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Les dessous des algorithmes des applications de rencontre

Illustration d'un iPhone avec application de site de rencontre

Judith Duportail est l'autrice du livre « L'amour sous algorithme », qui fait la lumière sur les facteurs invisibles qui orientent la vie amoureuse de plus en plus de gens.

Photo : Radio-Canada

Agence France-Presse

De plus en plus de personnes sont amenées à rencontrer leur partenaire sur des sites de rencontre – c’est déjà le cas de près de 30 % des Américains et Américaines. C'est une mise en relation qui passe par l'évaluation, l'opacité et la dépendance, explique Judith Duportail, autrice du livre L’amour sous algorithme.

L’Agence France-Presse (AFP) a procédé à un entretien de type questions/réponses avec Mme Duportail afin d’en savoir plus sur les dessous des algorithmes qui orientent la vie amoureuse de plus en plus de gens.

AFP : Est-on vraiment libre de ses choix sur les sites de rencontre?

Judith Duportail : Quand on se connecte sur une application de rencontre, les profils que l'on voit sont sélectionnés pour nous. Ce n'est pas forcément une mauvaise chose. Mais j'ai découvert lors de mon enquête sur Tinder que l'on nous évaluait selon un niveau de "désirabilité", notre niveau d'études et notre niveau de revenus, pour que notre profil soit ensuite montré à certaines personnes et pas à d'autres.

Le système de jumelage de Tinder, sous brevet, était un système de classement où l'application fait en sorte de créer des paires dans lesquelles l'homme est supérieur à la femme. Il présentait aux femmes des profils d'hommes soit plus âgés, soit ayant fait plus d'études, soit ayant davantage d'argent.

Il faut mentionner que Tinder affirme avoir abandonné ce système de type « classement Elo ». Dans un billet de blogue publié après la parution du livre de Mme Duportail, l'entreprise assure qu'un des facteurs déterminants est maintenant la proximité géographique.

AFP : En quoi connaître la recette de l'algorithme est-il important?

JD :Quand on voit les projections effectuées par les spécialistes, à terme, une majorité des couples se rencontrera dans le monde de demain par l’entremise des applications mobiles. La manière dont seront calibrés ces algorithmes va déterminer qui vous allez rencontrer, qui vous avez le droit d'aimer, de toucher. Cela a des conséquences immenses.

Quand vous buvez du Coca-Cola, la recette est secrète, mais il y a quand même une autorité qui est allée vérifier que cela n'allait pas vous empoisonner.

Judith Duportail, autrice de L'amour sous algorithme

Dans le cas des algorithmes des applications de rencontre, absolument personne n'est allé vérifier que cela respecte l'égalité entre les hommes et les femmes, entre les Noirs et les Blancs, entre les personnes homosexuelles et hétérosexuelles. Ou que cela respecte notre dignité tout simplement.

AFP : Ces applications cherchent aussi à garder leur clientèle le plus longtemps possible. Comment font-elles?

JD : Elles utilisent notamment le mécanisme de la récompense aléatoire pour créer la dépendance, le même qui est utilisé sur Facebook et Instagram. Ce mécanisme a d'abord été modélisé sur des souris.

On prend plusieurs souris et on leur donne plusieurs leviers. Un des leviers, lorsqu’actionné, leur donne de l'eau ou à manger; un deuxième levier ne donne rien, et un troisième est aléatoire; [les souris] ne savent pas ce qu'elles auront.

Quand on ne sait pas ce qu'il y a derrière le levier, on y retourne sans cesse. C'est le mécanisme des machines à sous. C'est diablement efficace sur notre cerveau. Chaque fois que vous rallumez [une application de rencontre], il y a un "peut-être". Aujourd'hui, les personnes qui utilisent Tinder y passent en moyenne 45 minutes par jour.

AFP : Que font ces applications avec nos données?

JD : Vos informations personnelles peuvent être partagées avec des partenaires commerciaux et publicitaires. L'ONG allemande Tactical Tec a découvert qu’il existe des sites qui achètent des données des applications de rencontre.

Sur des sites comme usdate.org, on peut racheter des listes de personnes, selon leur profil. Ce sont des données très intimes avec une valeur émotionnelle forte. Par exemple, les personnes rejetées à répétition sur des sites de rencontre seront particulièrement vulnérables à un type de marketing qui viendra jouer sur cette corde-là. Ce sont des arguments commerciaux qui se vendent cher.

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