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Des religieux auraient fait des milliers de victimes au Québec

Des missionnaires oblats devant des Innus venant participer à une célébration religieuse.

Des prêtres oblats dans la région de Sept-Îles (vers 1980)

Photo : Institut Tshakapesh

Une compilation réalisée par Enquête trace un portrait sombre des agressions sexuelles et physiques perpétrées par des religieux au Québec. Des centaines de pédophiles et d’agresseurs, membres de l’Église catholique, auraient fait près de 10 000 victimes depuis les années 30. Et le portrait demeure incomplet. Tour d’horizon d’une triste réalité qui a peut-être été sous-estimée.

Poursuites civiles

Près de 25 actions collectives et poursuites civiles ont été entamées au Québec contre des diocèses, des congrégations religieuses ou certaines de leurs institutions, selon le décompte de Radio-Canada.

Si tous les recours se concluaient en leur faveur, le nombre de victimes s’élèverait à plus de 3000 personnes, qui ont dénoncé 334 agresseurs présumés.

Certaines poursuites se sont réglées à l’amiable, souvent en faveur des victimes. Mais la plus grande partie des recours collectifs demeurent en attente d’autorisation par un juge.

Condamnés au criminel

Plus de 50 prêtres diocésains, diacres et membres actuels ou passés de congrégations religieuses, ayant été actifs au Québec, ont aussi été condamnés au criminel.

De ce nombre, certains ont été condamnés en Ontario, mais auraient fait des victimes au Québec.

Quelques-uns n’ont pas pu subir leur procès en raison de leur santé physique ou mentale, alors que d’autres sont décédés avant la fin du processus judiciaire.

À eux seuls, ils ont fait au moins 225 victimes.

La plupart de ceux qui ont été condamnés sont aujourd’hui décédés ou à la retraite. Certains ont quitté les ordres et d’autres ont été tout simplement excommuniés.

Des agresseurs itinérants

Enquête a découvert que cinq autres prêtres ou religieux ont été condamnés ou identifiés publiquement comme des agresseurs par l’Église catholique aux États-Unis, après avoir officié au Québec durant de nombreuses années. Certains sont revenus au Québec, après avoir eu des plaintes contre eux à l’étranger.

L’un des pires agresseurs d’origine québécoise est le défunt père Lucien Meunier.

Selon les documents judiciaires américains, il a été déplacé du Québec vers l’Ontario après avoir fait au moins une victime à Granby. Par la suite, l’homme est devenu le curé de la paroisse de Marsden, en Saskatchewan, puis a officié dans plusieurs autres paroisses.

En 1990, la Gendarmerie royale du Canada estimait qu’il avait agressé plus d’une centaine de personnes, de l’Ontario à la Colombie-Britannique.

Il aurait ensuite sévi dans plusieurs villes de l'Arizona.

Le père Meunier donnait des conférences à travers l’Amérique du Nord, afin de parler du concile œcuménique en tant qu’émissaire du pape Paul VI. Il a été placé sur la liste des prêtres pédophiles du diocèse de Harford, au Maryland, pour avoir agressé un enfant durant un séjour à cet endroit.

Après avoir été arrêté aux États-Unis, le père Meunier, 74 ans, est décédé en 1990 d'une crise cardiaque dans une cellule d’un pénitencier de Floride, peu de temps après qu'un tribunal américain eut ordonné son extradition au Canada pour y être jugé.

Il avait déjà été accusé à deux reprises en Arizona pour agressions sur des enfants.

Les pensionnats autochtones

Des religieux membres de l’Église catholique ont aussi fait des ravages dans les pensionnats autochtones au Québec.

Enfants autochtones en salle de classe au pensionnat indien catholique de Fort George (Québec), 1939

Enfants autochtones en salle de classe au pensionnat indien catholique de Fort George (Québec), 1939

Photo : Archives Deschâtelets

Durant les travaux de la Commission de vérité et réconciliation, d’anciens pensionnaires des Premières Nations au Québec ont témoigné d’agressions perpétrées par des religieux et des religieuses membres de congrégations catholiques, dont les Oblats.

Quelque 2200 Autochtones du Québec ont été indemnisés pour des agressions physiques et sexuelles.

Au moins 17 religieux auraient sévi dans les pensionnats catholiques gérés par des Oblats, selon une enquête journalistique de 2008.

  • Fort George (Baie-James)

  • Amos (Abitibi)

  • Pointe-Bleue (Lac-Saint-Jean)

  • Sept-Îles (Côte-Nord)

Des agresseurs auraient aussi été actifs dans le pensionnat de La Tuque, en Mauricie, géré par les anglicans.

Plus récemment, deux recours collectifs en attente d’autorisation ont été déposés par des membres des Premières Nations du Québec. L’un d’eux vise la congrégation des Oblats de Marie-Immaculée, révélait Enquête en 2018. L’autre, contre le gouvernement fédéral, porte sur les agressions subies dans les écoles de villages où de nombreux religieux travaillaient comme enseignants.

Les orphelins de Duplessis

Un inventaire des présumés agresseurs de l’Église catholique au Québec serait incomplet, sans parler des victimes des orphelinats de Duplessis, administrés en majeure partie par des congrégations religieuses.

Manifestation d’orphelins de Duplessis en 2010

Manifestation d’orphelins de Duplessis en 2010

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Plusieurs témoignages d’agressions physiques ou sexuelles subies par des enfants dans ces institutions publiques ont fait la manchette depuis le début des années 90.

Or, on ignore le nombre exact de victimes, le gouvernement ayant toujours refusé la tenue d’une commission d’enquête sur la question.

Dans les années 90, deux tentatives de recours collectifs ont échoué, notamment pour des raisons de prescription. Avant 2013, une victime d'agression sexuelle n’avait que trois ans, à partir du moment où elle atteignait sa majorité ou qu’elle prenait conscience de ce qui lui était arrivé, pour poursuivre ou non son agresseur. La prescription est maintenant de 30 ans dans les cas d’agressions sexuelles ou de violence durant l’enfance.

Depuis 2006, le gouvernement du Québec a versé une aide de 15 000 $ à plus de 4300 personnes, dont une partie alléguait avoir été maltraitée physiquement ou sexuellement dans une série d’institutions gérées par des congrégations religieuses.

En février 2019, la ministre québécoise de la Justice, Sonia LeBel, a fermé la porte à la tenue d’une commission d'enquête sur les agressions commises par des prêtres pédophiles, comme le réclamaient des victimes québécoises. « L’outil de la commission d’enquête n’est peut-être pas l’avenue la plus appropriée dans ce dossier », disait-elle.

« Bien que ces situations soient extrêmement douloureuses, il ne s’agit pas d’un phénomène inconnu, nous connaissons présentement la situation dans son ensemble », a indiqué la ministre LeBel dans une déclaration envoyée à Radio-Canada.

Appelé à commenter la compilation d’Enquête, répertoriant l’existence de plusieurs milliers de victimes de religieux agresseurs, le bureau de la ministre a refusé tout commentaire supplémentaire.

Loi d’accès plus restrictive

En mars 2018, le gouvernement du Québec a modifié la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics pour rendre inaccessible, durant 25 ans, de l’information sensible des cabinets ministériels sur les agressions dans les orphelinats de Duplessis.

Retrouvez tous les reportages de l'émission Enquête

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