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Favoritisme flagrant à la Société des alcools de T.-N.-L., selon un rapport

Julia Mullaley.

Julia Mullaley, la vérificatrice générale de Terre-Neuve-et-Labrador, a dévoilé jeudi un rapport accablant sur la gestion des millions de dollars de vins de spécialité par la Société des alcools.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Pendant des années, l'ancien président-directeur général de la Société des alcools (SATNL) a supervisé des achats de plusieurs millions de dollars de vins de spécialité chez des entreprises représentées par son fils, révèle une enquête de la vérificatrice générale de Terre-Neuve-et-Labrador.

Les allégations entourent l'acquisition des Bordeaux Primeurs, qui sont parmi les vins les plus chers vendus par la SATNL. Ce processus a été supervisé par l'ancien président-directeur général de la société d'État, Steve Winter.

De 2010 à 2019, la SATNL a acheté pour une somme de 15,6 millions de dollars de Bordeaux Primeurs. Environ 30 % de ces vins ont été achetés des entreprises représentées par Greg Winter, le fils de Steve Winter.

Dans son rapport, Julia Mullaley indique qu'aucune analyse de rentabilité n'a été effectuée avant que la SATNL a commencé à acheter les Bordeaux Primeurs. La planification de l’achat de ces vins de spécialité, ainsi que la sélection des fournisseurs, a été dirigée par Steve Winter. Ces décisions n’ont pas été documentées.

Steve Winter.

L'ancien président-directeur-général de la Société des alcools de Terre-Neuve-et-Labrador, Steve Winter

Photo : CBC

Des échanges de courriels obtenus par le Bureau de la vérificatrice générale montrent ce qui a l’air du fils qui influençait l’achat des vins, indique Mme Mullaley.

Dans un échange concernant l’achat d’un vin de spécialité, Greg Winter demande à son père : Tu sais que je le vends, n’est-ce pas? Steve Winter lui répond : Oui, c’est la raison pour laquelle je l’ai commandé.

Le PDG aurait peut-être manqué à son obligation fiduciaire, indique Mme Mullaley, en ajoutant que les allégations du rapport ont été transmises au ministre des Finances, Tom Osborne.

10 millions de dollars de vins entreposés

Selon le rapport, malgré de très mauvaises ventes des Bordeaux Primeurs, la SATNL a continué à les acheter pendant des années.

La faible rotation était un indicateur clair que les grands vins Bordeaux étaient peu rentables [...] mais la SATNL a continué de les acheter à une fréquence qui dépassait largement la demande, indique le rapport.

Ailleurs au Canada, les clients doivent commander les vins de spécialité les plus chers à l’avance. À Terre-Neuve-et-Labrador, la SATNL achetait des centaines de bouteilles – des commandes qui valaient des milliers de dollars – sans avoir identifié des acheteurs.

Cette politique a mené à un énorme surplus d’inventaires, indique l’enquête. En avril 2015, la SATNL entreposait 10 millions de dollars de grands vins. Aujourd'hui, ces inventaires n’ont toujours pas été épuisés : 3,8 millions de dollars de Bordeaux Primeurs (23 000 bouteilles) restent à vendre.

Chaque bouteille a coûté 128 $, en moyenne. Les plus chers varient de 500 $  à 4400 $ l’unité.

96 bouteilles commandées, 4 vendues

En juillet 2017, Steve Winter a demandé au personnel de faire une commande urgente de 96 bouteilles de vin de spécialité. Cette commande a coûté 23 098 $.

Jusqu'à maintenant, seulement quatre de ces bouteilles, dont le prix est fixé à 539 $ l’unité, ont été vendues par la SATNL. Steve Winter a indiqué à la vérificatrice générale que des acheteurs possibles avaient été identifiés en 2017, mais se sont retirés à la dernière minute.

Dans un autre cas, en 2017, la SATNL entreposait 935 bouteilles de vin de spécialité qu’elle avait achetés il y a 10 ans. Le personnel de la société d’État avait fortement recommandé à Steve Winter d’attendre avant d’acheter plus de ce type de vin blanc, mais Steve Winter a néanmoins procédé à l’achat de 700 000 $ de bouteilles supplémentaires.

Je m’inquiète beaucoup et ça me préoccupe parce que quand on a un titulaire de charges publiques, il faut pouvoir lui faire confiance.

Julia Mullaley, vérificatrice générale de T.-N.-L.

Des craintes de conflits d’intérêts concernant Greg et Steve Winter ont fait l’objet d’un rapport du Bureau du représentant des citoyens (BRC) en avril 2017. Mais la vérificatrice générale a indiqué jeudi que la SATNL a déformé certains faits dans sa soumission BRC à l'époque.

Elle ajoute également que la province a besoin d'une réforme des règles entourant les conflits d’intérêts pour les titulaires de charges publiques. En vertu de la loi actuelle, la relation entre Steve Winter et son fils ne représente pas un conflit d'intérêts parce que Greg Winter n'est plus une personne à charge de son père.

Quand je regarde cette situation, c'est un conflit d'intérêts, souligne-t-elle.

La SATNL a enfreint à la loi

Le rapport révèle aussi que la SATNL a enfreint à la loi à plusieurs reprises quand elle a vendu et envoyé des vins aux clients dans d’autres provinces.

Le gestionnaire de la succursale qui facilitait ces achats avait été chargé de réduire le surplus d’inventaires des vins de spécialité. Au total, des rabais d’environ 450 000 $ ont été appliqués. Le rapport de la vérificatrice générale montre que ces rabais ont été approuvés, en moyenne, 13 jours après la transaction de vente.

De plus, le gestionnaire en question acceptait des virements de fonds par courriel des clients à l’extérieur de la province. L’employé, qui a depuis été congédié, acceptait aussi des numéros de carte de crédit fournis par téléphone.

Steve Winter avait été soudainement congédié par la SATNL en janvier 2018.

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