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Coastal GasLink : l’appel au dialogue pour dénouer une crise aux positions bien campées

Une manifestante a le visage recouvert d'une marque représentant une main rouge.

Tandis que tous les acteurs de la crise liée à la construction du gazoduc Coastal GasLink en appellent à une résolution pacifique, un dénouement est loin d'être éminent.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Geneviève Lasalle

Ce qui a débuté comme un conflit local opposant les chefs héréditaires de la Première Nation Wet'suwet'en et une compagnie gazière est devenu un enjeu d'envergure nationale dont l'issue demeure toujours incertaine.

Les gouvernements et différents acteurs impliqués dans le conflit entre Coastal GasLink et les chefs héréditaires Wet’suwet’en ont lancé un appel au dialogue. Les positions demeurent toutefois bien campées.

Les chefs héréditaires Wet’suwet’en : la responsabilité de protéger la terre

Les chefs héréditaires Wet'suwet'en Rob Alfred, John Ridsdale et Antoinette Austin, qui s'opposent au pipeline Costal Gaslink, participent à un rassemblement à Smithers, en Colombie-Britannique.

Les partisans des chefs héréditaires Wet'suwet'en, qu'ils soient membres ou non de cette Première Nation, font acte de résistance en entravant la construction du pipeline et en multipliant les perturbations à travers le pays.

Photo : La Presse canadienne / Jason Franson

Les chefs héréditaires Wet’suwet’en, issus d'un mode de gouvernance traditionnel, se considèrent les gardiens ultimes de leur territoire ancestral, leur rôle étant de préserver la culture et les traditions de leur peuple, fortement liées à la préservation de la nature.

La Première Nation Wet'suwet'en est divisée en treize maisons regroupées en cinq clans. Chaque maison est représentée par un chef qui a hérité de son rôle par le biais de sa lignée matrilinéaire. Il y a présentement huit chefs en fonction, certaines maisons étant vacantes.

Tableau expliquant la structure de la nation Wet'Suwet'en.

Chez les Wet'Suwet'en, chaque maison est représentée par un chef héréditaire.

Photo : Radio-Canada

L’ensemble des chefs héréditaires s'opposent fermement au passage du gazoduc Coastal GasLink sur leur territoire traditionnel, qui n'a jamais été cédé par traité à l'État canadien.

La plus grande préoccupation de notre peuple est la santé de nos terres et de nos rivières, explique le chef héréditaire Smogilhgim du clan Likhts’amisyu de la Première Nation Wet'suwet'en. Parce que nous vivons dans un état de pauvreté, nous dépendons de la cueillette des baies et de médecine naturelle, de la chasse et de la pêche.

Notre objectif, c’est de reprendre le contrôle de nos terres et de renverser les effets des changements climatiques.

Smogilhgim, chef héréditaire

Les conseils de bande : un projet salutaire pour lutter contre la pauvreté

Un camp d'opposants au gazoduc Coastal GasLink

La juridiction du conseil de bande touche la collectivité, alors que celle des chefs héréditaires s'étend à l'ensemble du territoire, vaste de 22 000 kilomètres carrés, selon le chef héréditaire Smogilhgim, du clan Likhts’amisyu.

Photo : La Presse canadienne / Jason Franson

Création de la Loi sur les Indiens, le conseil de bande est composé d’élus qui gèrent les services dans les collectivités, notamment en matière d’éducation, de santé, et d’habitation. Tous les conseils des Premières Nations touchées par la construction du pipeline Coastal GasLink, à l'exception de celui du village de la Nation Hagwilget, ont signé des accords avec la compagnie énergétique. Cela inclut les conseils de la Première Nation Wet'suwet'en.

Le pipeline a été approuvé par un processus démocratique auquel les peuples autochtones ont participé librement, rappelle la directrice générale de la First Nations LNG Alliance et membre de la Première Nation Wet'suwet'en, Karen Ogen-Toews.

En appuyant le projet, le conseil est à la recherche d'un moyen de lutter contre la pauvreté chez les Premières Nations avec le genre d'opportunité qui profite aux non-Autochtones depuis des siècles, selon elle.


Coastal GasLink : un projet appuyé par les communautés touchées

Carte montrant le tracé du pipeline au centre du territoire ancestral Wet'Suwet'en.

Le pipeline traverse le territoire ancestral Wet'Suwet'en d'est en ouest jusqu'au terminal de Kitimat.

Photo : Radio-Canada

Le projet d’oléoduc de 6,2 milliards de dollars qui s’étendra sur 670 kilomètres vise à transporter du gaz naturel liquéfié de Dawson Creek jusqu'au terminal de LNG Canada à Kitimat, sur la côte ouest de la Colombie-Britannique, pour l'exporter vers l'Asie.

Coastal GasLink, propriété de TC Énergie, anciennement appelé TransCanada, a lancé ses premières consultations avec les peuples autochtones en 2012. La compagnie a fait du bon travail auprès des communautés concernées, selon un avocat en droit commercial spécialisé dans la négociation avec les Premières Nations pour le compte des gouvernements et de l'industrie, Sam Adkins. Forte de ses ententes avec 20 conseils élus des Premières Nations, TC Énergie considère que son approche a été collaborative, compilant quelque 15 000 interactions et engagements avec des groupes autochtones.

La compagnie gazière souhaite achever ses travaux en 2023.


Le gouvernement de la Colombie-Britannique : les projets gaziers devant les projets pétroliers

Plusieurs douzaines de personnes sont rassemblées devant la porte principale du Palais législatif.

Des manifestants se sont rassemblés devant le Palais législatif de Victoria en appui aux chefs héréditaires qui s'opposent au projet de Coastal Gaslink.

Photo : Radio-Canada / Mike McArthur

Alors qu'il s'oppose fermement à l'expansion du pipeline interprovincial Trans Mountain, le gouvernement de Colombie-Britannique est en faveur de la construction du gazoduc Coastal Gaslink et du mégaprojet d'exploitation de gaz naturel liquéfié (GNL) au terminal de Kitimat. Le gouvernement néo-démocrate de John Horgan a mis en place certains allègements fiscaux pour les entreprises qui souhaitent lancer des projets de gaz naturel liquéfié dans la province. Les ministères de l'Environnement et des Finances de la Colombie-Britannique ont estimé que le projet créera des revenus de 22 milliards de dollars durant les 40 prochaines années.

Le projet, qui a reçu toutes les approbations environnementales nécessaires à sa réalisation, est l'exemple que nous pouvons développer l'économie en protégeant notre environnement, notre air, notre eau et notre terre, a dit le premier ministre de la province John Horgan lorsqu'il a obtenu l'aval de son gouvernement en octobre 2018.


La Gendarmerie royale du Canada : mandatée pour faire respecter la loi

Plan serré de manifestants défilant dans la rue en tenant des bannières en appui aux chefs héréditaires Wet'suwet'en.

Une manifestation le 10 février 2020 sur la rue Hasting à Vancouver en faveur des Wet'Suwet'en opposés au pipeline Coastal GasLink dans le nord de la C.-B.

Photo : Radio-Canada / Maggie MacPherson

Depuis plusieurs mois, la GRC surveille les manifestations qui bloquent périodiquement les travaux de Coastal Gaslink. En décembre 2019, des manifestants empêchent une nouvelle fois l'accès au chantier. Fin décembre, Coastal Gaslink obtient une prolongation de l'injonction de la Cour suprême de la Colombie-Britannique interdisant à toute personne d'interférer avec le projet Coastal Gaslink sur le pont de la rivière Morice et aux alentours ainsi que dans la zone à laquelle on accède par le chemin de service forestier Morice Ouest.

En janvier, les manifestants étaient toujours sur place et des négociations « Wiggus » ont donc été entamées au début février entre les Wet'Suwet'en et le gouvernement de la Colombie-Britannique pour tenter de dénouer l'impasse. La GRC a alors annoncé qu'elle ne ferait pas respecter l'injonction tant que la période de sept jours prévue pour les discussions ne serait pas terminée.

21 arrestations qui sèment l'émoi au pays

Ces négociations ont échoué le 4 février. Les 6, 7 et 8 février, des agents de la GRC ont arrêté 21 personnes qui ne respectaient pas l'injonction et retiré les barrages qui avaient été mis en place sur le pont de la rivière Morice et sur la route forestière. Six des personnes arrêtées ont été relâchées sans avoir fait l’objet d’accusations et sans condition, quatorze ont été remises en liberté, avec comme condition de respecter l’ordonnance d’injonction du tribunal et une personne arrêtée le 8 février a été remise en liberté le jour même après avoir signé un document indiquant qu’elle comparaîtra en Cour à une date ultérieure.

Depuis, les travaux ont repris, mais ces arrestations ont semé l'émoi dans la province et à travers le pays et depuis plusieurs manifestations ont eu lieu un peu partout au Canada, empêchant notamment les trains de rouler sur la plupart des voies ferrées du pays.

Avec des informations de Timothé Matte-Bergeron, envoyé spécial à Smithers, C.-B.

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