•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

« Aidez-nous à diversifier l’économie », réclament les milieux d’affaires albertains

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
La silhouette d'un puits de pétrole devant un soleil couchant.

Un puits de pétrole près de Calgary.

Photo : Reuters / Todd Korol

Audrey Neveu

À l’approche du budget provincial, qui sera déposé le 27 février, les milieux d’affaires albertains réclament davantage de mesures qui favorisent la diversification économique.

Ils veulent notamment le retour de crédits d’impôt et de subventions éliminés par le gouvernement conservateur uni à l’automne, ce qui, disent-ils, avait fait mal à bien des entreprises albertaines.

Lorsqu’il a ouvert les bureaux de New World Interactive, à Calgary, au printemps dernier, Keith Warner était très fier de dire que son entreprise de jeux vidéos était la seule du genre dans la métropole albertaine.

Maintenant, l’entrepreneur américain souhaiterait ne jamais s’être installé dans la ville du pétrole canadien. Je me sens coincé, déplore-t-il.

Keith Warner donne une entrevue assis sur un divan de son studio de jeux vidéo.

Après avoir ouvert un bureau temporaire à Amsterdam, l'entrepreneur américain Keith Warner a voulu ouvrir un studio au Canada.

Photo : Radio-Canada / Jocelyn Boissonneault

À l’origine, Keith Warner avait arrêté son choix sur Toronto, mais son partenaire d’affaires et lui ont été séduits par les promesses de la Ville de Calgary et du gouvernement albertain : crédits d’impôt et subventions alléchantes… qui lui ont finalement été refusés ou qui ont été annulés une fois le studio installé à Calgary.

Un homme dessine une main sur un écran tactile.

New World Interactive travaille sur un nouveau jeu entièrement à partir de son studio de Calgary.

Photo : Radio-Canada / Jocelyn Boissonneault

Il a dû réduire de 30 à 40 % l’embauche de son personnel, alors qu'il avait déjà versé des dizaines de millions de dollars dans l’aventure canadienne.

New World Interactive n’est pas la seule entreprise qui a subi les contrecoups de l’annulation, à l’automne, de six crédits d’impôt et subventions aux entreprises offerts par le gouvernement provincial.

Cinq d’entre eux ont été créés par le gouvernement néo-démocrate de Rachel Notley pour favoriser la diversification de l’économie albertaine, hors du secteur énergétique.

En contrepartie de l’annulation de ces crédits d’impôt, le premier ministre conservateur uni, Jason Kenney, a promis de réduire, en quatre ans, le taux d’imposition des entreprises en le faisant passer de 12 à 8 %. Ce serait le plus bas taux au pays.

La réduction du taux d'imposition des entreprises, ça ne fait rien pour moi parce que mon entreprise n'est pas encore profitable. Ça n'aide que les grandes entreprises, pas celles en émergence comme la mienne.

Keith Warner, cofondateur du studio de jeux vidéo New World Interactive

Des crédits d’impôts pas assez utilisés?

Le premier ministre Jason Kenney croit que sa politique fiscale bénéficiera à l’économie albertaine à long terme.

Je dirais que c'est beaucoup plus efficace, sur le plan économique, de réduire les impôts généralement pour les entrepreneurs, affirme-t-il. C'est ce que nous avons fait avec la réduction de taxes sur les entreprises. C'est beaucoup plus efficace par rapport aux petits programmes.

Jason Kenney parle au podium dans une entreprise de construction, à Calgary.

Le premier ministre albertain, Jason Kenney, préfère une politique fiscale s'appliquant à toutes les entreprises que des programmes qui n'en ciblent que quelques-unes.

Photo : Mike Symington

Ces crédits d'impôt et subventions n'ont pas profité à assez d'entreprises, selon lui, alors que la réduction du taux d’imposition aidera environ 100 000 entreprises, selon ses estimations.

Si l'un des crédits d’impôt n'a jamais été accordé, d'autres ont bénéficié à des centaines d'entre elles, dit-il.

Tous les crédits d’impôt ont été créés depuis 2016, à l’exception du crédit d’impôt pour la recherche scientifique et le développement expérimental, qui a été mis en place en 2009.

Des mesures nécessaires pour l’économie

Si la présidente de la Chambre de commerce de Calgary, Sandip Lalli, accueille favorablement la baisse d’impôt des entreprises, elle est catégorique : Nous avons besoin que ces crédits d’impôt reviennent.

Elle comprend pourquoi le gouvernement conservateur uni a voulu faire du ménage dans ces programmes, mais ils offrent, selon elle, une stabilité dont les entrepreneurs et les investisseurs ont cruellement besoin en ce moment en Alberta.

Sandip Lalli donne une allocution devant un podium de la Chambre de commerce de Calgary.

La présidente de la Chambre de commerce de Calgary souhaite le retour des crédits d'impôt favorisant la diversification de l'économie albertaine.

Photo : Radio-Canada / Audrey Neveu

Depuis l'été, les chambres de commerce de Calgary et d'Edmonton font du lobbying auprès du gouvernement provincial pour obtenir des mesures de diversification économique dans le prochain budget, promis pour le 27 février.

Les politiques publiques doivent avoir préséance sur la politique partisane.

Sandip Lalli, présidente de la Chambre de commerce de Calgary

Les changements de politiques avec chaque nouveau gouvernement font fuir les investisseurs, dit-elle.

Sandip Lalli est toutefois encouragée par le retour de l'aide à l'industrie de la télévision et du cinéma, cette fois sous forme de crédit d'impôt plutôt que de subvention.

Une transition à prévoir

Le consultant d'entreprises indépendant Pierre Fournier doute quant à lui que le gouvernement conservateur uni ait vraiment compris l’importance de la diversification économique.

On commence à réaliser [qu'il faut diversifier l'économie en Alberta], mais c'est lent.

Pierre Fournier, consultant d'entreprises indépendant

Il estime que le gouvernement albertain fait davantage d'efforts pour relancer l'industrie pétrolière que pour diversifier l'économie.

Le site qui devrait accueillir le projet Frontier est parsemé de petits lacs.

L'entreprise Teck Resources prévoit un mégaprojet de mine de sables bitumineux dans le nord de la province.

Photo : Radio-Canada / Louis Blouin

La réalité, c'est qu'il faut agir. M. Kenney s'est fait élire avec de grandes promesses. Je comprends que les gens sont tannés de ne pas voir de changement, mais je pense que M. Kenney va avoir des problèmes, parce que toutes les promesses qu'il a faites vont être difficiles à tenir, croit-il.

Pierre Fournier estime que, comme le gouvernement albertain n'a que peu de contrôle sur les prix du pétrole, il lui est difficile de promettre le retour des emplois dans ce domaine.

Pierre Fournier donne une entrevue à l'extérieur, un jour d'hiver.

Pierre Fournier estime qu'il est grand temps que l'Alberta planifie sa transition vers une économie moins axée sur le pétrole.

Photo : Radio-Canada / Audrey Neveu

Selon lui, le gouvernement doit tenir une grande consultation pour planifier la diversification de l'économie, sans abandonner complètement l'industrie pétrolière.

Je pense que c'est une intervention au niveau universitaire, provincial, municipal, fédéral, affirme-t-il.

D'ici là, à New World Interactive, Keith Warner ne se fait pas d'illusions à l'approche du budget provincial.

Je me retrouve au milieu de l'océan sans veste de sauvetage. Alors je n'ai pas le choix : je dois nager, dit-il, philosophe.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !