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L’audit fédéral sur La Passerelle-I.D.É. entre les mains du ministre Bill Blair

Le ministre de la Sécurité frontalière, Bill Blair, prend la parole pendant la période des questions à la Chambre des communes à Ottawa, le mardi 5 février 2019.

Le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Bill Blair, examine en ce moment l’audit sur le programme de prostitution indirecte de La Passerelle-I.D.É., mais n’a pas encore pris de décision quant au financement de l’organisme.

C’est ce qu’indique son ministère, qui précise que les détails de l’audit, complété il y a plusieurs mois par une firme indépendante, n’ont pas été rendus publics étant donné des considérations légales.

L’organisme à but non lucratif, qui vient en aide aux immigrants francophones, n’a reçu aucun financement de ce ministère depuis mars 2019, en raison de la vérification.

L’audit en question a été lancé à la suite d’une enquête explosive du Toronto Star sur le programme Sans Visage de La Passerelle-I.D.É., que le quotidien torontois qualifiait de programme fictif pour aider les prostituées.

Léonie Tchatat, qui dirige La Passerelle-I.D.É. depuis plus de 20 ans, nie en bloc les allégations voulant qu’elle ait mal dépensé des centaines de milliers de dollars destinés à aider 175 jeunes femmes à quitter la prostitution.

Une dame devant un ordinateur.

La directrice de La Passerelle-I.D.É., Léonie Tchatat

Photo : Radio-Canada

Mme Tchatat et son mari Guy Taffo, le comptable de l’organisme, ont d’ailleurs intenté une poursuite pour diffamation contre le Star.

Détails de l’audit

Dans un communiqué publié le 4 février, Léonie Tchatat a tenu un discours optimiste, indiquant avoir le plaisir d'annoncer la conclusion de l'audit.

Mme Tchatat, qui a décliné notre demande d’entrevue, a fait savoir sa ferme volonté de mettre en oeuvre les recommandations de l’audit, et même publié un mémorandum non daté sur les résultats de celui-ci, rédigé par la sous-ministre Gina Wilson.

Contacté par Radio-Canada à ce sujet, le ministère de Sécurité publique a confirmé que le mémo avait été envoyé le 4 octobre dernier, avant les élections fédérales.

Selon le mémo, un montant de 26 040 $ aurait été mal facturé par La Passerelle-I.D.É. en raison d’une erreur de saisies de données, puisque l’organisme effectuait ses rapports financiers manuellement.

une madame noir qui parle a un micro

Léonie Tchatat s'était défendue en avril concernant les allégations envers La Passerelle-I.D.É et Charité Léo.

Photo : Radio-Canada / MATEO GARCIA-TREMBLAY

L’auteur de l'audit indépendant a formulé 12 recommandations à l’organisme pour améliorer la transparence, notamment qu’il ait recours à un logiciel de comptabilité et que son conseil d’administration révise ses états financiers chaque trimestre.

« Si [La Passerelle-I.D.É] ne rempli pas les conditions énumérées [dans l'audit], la possibilité de mettre un terme à l'entente de financement pour cause pourra être revisitée par le ministre. »

— Une citation de  Mémorandum au ministre du 4 octobre dernier

Au courant de l’automne, des représentants ministériels ont évalué les résultats de l’audit, qui est désormais entre les mains du ministre Bill Blair.

La Passerelle-I.D.É. n’est pas au bout de ses peines. L’organisme a déjà perdu son financement provincial et la majeure partie de son financement municipal après une autre enquête de Radio-Canada sur ses programmes d’aide à l’emploi.

Il est aussi toujours visé par un deuxième audit fédéral pour avoir mal dépensé des fonds publics destinés à la prévention du VIH, confirme l’Agence de santé publique du Canada.

Nouveaux documents de cour

Pendant ce temps, la poursuite pour diffamation de La Passerelle-I.D.É. contre le Toronto Star avance lentement devant les tribunaux. Les avocats de Léonie Tchatat et Guy Taffo ont soumis une requête plus détaillée auprès de la Cour supérieure de l’Ontario, que Radio-Canada a obtenue.

La Passerelle-I.D.É. y explique, en anglais seulement, les détails de son programme Sans Visage, approuvé en mars 2017 dans le cadre d’un appel d’offres de Sécurité publique Canada.

« Léonie Tchatat a présenté au gouvernement le concept de prostitution informelle, qui ne fait pas référence à la vente de services sexuels ou d’autres formes de commerce du sexe, mais à un phénomène social vécu par des femmes francophones racisées qui s’engagent dans des relations sociales, qui peuvent être économiques plutôt que sexuelles reliées à la précarité économique ou sociale. »

— Une citation de  Extrait de la poursuite de La Passerelle-I.D.É. contre le Toronto Star

Selon une version archivée du site web de Sécurité publique Canada, les projets devaient répondre à l'enjeu prioritaire de fournir du soutien pour quitter la prostitution, mais dans sa poursuite, Mme Tchatat soutient avoir convaincu le ministère de son concept novateur.

Dans son communiqué diffusé le 4 février, La Passerelle-I.D.É. qualifie Sans Visage de programme destiné aux filles et aux femmes immigrantes et francophones de groupes racialisés et ethnoculturels, mais ne mentionne plus le concept de prostitution informelle.

Le Star maintient que La Passerelle-I.D.É., n’ayant aucune expérience en prévention de la prostitution, aurait essentiellement dupé des femmes d’affaires francophones issues des minorités visibles en les enrôlant à leur insu dans ce programme lors d’une soirée de réseautage à Toronto. Radio-Canada n'a pas été en mesure de vérifier ces allégations de manière indépendante.

Le quotidien torontois avait aussi révélé que Léonie Tchatat et Guy Taffo ont admis avoir utilisé à des fins personnelles des billets de concert et d'événements sportifs destinés à des enfants dans le besoin.

Selon les registres de la Cour supérieure, le Toronto Star, son journaliste Kevin Donovan et son éditrice en chef Irene Gentle ont soumis une défense à la fin janvier. Elle n’a pas encore été rendue publique par le greffe.

Léonie Tchatat, Guy Taffo et La Passerelle-I.D.É. réclament 11 millions de dollars en dommages et intérêts.

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