•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Trains bloqués : « Il faut respecter les lois du Canada », dit Trudeau

Justin Trudeau devant une oeuvre artistique sénégalaise.

Justin Trudeau participe à une conférence de presse avec le président sénégalais Macky Sall.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

François Messier

Les manifestations qui ont lieu d’un océan à l’autre en appui aux chefs héréditaires de la Première Nation Wet'suwet'en opposés au projet de gazoduc Coastal GasLink en Colombie-Britannique doivent se régler « rapidement », mais de façon « paisible », estime Justin Trudeau.

Le premier ministre du Canada a commenté le dossier mercredi depuis Dakar, au Sénégal, où il poursuit une tournée africaine destinée entre autres à promouvoir la candidature du Canada à un siège non permanent au Conseil de sécurité de l'ONU.

Je vais avoir un appel avec plusieurs ministres plus tard aujourd’hui pour faire un suivi sur ces enjeux des manifestations à travers le pays, a-t-il déclaré lorsqu’on lui a demandé quel message il voulait transmettre aux manifestants, dont les actions perturbent l’économie canadienne.

Nous sommes évidemment très fiers du fait qu’au Canada, on est une démocratie, qui reconnaît, qui va toujours défendre le droit de manifester de façon paisible, mais nous sommes aussi un pays de la règle de droit, et c’est important que toutes ces lois soient respectées, a-t-il ajouté.

Évidemment, notre souhait, c’est que ça se règle de façon paisible, rapidement. Il faut respecter les lois au Canada, même si, évidemment, on encourage le droit de manifester de façon paisible.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

C’est pour ça que j’appelle à toutes les différentes parties de travailler en dialogue pour résoudre cet enjeu très rapidement, a encore dit M. Trudeau.

Ottawa renvoie la balle à Victoria

Un peu plus tard, le leader du gouvernement à la Chambre des communes, Pablo Rodriguez, qui se rendait à une rencontre avec le ministre des Transports du Québec, François Bonnardel, pour discuter de la situation, a assuré que son gouvernement prenait la chose très au sérieux.

Affirmant être en contact constant avec ses homologues des provinces, M. Rodriguez a assuré que le gouvernement du Canada ne se défile pas, mais que cette crise doit être réglée à la source, soit entre le gouvernement de la Colombie-Britannique et les représentants de la nation Wet'suwet'en.

Interpellé à plusieurs reprises sur le fait que cette crise n’est plus locale, mais bien d’ampleur nationale et qu’elle requiert une intervention d’Ottawa, Pablo Rodriguez a répété que son gouvernement fait tout son possible pour favoriser un règlement rapide et pacifique, mais que la solution demeure entre Victoria et les leaders autochtones.

À sa sortie, M. Rodriguez s'est contenté d'annoncer la création d’un comité de coordination entre Ottawa et Québec, où les deux gouvernements vont se parler afin de suivre l'évolution de la situation d'heure en heure.

Freeland prise à partie par des manifestants

La crise entourant le projet Coastal GasLink a rattrapé la vice-première ministre du Canada, Chrystia Freeland, jusqu'en Nouvelle-Écosse. Elle a en effet été interpellée et encerclée par un groupe de manifestants, qui appuient les revendications autochtones devant l'hôtel de ville de Halifax où elle avait rendez-vous avec le maire Mike Savage.

Coincée contre la porte de l'immeuble par les manifestants et visiblement mal à l'aise, Chrystia Freeland a finalement pu entrer dans l'immeuble après qu'une agente de sécurité eut ouvert la porte de l'intérieur.

Sur une vidéo de l'événement publiée sur Twitter, on n'aperçoit nulle part les services de sécurité rapprochée de la ministre qui sont censés la protéger dans de telles situations.

Le projet

Le chantier de Coastal GasLink, un projet gazier de 6 milliards de dollars, est situé sur le territoire traditionnel des Wet’suwet’en, mais les chefs héréditaires de la communauté n'ont pas donné leur consentement au projet.

La compagnie a cependant obtenu l’accord de la Colombie-Britannique et des 20 conseils élus des Premières Nations le long du tracé, dont cinq conseils de bande Wet'suwet'en.

Malgré une injonction de la cour, les chefs héréditaires des Wet’suwet’en et leurs partisans refusent l’entrée aux ouvriers, ce qui a donné lieu à l'arrestation de plusieurs manifestations par la Gendarmerie royale du Canada.

L'échec des pourparlers entre le gouvernement de la Colombie-Britannique et les chefs héréditaires, et l'arrestation de manifestants a mené à une nouvelle vague de contestation, marquée par le blocage de voies ferrées, qui perturbe le transport de passagers et de marchandises.

Une agente d'exécution, de dos, lit l'injonction à quelques personnes près d'une voie ferrée.

Des Mohawks de la réserve de Tyendinaga bloquant la voie ferrée près de Belleville, en Ontario, se sont fait lire l'injonction obtenue contre eux par le CN par une agente d'exécution.

Photo : La Presse canadienne / Lars Hagberg

Une situation qui fait craindre des pénuries

S’il persiste plusieurs jours encore, ce blocus pourrait engendrer des pertes économiques, mais aussi des pénuries de marchandises diverses et de carburant dans l’est du pays, où des milliers d’entreprises et d’agriculteurs dépendent notamment des livraisons de gaz propane pour maintenir leurs opérations pendant l’hiver.

Pour l’instant, il n’y a aucune marchandise qui circule, donc c’est sûr qu’il y a une préoccupation, explique Nathalie St-Pierre de l'Association canadienne du propane.

En novembre dernier, le gaz propane avait dû être rationné dans certains secteurs du Québec et des Maritimes en raison d’une grève des employés du CN, qui avait interrompu le transport ferroviaire entre l’est et l’ouest du pays pendant huit jours.

Et il n’y a pas que le propane qui risque de manquer bientôt, a prévenu le CN mardi dans un communiqué. Des millions de dollars de denrées périssables, de céréales, de liquide de dégivrage pour les aéroports, de matériaux de construction, de charbon, de potasse, de bois et d'aluminium sont aussi coincés sur les rails depuis des jours, affirme la compagnie.

Ce ne sont pas seulement les trains de voyageurs qui sont touchés par ces blocages, c'est la chaîne d'approvisionnement canadienne tout entière.

Jean-Jacques Ruest, président-directeur général du CN

Le Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ) lui a fait écho. Dans un communiqué, il dit souhaiter une intervention rapide des autorités afin d'éviter une rupture de l'approvisionnement et un ralentissement des exportations. L’industrie forestière exporte des produits valant plus de 11 milliards de dollars chaque année, dont la très grande partie par train, souligne-t-il.

Un retour à la normale est nécessaire, et ce, le plus rapidement possible, afin d’assurer le transport du bois d’œuvre, des pâtes et papiers, des copeaux et des différents produits nécessaires à leur production, et ainsi d'éviter tout ralentissement de la production et annulation de quarts de travail, affirme le Conseil.

Les délais d’expédition causés par cette rupture de service prendront plusieurs semaines à se résorber, il est donc impératif d’y mettre fin rapidement.

Extrait du communiqué du Conseil de l’industrie forestière du Québec

La Fédération canadienne de l'agriculture avait fait part de ses inquiétudes mardi, en soulignant l'énorme impact économique de toute perturbation du transport ferroviaire.

Ces nouvelles interruptions entravent une fois de plus la capacité des agriculteurs à expédier leurs produits au port, particulièrement dans l'Ouest canadien. Comme les agriculteurs ne sont payés qu'une fois leurs produits rendus à destination, cela peut avoir d'énormes conséquences financières pour eux.

Mary Robinson, présidente de la Fédération canadienne de l'agriculture

Le transport par train est d’autant plus important l’hiver en raison des glaces qui paralysent de nombreux ports du pays, explique Charles Milliard, président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec.

Les ports sont gelés au Canada l’hiver, alors la plupart du transport de marchandises s’arrête à Montréal, alors que ça va habituellement, lorsqu’il fait beau, jusqu’à Toronto. C’est ce qui rend la chose encore plus problématique, dit-il.

Justin Trudeau regarde vers la caméra; derrière Macky Sall, vu de profil.

Justin Trudeau lance un regard en direction du président sénégalais Macky Sall lors de leur conférence de presse conjointe, mercredi, à Dakar.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

L'opposition tance le gouvernement Trudeau

Commentant la situation mardi, le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a reconnu que les moyens de pression des opposants au projet Coastal GasLink ont un impact énorme sur le transport de passagers et de marchandises.

Il a toutefois renvoyé la balle dans la cour des provinces où des manifestations ont lieu. Ce sont les provinces qui individuellement doivent faire respecter les injonctions, a-t-il laissé tomber.

Le premier ministre du Québec, François Legault, a cependant plaidé mardi que le gouvernement fédéral a une responsabilité dans ce dossier et il est revenu à la charge mercredi matin.

C’est un dossier fédéral, c’est une compétence partagée. Donc, je ne comprends pas [le ministre] Garneau et le gouvernement fédéral de ne pas vouloir s’impliquer avec nous dans le dossier.

François Legault, premier ministre du Québec

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a abondé dans ce sens mercredi matin, en pressant le premier ministre Trudeau de revenir ici et rencontrer les chefs autochtones.

C'est déchirant de voir des matriarches autochtones traînées hors de leurs terres. Si Justin Trudeau veut que les gens le croient lorsqu'il affirme que les relations de nation à nation sont ce qu'il y a de plus important, il doit revenir et passer de la parole à l'action, a-t-il écrit sur Twitter.

Après des siècles de colonialisme, la voie à suivre n'est pas facile, mais refuser de parler et prétendre que le gouvernement fédéral n'a pas de rôle à jouer est un échec de leadership. Dans tout le pays, la situation s'aggrave.

D'après le Bloc québécois, « Ottawa doit arrêter de se cacher derrière les provinces ».

Depuis lundi matin, le train ne marche pas sur la ligne Candiac; le trafic ferroviaire est paralysé. C’est 3000 travailleurs de ma circonscription qui sont pris en otage. Le transport collectif, qui devrait être encouragé, est attaqué, a dénoncé Alain Therrien, député bloquiste de La Prairie dans un communiqué.

Les gens de chez nous vivent l’enfer et Ottawa ne fait strictement rien. Ça n’a pas de bon sens!

Alain Therrien, député bloquiste de La Prairie

Le ministre Garneau nous dit que c’est aux provinces de faire respecter les injonctions, pourtant c’est sa responsabilité d’assurer la bonne marche du trafic ferroviaire, plaide pour sa part le porte-parole du Bloc québécois en matière de transports, Xavier Barsalou-Duval.

Avec la collaboration de Stéphane Bordeleau

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Politique fédérale

Politique