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4,3 millions de tonnes de sébaste dans le golfe du Saint-Laurent

Plan rapproché sur plusieurs sébastes.

Des sébastes

Photo : Radio-Canada

Joane Bérubé

Il y a 2 ans, les scientifiques évaluaient à 2,5 millions le nombre de petits sébastes nés en 2011, 2012 et 2013 qui étaient en train d’envahir les fonds du Saint-Laurent. Ces petits poissons sont devenus grands et ne sont toujours pas pêchés.

Les estimations de l'abondance des sébastes adultes pour 2019 étaient égales ou supérieures aux niveaux qui ont précédé le déclin de l’espèce, dans le milieu des années 1980.

Le sébaste est partout dans les fonds marins du golfe, indique la biologiste Caroline Senay, spécialiste en évaluation de stocks à l’Institut Maurice-Lamontagne. On va échantillonner dans le golfe une centaine de stations avec un chalut qui a de toutes petites mailles et on ramasse de tout, raconte Caroline Senay. Ça va de la minuscule crevette au requin parfois de plusieurs mètres. On ramasse vraiment de tout. L’été dernier, 90 % de la biomasse qu’on a capturée, c’était du sébaste. C’est impressionnant de voir comment ces deux espèces dominent en ce moment le fond du golfe.

Les relevés scientifiques effectués en 2019 permettent de constater que la majorité des sébastes atlantiques (Sebastes mentella), soit un peu plus de 3 millions de tonnes, ont atteint la taille de 23 cm. Leur taille est désormais supérieure à 22  cm, le minimum permis pour la pêche. Un contingent de 497 000 tonnes de poissons a atteint une taille de plus de 25  cm.

Les petits sébastes de 23 cm devraient gagner 1,5 cm au cours des 18 prochains mois.

La présence importante du sébaste n’est pas sans conséquence sur d’autres espèces en moins bon état, comme la crevette.

Une femme avec un poisson sur un comptoir.

La biologiste Caroline Senay est spécialisée dans l'évaluation des stocks, dont celui du sébaste.

Photo : Pêches et Océans Canada

Le sébaste partage aussi plusieurs proies avec le flétan du Groenland dont les prises sont en diminution dans le golfe. Le golfe est un peu comme un garde-manger fermé. Si le sébaste accapare une grande partie des ressources, inévitablement il en reste moins pour les autres espèces. On croit qu’il pourrait y avoir des interactions de compétition qui pourraient expliquer une partie des diminutions des taux de croissance qu’on observe chez les turbots au cours des dernières années.

Deux espèces de sébastes fréquentent le golfe du Saint-Laurent.

Le Sebastes mentalla (sébaste atlantique) et le Sebastes fasciatus (sébaste d'Acadie). L’espèce actuellement la plus abondante est mentalla. Sebastes fasciatus est un stock considéré dans la zone de prudence, selon les évaluations scientifiques de Pêches et Océans Canada. La pêche de ces deux espèces fait l'objet d'un moratoire depuis 1995.

Les données de 2019 sont claires. Avec la quantité de sébaste qu’on a dans le golfe, on peut augmenter les prélèvements de mentella qui est dans le Saint-Laurent, qui est dans la zone saine, sans avoir de soucis de conservation, commente la biologiste.

Un poisson  sur un comptoir et des mains gantées de caoutchouc mauve qui s'apprêtent à le découper.

Un sébaste prêt pour l'analyse.

Photo : Pêches et Océans Canada

Présentement, les débarquements, très modestes, soulèvent un écueil pour un retour à une pêche plus importante et durable, soit celui des prises accidentelles. Ces prises représentent 9 % des débarquements totaux de la pêche au sébaste effectués de 2000 à 2019.

Si ce n’est pas un problème pour le moment en raison des petites quantités de sébastes prélevés, ça pourrait le devenir. Si on multiplie ce petit pourcentage par un quota de 20 000, 40 000, 60 000 tonnes, on peut se rendre compte assez vite que ça fera une pression importante sur des espèces dont plusieurs ont des statuts soit d’espèces en voie de disparition, soit de stocks qui ne se portent pas très bien.

Le flétan du Groenland, la merluche blanche, la morue franche et le flétan atlantique font notamment partie des espèces rapportées accidentellement.

Plusieurs recherches sont en cours tant sur la sélectivité des engins, ou sur les secteurs de pêche que sur la saison de pêche afin de limiter ce type de prises. La pêche en grande profondeur, que préfère le sébaste mentella adulte, pourrait être aussi une option envisageable.

Les pêcheurs devront aussi éviter de pêcher le petit sébaste et le sébaste fasciatus, dont la population se porte moins bien et est considérée comme étant dans une zone de prudence, selon les évaluations scientifiques de Pêches et Océans Canada.

Le retour à la pêche commerciale est toutefois un chemin parsemé d’embûches.

Un seau bleu plein de sébastes.

Sébaste

Photo : iStock

La pêche au sébaste, qui a déjà enregistré des débarquements de plus de 100 000 tonnes dans les années 70, a presque complètement disparu du golfe. Les quotas de sébastes qui sont actuellement autorisés ne sont même pas tous pêchés.

En date de décembre 2019, les débarquements des sébastes avaient atteint 592 tonnes dans le golfe, même si une pêche indicatrice de 2000 tonnes et une la pêche expérimentale de 3950 tonnes était autorisée.

Un des enjeux de la pêche au sébaste, c’est sa rentabilité, estime Patrice Élément, représentant des engins mobiles au sein de l’Association des capitaines propriétaires de la Gaspésie.

Pour les pêcheurs, le sébaste est encore petit. Sa valeur est encore limitée, note-t-il.

Les usines ne sont pas prêtes à recevoir d’importants volumes. Les chaînes de production sont à rebâtir.

Les transformateurs du Québec se préparent et ont fait une demande de financement au Fonds des pêches du Québec pour la transformation du sébaste. Il faudra ensuite vendre le poisson dans un marché qui est encore sous-développé.

Même si le sébaste devient le poisson le plus pêché au cours des prochaines années dans le golfe, la prudence est de mise.

Un pêcheur déverse une caisse de sébastes sur un convoyeur près de son bateau.

Des pêcheurs de Lamèque expérimentent la pêche au sébaste dans l'espoir d'ouvrir la voie à une nouvelle industrie.

Photo : Radio-Canada

L’ouverture de la pêche est aussi une question politique et économique. Les quotas, soit l’accès à la ressource, restent à distribuer entre les différentes flottilles du golfe. Et tout le monde va en réclamer, relève Patrice Élément. Sans cette distribution, l’industrie demeurera sur son quant-à-soi, ajoute-t-il. Il n’y a pas un pêcheur qui va investir 150 000 $, 200 000 $, 300 000 $ sans savoir s’il va avoir du quota.

Alors quand démarrera la pêche? Comment se fera la transition vers la pêche commerciale?

Plusieurs de ces questions seront discutées lors du comité consultatif sur le sébaste qui aura lieu à la fin mars.

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Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Faune marine