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Il y a 55 ans, un Grand Prix automobile sur les plaines d’Abraham

Deux pilotes négocient un virage serré sur la piste glacée du circuit des Plaines d'Abraham

Deux pilotes négocient un virage pendant le Grand Prix Esso des Plaines d'Abraham en 1972.

Photo : Jean Benoît

Catherine Lachaussée

Pour la première fois de son histoire, le Carnaval de Québec présentait une course d’autos sur glace directement sur les plaines d’Abraham, le 14 février 1965. Une véritable histoire d'amour naît ce jour-là entre Québec et son Grand Prix. Elle va durer plusieurs décennies. Et connaître bien des rebondissements.

Cette populaire course automobile s’appelle d’abord le Grand Prix Esso. Elle est disputée sur une piste glacée faisant près de deux kilomètres, qui couvre la zone comprise entre le jardin Jeanne-d’Arc et l’arrière du manège militaire.

Les spectateurs profitent de gradins naturels, ceux-là mêmes qui font la joie des habitués du Festival d’été de Québec aujourd’hui.

La première édition, devant une foule évaluée à 25 000 personnes, est entièrement diffusée par Radio-Canada, ce qui permet à tout le pays d’en profiter!

Des débuts prometteurs

Les nombreux amateurs venus assister sur place au premier Grand Prix Esso ont droit à un froid sibérien. Mais le spectacle en vaut la peine. C’est un vrai feu roulant! Sur 24 voitures inscrites, 6 sont disqualifiées. La foule est si enthousiaste que les forces de l’ordre peinent à la garder hors de la piste.

Une foule de curieux regarde attentivement le Grand Prix Esso. On peut voir au loin le camion et l'équipe de Radio-Canada, qui observent aussi attentivement le spectacle.

La foule profite du spectacle du Grand Prix Esso sur les plaines. On aperçoit aussi l'équipe de Radio-Canada le long du parcours.

Photo : BAnQ

Chauffée par les pneus et la vitesse, la glace finit par manquer, forçant l’annulation d’une épreuve. Peu importe! Cette première édition est considérée comme un succès sur toute la ligne. Certains se mettent même à rêver : pourquoi ne pas tenir un Grand Prix comme celui de Monaco à Québec?

Des pilotes célèbres

Le Grand Prix Esso attire rapidement la crème des pilotes, dont le célèbre chroniqueur automobile Jacques Duval. C’est lui qui remporte l’édition de 1968, au volant de sa Porsche 911.

Le pilote Jacques Duval conduit une Porsche lors de sa victoire au Grand Prix Esso. Il est félicité chaleureusement par la reine du Carnaval après sa victoire

Le pilote Jacques Duval remporte le Grand Prix Esso en 1968, au volant de sa Porsche 911, sous les yeux de la reine du Carnaval de cette année-là, Colette 1re.

Photo : Le Soleil, 19 février 1968

Plus d’un demi-siècle après les événements, il garde un souvenir amusé des bousculades entre voitures et des méthodes pas toujours catholiques des pilotes.

Un de mes trucs, c’était de partir en deuxième vitesse plutôt qu’en première, pour garder de l’adhérence. On pouvait aussi s’appuyer contre les autres voitures pour les faire sortir de piste

Jacques Duval, pilote et chroniqueur automobile

Les conséquences étaient minimes, rappelle-t-il, avant de décrire le vol plané spectaculaire d’un pilote au volant de sa Mini Cooper, cette année-là.

Minimes pour les pilotes, peut-être. Mais sûrement pas pour les voitures.

Pierrette Walsh, elle, conserve deux boîtes remplies de coupures de presse et de photos de l’époque, où son mari remportait le Grands Prix. Ce sera le cas à trois reprises dans les années 1970.

Deux hommes s'intéressent à un panneau posé sur un chevalet sous les flashes des photographes

Le pilote Yvon Walsh commente le parcours du Grand Prix Esso pour les photographes en février 1971.

Photo : Le Soleil

Yvon Walsh, sympathique pilote de la région, faisait la joie des journalistes et des fans. Sa femme reste marquée par l’ambiance euphorique et les paddocks du temps, grouillants de passionnés.

Si on n’était pas mordu des courses en arrivant, c’est sûr qu’on l’était en repartant, illustre-t-elle.

Les courses sur glace étaient ses préférées. Elles étaient plus divertissantes que dangereuses.

Les pilotes semblaient toujours sortir d’un nuage, même après les pires carambolages.

Pierrette Walsh, épouse du pilote Yvon Walsh

Le souvenir qu'elle garde des courses? Un gros nuage de neige! Souvent, les pilotes en soulevaient tellement qu’on passait plusieurs secondes avant de comprendre ce qui venait d’arriver!

Une pause et de nouveaux sites

En 1977, le Grand Prix Esso effectue son dernier tour de piste sur les Plaines d’Abraham. La Commission des champs de bataille nationaux, qui gère le site, refuse de poursuivre l’aventure.

L’événement est encore populaire, mais plusieurs pilotes sont hésitants pour l'avenir. Les coûts d’entretien des voitures ont grimpé plus vite que le montant des bourses remises aux gagnants, et en 1977, les 6000 $ en jeu ne semblent pas faire le poids.

Puis Esso, le principal commanditaire, quitte le navire.

L’événement changera plusieurs fois de nom par la suite. Après une pause de plusieurs années, les organisateurs tentent un retour au Bassin Louise, dans le port de Québec, en 1984. Puis on dispute la course sur la rivière Saint-Charles jusqu’en 1995.

Un jeep tente un dépassement sur la piste enneigée de la rivière Saint-Charles  sous le regard attentif de la foule massée sur les berges bétonnées de la Saint-Charles.

Les courses d'auto sur glace se poursuivront sur la rivière Saint-Charles, à la fin des années 1980. Le lieu avait déjà été popularisé par les courses de 4X4.

Photo : Archives Ville de Québec

Mais de l’avis de plusieurs, le Grand Prix du Carnaval n’a jamais retrouvé le souffle de ses débuts, quand on disputait l’épreuve sur les plaines d’Abraham. C’était un site vraiment magique, conclut Pierrette Walsh.

En 2020, personne ne songerait à organiser une course de voitures sur le vénérable champ de batailles. C’était vraiment une autre époque. Mais le site, lui, demeure toujours aussi magique. Certaines choses ne changent pas.

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