Mueller. Les démocrates lui reprochaient notamment d'avoir présenté une version trompeuse des conclusions du rapport.

Salve de tweets présidentiels contre le système judiciaire

Accusé, mardi, d'ingérence judiciaire par ses adversaires pour avoir critiqué la peine très injuste initialement recommandée par les procureurs à l'égard de Roger Stone et pour avoir déploré une erreur judiciaire, Donald Trump est revenu à la charge mercredi matin.

Neuf ans recommandés contre Roger Stone (qui ne travaillait même pas pour la campagne Trump). Ça alors! Ça semble très juste!, a-t-il ironisé sur Twitter, laissant entendre que les procureurs qui étaient jusqu'à mardi responsables du dossier étaient des voyous.

Il a en outre félicité Bill Barr pour avoir pris en charge le dossier de son ami, accusant au passage l’ex-procureur spécial sur la Russie Bob Mueller d’avoir menti devant le Congrès.

La veille, il avait ouvertement critiqué, aussi sur Twitter, la juge Amy Berman Jackson, qui préside le procès de Roger Stone, et lui avait reproché le sort réservé à un de ses anciens directeurs de campagne, Paul Manafort, emprisonné après avoir été reconnu coupable de fraudes fiscales et bancaires.

Roger Stone a été reconnu coupable, en novembre dernier, de sept chefs d'accusation liés à l'enquête sur l'ingérence russe lors de la présidentielle de 2016, dont avoir menti au Congrès, avoir fait obstacle aux travaux d'un comité de la Chambre des représentants et avoir corrompu des témoins.

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