•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

A220 : une transaction gagnante « pour toutes les parties », selon Fitzgibbon

Le ministre québécois a toutefois convenu qu'il n'avait obtenu aucune garantie écrite de maintien des emplois de la part du président d'Airbus.

Le reportage de Sébastien Desrosiers

Photo : La Presse canadienne / Frédéric Scheiber

La transaction par laquelle Airbus et le gouvernement du Québec deviennent les seuls actionnaires du programme A220 développé par Bombardier est « gagnante pour toutes les parties », estime le ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon.

Airbus vient renforcer le pôle aérospatial au Québec, Bombardier obtient des liquidités qui lui sont nécessaires, tandis que Québec récolte une plus grande participation dans le programme sans y injecter plus d'argent, a-t-il résumé jeudi en conférence de presse.

Le gouvernement Legault devra cependant inscrire une provision pour perte de 600 millions de dollars dans le prochain budget du Québec, puisque l'investissement de 1,3 milliard de dollars fait par Québec dans ce programme ne vaut plus que 700 millions à l'heure actuelle.

Chaque année, cette provision sera réévaluée, soit à la hausse, soit à la baisse, pour tenir compte de la performance financière de l’entreprise, et des autres conditions et circonstances pertinentes.

Pierre Fitzgibbon, ministre de l'Économie du Québec

Entrevue avec le ministre Fitzgibbon

Cela s'explique par le fait qu'une clause qui permettait jadis à Bombardier de racheter des options appartenant au gouvernement à partir du 30 juin 2023 a été remplacée par une autre qui stipule qu'Airbus rachètera la participation de Québec le 1er janvier 2026.

Cette date maintenant fixe fait en sorte que l'investissement de Québec dans l'appareil doit désormais être considéré comme un prêt en vertu des règles du Bureau du vérificateur général.

Le ministre Fitzgibbon affirme que cette nouvelle clause offre au gouvernement du Québec une meilleure chance de rentrer dans son argent à terme.

Ce n'est pas un hasard, c'est une date qu'on voulait avoir, a d'ailleurs assuré M. Fitzgibbon. En 2026, on va avoir une bonne idée de ce qu’est le programme, alors qu’aujourd’hui, il y a encore beaucoup d’hypothèses.

Si les projections se matérialisent et si les prix des avions – une autre composante importante – augmentent ou se maintiennent, on a de très bonnes chances de récupérer l’argent qu’on a investi.

Pierre Fitzgibbon, ministre de l'Économie du Québec

Selon lui, les avions A220 sont actuellement assemblés à un rythme d'environ 50 par année à Mirabel, mais cette cadence pourrait tripler d'ici 2023-2024.

La fin de l'aviation commerciale pour Bombardier

M. Fitzgibbon s'est félicité du fait que la participation de Québec dans la société qui gère l'A220 passe de 16,36 % à 25 %, sans que le gouvernement investisse un sou de plus. Selon lui, il s'agit d'une compensation que Québec a négociée avec Bombardier.

Le ministre a toutefois convenu qu'il n'avait obtenu aucune garantie écrite de maintien des emplois de la part du président d'Airbus, Guillaume Faury.

Il s'agit plutôt de garanties verbales, a dit Pierre Fitzgibbon, qui assure être très à l'aise avec les engagements moraux d'Airbus. Selon lui, le géant français de l'aviation est heureux de s'être implanté au Québec et n'a aucune raison de plier bagage.

À ceux qui déplorent la restructuration en cours chez Bombardier, j’aimerais vous dire ceci : je comprends ce que le monde ressent, mais je pense que cette étape était essentielle à la poursuite de ses activités.

Pierre Fitzgibbon, ministre de l'Économie du Québec

Plus tard, lors d'un entretien à l'émission En direct avec Patrice Roy, le ministre Fitzgibbon est revenu sur la transaction pour expliquer certains aspects de l'opération.

Dans l’entente originale, Airbus s’est engagée à maintenir des activités. On ne peut pas garantir les emplois. C’est en fonction du carnet de commandes, et on ne connaît pas le carnet de commandes. Par contre, Airbus s’est engagée pour le maintien du siège social pour l’A220, et on maintient les activités d’assemblage à Mirabel. Le noyau, le centre nerveux de l’A220 réside à Mirabel. Transférer cela à Toulouse [où se trouve le siège social d'Airbus] serait suicidaire pour Airbus. L’expertise, le savoir est ici.

Pour ce qui est de la perte estimée à 600 millions de dollars, le ministre affirme qu’il s’agit d’une provision pour perte. L’instrument que nous avons choisi a une date fixe de rachat. Il fallait évaluer aujourd’hui quelle serait la valeur de ce placement. On est arrivé à 600 millions. À tous les ans, on va évaluer. C’est en 2026 seulement qu’on saura s’il y aura une perte ou un gain, a-t-il indiqué .

Le ministre précise qu’ultimement Airbus sera le seul actionnaire.

Invité de l’émission RDI économie, le PDG d'Airbus Canada, Philippe Balducchi, a expliqué les intentions de son entreprise pour le Québec.

Philippe Balducchi, PDG Airbus Canada

Philippe Balducchi, PDG Airbus Canada

Photo : Radio-Canada

Le programme A 220, qui est le programme essentiel de notre présence au Québec, est un programme en croissance, un programme sur lequel on est en phase d’augmentation de cadence, et, évidemment, l’intention est de faire de ce programme un succès, et donc maintenir les emplois au cours de ce programme au Québec, a-t-il expliqué.

Dans le monde d’aujourd’hui, il serait impossible de garantir quoi que ce soit. Le programme doit être économiquement viable. Si, demain, il y a une grosse récession économique, une crise importante, ça nous amènera forcément à ajuster les productions. Personne ne peut garantir aujourd’hui les emplois pour toujours. L’intention n’est pas de délocaliser […], la chaîne d’assemblage de Mirabel reste la chaîne d’assemblage numéro un.

Philippe Balducchi, PDG d'Airbus Canada

Legault espère récupérer l'argent public investi

De son côté, le premier ministre François Legault a soutenu du bout des lèvres qu'il s'agissait selon lui d'une bonne transaction.

L'objectif poursuivi par le gouvernement était de préserver les 3300 emplois liés à l'A220 au Québec sans investir d'argent supplémentaire, a-t-il déclaré. En ne mettant pas un sou de plus, on ne peut pas être trop exigeant, a-t-il laissé tomber.

On va tout faire pour essayer que ce projet-là soit un succès. On espère que, peut-être, la perte de 600 millions, on va en récupérer une partie d'ici 2026.

François Legault, premier ministre du Québec

Celui qui a jadis cofondé la compagnie aérienne Air Transat ne s'est cependant pas gêné pour tancer à la fois le gouvernement Couillard et Bombardier pour les événements qui ont mené à cette transaction.

François Legault, en mêlée de presse dans un corridor de l'Assemblée nationale.

Le premier ministre du Québec, François Legault, espère que Québec pourra récupérer son investissement initial dans l'avion.

Photo : Radio-Canada

Il a répété que l'investissement de 1,3 milliard de dollars fait par Québec en 2015 dans ce qui s'appelait autrefois la C Series a été mal structuré, et que le gouvernement Couillard aurait plutôt dû investir dans Bombardier Inc.

Ça a été une erreur grave. On aurait pu sauver les emplois sans prendre ce risque, ce risque qui aujourd’hui nous coûte 600 millions de dollars, a-t-il déploré.

La division d'Airbus 220 a besoin d'à peu près 2 milliards de dollars de plus que prévu. C’est une dette qui va aller dans la division, ça réduit la valeur de la division, donc notre placement, qui valait 1,3 milliard vaut maintenant 700 millions.

François Legault, premier ministre du Québec

Il a aussi critiqué Bombardier pour avoir décidé de se lancer dans les avions commerciaux, un marché beaucoup plus difficile à percer que celui des avions d'affaires.

J’ai toujours pensé que c’était une erreur d’aller dans les avions commerciaux ou d’aller "compétitionner" avec Boeing et Airbus avec un appareil de 120-140 places. Ça, on n’aurait jamais dû le faire, a-t-il dit.

Les partis d'opposition divisés

Ce à quoi on assiste ce matin, c’est à toute fin pratique le démantèlement de Bombardier, a commenté pour sa part le chef intérimaire du Parti libéral du Québec, Pierre Arcand.

Selon lui, le premier ministre Legault, qui promettait en novembre dernier d’être le champion de l’économie, de protéger les sièges sociaux au Québec et d’investir dans le transport ferroviaire, a échoué.

Pour l’heure, estime-t-il, la priorité de François Legault doit être de sauvegarder les 1000 emplois de l’usine ferroviaire de Bombardier à La Pocatière, au Québec.

Selon le porte-parole en matière de finance de Québec solidaire, Vincent Marissal, la sauvegarde des emplois au Québec était prioritaire, mais elle aurait dû s’accompagner de garanties écrites.

Ce qui semble se dessiner pour la C Series [...] c’est le moins pire de tous les mauvais scénarios, a-t-il lâché, en utilisant l'ancien nom de l'A220. Bombardier, de son côté, a des comptes à rendre aux Québécois, ajoute-t-il.

On a mis beaucoup d’argent dans Bombardier et on veut toujours entendre Bombardier s’expliquer. Je reprends les mots de M. Fitzgibbon : "Où est allé l’argent du public là-dedans?"

Vincent Marissal, député solidaire de Rosemont

Au Parti québécois, le chef intérimaire Pascal Bérubé a également plaidé pour la sauvegarde des emplois au Québec, tout en refusant de blâmer le gouvernement du Québec pour la situation dans laquelle se trouve ce fleuron québécois aujourd’hui.

Je ne crois pas que ce soient les gouvernements successifs qui sont intervenus sur le dossier qui soient responsables. Je pense que l'administration de Bombardier est responsable de beaucoup de ce qui se passe.

Pascal Bérubé, chef intérimaire du Parti québécois

La confiance envers la direction de Bombardier est selon lui fortement ébranlée par les plus récents développements.

A220 : « Dans les circonstances, c’est un scénario idéal », selon le syndicat

L'Association internationale des machinistes et des travailleurs de l'aérospatiale accueille quant à elle positivement cette transaction.

David Chartrand, devant un immeuble.

Le coordonnateur québécois de l'Association internationale des machinistes et des travailleurs de l'aérospatiale, David Chartrand, a commenté la transaction à RDI jeudi matin.

Photo : Radio-Canada

Son coordonnateur québécois, David Chartrand, dit être rassuré par le fait que Stelia Aerospace, une filiale d’Airbus aux reins solides, récupère du coup les activités de production de composants des appareils A220.

On a eu l’assurance de Stelia que toutes les conditions de travail des travailleurs et travailleuses seraient respectées, a-t-il déclaré à Radio-Canada après avoir rencontré des dirigeants de Bombardier et de Stelia jeudi matin.

Leurs intentions sont bonnes [...] Donc nous, on voit ça d’un œil positif, parce qu'Airbus l’a annoncé – et Stelia l’a annoncé ce matin –, qu’ils ont l’intention d’agrandir leur emprunt et de continuer leurs opérations ici au Québec, a-t-il poursuivi.

On préserve tous les emplois. Dans les circonstances, on pense que c’est un scénario idéal.

David Chartrand, coordonnateur de l'Association internationale des machinistes et des travailleurs de l'aérospatiale

M. Chartrand n’a tout de même pas nié que la transaction pouvait placer les employés en état de choc, puisqu’ils viennent malgré tout d’apprendre qu’ils changent d’employeur. Veut, veut pas, il va y avoir un pincement au cœur, a-t-il admis sans détour.

C’est une entreprise qui va très bien. Ils font un chiffre d'affaires de 3,5 milliards de dollars, donc, je pense qu’on va être entre bonnes mains en autant que cet employeur-là continue de maintenir de bonnes relations avec nous, et c’est leur intention.

David Chartrand, coordonnateur de l'Association internationale des machinistes et des travailleurs de l'aérospatiale

Le syndicaliste convient ne pas savoir ce que ce changement peut réserver pour les employés à long terme, mais soutient du même souffle que Stelia semble s'installer au Québec pour de bon.

S’ils investissent de l’argent – ils ont l’intention d’agrandir leur usine à Mirabel – je ne pense pas que c’est pour deux ou trois ans, laisse-t-il tomber.

Pour l’instant, les opérations vont demeurer ici à l’usine de Saint-Laurent, pendant trois ans, et ensuite de ça, ils ont l’intention de transférer leurs opérations à l’usine de Mirabel, a-t-il rappelé.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a fait part de ses préoccupations par rapport à cette annonce. On sait qu’il y a des emplois qui risquent d’être perdus, et c’est ce pourquoi nous, on souhaite que ces emplois-là demeurent idéalement à Montréal, sinon dans la grande région métropolitaine, alors évidemment on suit le dossier de très près, a-t-elle dit en point de presse.

À l'instar du ministre Fitzgibbon, la Fédération des chambres de commerce du Québec est d'avis que la transaction pourrait être fort avantageuse pour l’ensemble des parties.

Les projections de vente sont positives et les commandes récentes ont bondi rapidement durant la dernière année et demie, a-t-elle commenté dans un communiqué.

Déjà, plus d'une centaine d'avions sont en circulation, ce qui laisse entrevoir un avenir prometteur pour l'A220 et le retour sur l'investissement québécois d'ici 2026.

Avec la collaboration de Stéphane Bordeleau

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Industrie aéronautique

Politique