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Moiitou : le jeu-performance dans lequel l'héroïne ne gagne pas toujours

Une jeune femme sourit à la caméra, ses cheveux bruns noués en une longue tresse sur le côté gauche.

Corinne Sauvé s'en vient tester son spectacle «Moiitou», dans le cadre de l'événement Carte blanche, à l'Espace René-Provost.

Photo : Radio-Canada

Christelle D'Amours

Dans un univers jonché de jouets et inspiré des jeux vidéos, Corinne Sauvé s’abandonne à l’enfant qu’elle était pour devenir une héroïne : elle dispose de 25 minutes pour vaincre son adversaire. Puisque les mots manquent parfois, Moiitou explore comment le corps peut devenir expression… et création après une agression.

Ce n’est pas de la danse, ni du théâtre. Ce n’est pas non plus de la thérapie, ni le narratif de l’expérience qui a brisé l’enfance de Corinne Sauvé.

Dans la carte blanche intitulée Moiitou qu'elle présentera à Gatineau cette semaine, l’étudiante à la maîtrise en recherche et création de l’École supérieure de théâtre de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) veut répondre à une question scientifique : en quoi l’expérience vécue d’un #MoiAussi peut être le terrain de la création artistique?

Elle a donc choisi de concevoir et interpréter une performance qui s’apparente à un jeu vidéo des années 1990, tout droit sorti de ses souvenirs. Sur scène, elle devient l’héroïne de son propre destin.

Corinne Sauvé a l'air très concentré.

Corinne Sauvé en entrevue avec la journaliste Christelle D'Amours.

Photo : Radio-Canada / André Dalencour

Je voulais qu’on plonge dans l’enfance, qu’on voie ce qui s’y infiltre après une agression sexuelle, et en quoi elle ne nous appartient plus.

Corinne Sauvé, conceptrice et interprète de Moiitou

Quand tu es survivante, tu es à la fois dans une dynamique où tu es une victime et à la fois où tu es une agente qui prend position et qui, en quelque sorte, se sauve elle-même, indique l’artiste.

Sur scène, Corinne Sauvé est entourée de ballons, de jouets et même d’un pistolet de plastique qui deviennent les outils - inusités - lui servant à confronter son adversaire, qu’on devine rapidement être son agresseur. Elle dispose de 25 minutes pour franchir toutes les étapes, tenant le public en haleine, puisque les choses ne se déroulent jamais totalement comme prévu.

Je rentre dans le jeu vidéo, pas parce que je le voulais, mais parce que j’y ai été obligée et j’ai peine à m’en sortir. Je peux gagner ou perdre chaque soir.

Corinne Sauvé, conceptrice et interprète de Moiitou

L'artiste s’abandonne complètement à l’issue du jeu. Elle crée ainsi un parallèle avec le quotidien des victimes qui composent quotidiennement avec les aléas de la douleur post-traumatique, tantôt triomphant(e)s, tantôt écrasé(e)s.

Le corps se souvient

La créatrice de Moiitou est convaincue que la mémoire efface volontairement les souvenirs douloureux, mais que le corps emmagasine tout de même les expériences. Il peut les faire resurgir à sa façon, devenant dès lors un puissant un canal de libération.

Il y a de la matière dans le corps. Quand on est survivante, c’est ça qui doit parler, qui doit être écouté, soutient Corinne Sauvé.

Devant le public, elle compte autoriser son enfant intérieur à prendre des décisions, si échevelées soient-elles et à les mettre en exécution. Après ça, je me recule, je regarde ce que ça a donné, ce que les gens ont reçu et je fais des choix conséquents, explique-t-elle.

La jeune femme semble écouter quelqu'un.

L'artiste Corinne Sauvé

Photo : Radio-Canada

Je génère de la matière à partir d’un processus de création qui a comme créatrice principale, ma petite enfant intérieure : celle qui a été le plus blessée et celle que j’ai le plus étouffée... Et celle qui habite beaucoup trop de monde dans notre société.

Corinne Sauvé, conceptrice et interprète de Moiitou

L’artiste mise sur cette performance physique pour extérioriser et peut-être même trouver de l’inspiration pour créer autre chose.

S’appartenir

Avant tout, Corinne Sauvé entrevoit la performance physique comme une façon de se réapproprier son corps dans son entièreté.

Malgré la vague de témoignages qui ont suivi le mouvement social #MoiAussi, la femme de théâtre, elle, n’a encore jamais mis en mots ce qu’elle a vécu. Et elle ne croit pas être la seule.

Corinne Sauvé voudrait que Moiitou entre en dialogue avec celles et ceux qui souffrent et leur présente une autre façon de s’exprimer qui leur conviendra peut-être. C’est pourquoi sa performance ne raconte pas sa propre histoire, mais utilise plutôt un langage universel pour que le plus de gens possible s’y reconnaissent.

Je ne m’en viens pas faire de la thérapie, je m’en viens faire de l’art. Je veux rejoindre les gens, je veux transmettre une force aux gens. Je veux qu’ils s’identifient, qu’ils soient touchés et qu’ils discutent, puis qu’ils tolèrent de moins en moins le silence.

Corinne Sauvé, conceptrice et interprète de Moiitou

Pour sa part, Corinne Sauvé planche déjà sur la rédaction d’un autre texte avec la dramaturge Anne-Marie White, un spectacle qui observe le mouvement #MoiAussi d’un angle complètement différent.

L’artiste perçoit Moiitou comme une étape d’exploration dans son cheminement personnel et artistique. Elle y voit une possible mine d’or de réflexions et de nouvelles avenues.

J’ouvre une porte, mais je ne sais pas ce qu’il y a derrière! affirme Corinne Sauvé.

Même si les deux créations ne sont pas liées, l’artiste espère du moins qu’elles se compléteront.

POUR Y ALLER
Moiitou, de et avec Corinne Sauvé
Espace René-Provost, Gatineau
Du 13 au 15 février, 20 h

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