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Dossier Stone : le procureur général Bill Barr témoignera devant un comité du Congrès

William Barr, témoignant devant des sénateurs.

William Barr, témoignant devant des élus, avant sa confirmation au poste de procureur général, le 15 janvier 2019 à Washington.

Photo : Getty Images / Alex Wong

Le Comité judiciaire de la Chambre des représentants a annoncé, mercredi, que le procureur général Bill Barr, critiqué notamment pour son intervention présumée dans le dossier d'un ami du président Trump, a accepté de témoigner devant lui le mois prochain.

Dans le cadre de votre mandat comme procureur général, vous avez adopté par rapport aux affaires juridiques concernant le président un comportement qui préoccupe grandement le Comité, écrivent ses membres démocrates dans une lettre à Bill Barr rendue publique.

Énumérant certains des sujets qui seront abordés, ils y disent confirmer le fait qu'il a accepté de comparaître le 31 mars.

Puisant dans l'actualité récente des faits qu'il dit juger inquiétants, le Comité présidé par Jerry Nadler souligne entre autres la décision du département de la Justice de recommander dans le dossier de Roger Stone, un collaborateur de longue date du président Trump, une peine moins lourde que celle réclamée initialement par l'équipe de procureurs chargés du dossier.

Mardi, le département a jugé excessive et injustifiée la peine de sept à neuf ans d'emprisonnement qu'ils avaient recommandée.

Dans un geste de protestation, les quatre procureurs se sont tous retirés du dossier après la rebuffade de leur employeur, survenue quelques heures après un tweet rageur de Donald Trump. L'un d'eux a même démissionné.

Depuis l'entrée en fonction du président Trump, nous vous avons averti à plusieurs reprises, ainsi que vos prédécesseurs, que l'utilisation de notre système de justice pénale à des fins politiques est à la fois dangereuse pour notre démocratie et inacceptable pour le Comité judiciaire de la Chambre des représentants.

Extrait de la lettre du Comité au procureur Bill Barr

Roger Stone a été reconnu coupable, en novembre dernier, de sept chefs d'accusation liés à l'enquête sur l'ingérence russe lors de la présidentielle de 2016, dont avoir menti au Congrès, avoir fait obstacle aux travaux d'un comité de la Chambre des représentants et avoir corrompu des témoins.

Les élus mentionnent également la création d'un nouveau "processus" permettant à Rudy Giuliani, l'avocat personnel du président Trump, de transmettre au département de la Justice de l'information sur les adversaires politiques du président.

Joueur clé du dossier ukrainien, Rudy Guliani a été présenté par plusieurs témoins de l'enquête en destitution comme le maître d’œuvre de la campagne menée en coulisses, tant pour obtenir de responsables ukrainiens des informations dommageables à l'ex-vice-président et candidat démocrate Joe Biden que pour convaincre les autorités ukrainiennes de mener des enquêtes qui seraient bénéfiques à son client.

Autre sujet à l'ordre du jour : la décision du président de retirer, pour un poste au département du Trésor, la nomination de Jessie Liu qui, comme procureure de Washington D.C., avait pris la relève du procureur spécial Robert Mueller après l'enquête sur la Russie. Elle était notamment à la tête du bureau chargé de l'accusation de Roger Stone et Michael Flynn, ex-conseiller du président à la sécurité nationale.

Trump en remet

Roger Stone, qui porte des verres fumés et un complet blanc, fait un salut de la main.

Roger Stone, vu ici en juillet 2019 à Washington, est un vieil ami de Donald Trump.

Photo : Getty Images / Win McNamee

Déjà accusé la veille d'ingérence judiciaire par ses adversaires pour avoir critiqué la peine très injuste initialement recommandée par les procureurs à l'égard de son conseiller politique de longue date et avoir déploré une erreur judiciaire, Donald Trump est par ailleurs revenu à la charge mercredi matin.

Neuf ans recommandés contre Roger Stone (qui ne travaillait même pas pour la campagne Trump). Ça alors! Ça semble très juste!, a-t-il ironisé sur Twitter, laissant entendre que les procureurs qui étaient jusqu'à mardi responsables du dossier étaient des voyous.

Il a en outre félicité Bill Barr pour avoir pris en charge le dossier de son ami.

Félicitations au procureur général Bill Barr d'avoir pris en charge une affaire qui était totalement hors de contrôle et qui n'aurait sans doute pas dû être portée [devant la justice].

Donald Trump, président américain

Le président républicain a également accusé l’ex-procureur spécial sur la Russie Bob Mueller d’avoir menti devant le Congrès.

Interrogé par les journalistes en après-midi, il a nié toute interférence. Qualifiant au passage les procureurs de gens corrompus, il a soutenu qu'ils devaient s'excuser pour avoir blessé vicieusement des personnes comme Roger Stone et sa famille.

Il a de nouveau refusé de dire s'il entendait lui accorder son pardon.

La veille, il avait ouvertement critiqué, aussi sur Twitter, la juge Amy Berman Jackson, qui préside le procès de Roger Stone, et lui a reproché le sort réservé à un de ses anciens directeurs de campagne, Paul Manafort, emprisonné après avoir été reconnu coupable de fraudes fiscales et bancaires.

La magistrate doit annoncer la peine de Roger Stone le 20 février.

Les démocrates tempêtent, les républicains tempèrent

Mécontents, les démocrates ont dénoncé une attaque envers le système judiciaire. Le sénateur du Connecticut Richard Blumenthal a même réclamé la démission de Bill Barr.

Le leader de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, s'est pour sa part alarmé d'une crise de l'État de droit, réclamant une enquête de l'inspecteur général du département. Il a du même souffle rappelé que 52 des 53 républicains avaient voté contre la destitution de Donald Trump, qui était notamment accusé d'avoir abusé de son pouvoir dans le dossier ukrainien.

Laissé à lui-même, le président Trump ferait de l'Amérique une république de bananes, où le dictateur peut faire tout ce qu'il veut et où le département de la Justice agit comme le cabinet d'avocats du président, et non comme un défenseur de l'État de droit.

Chuck Schumer, leader de la minorité démocrate au Sénat

Des républicains, comme la sénatrice Susan Collins, du Maine, ont admis que le président n'aurait pas dû s'impliquer.

Les critiques du camp républicain étaient cependant loin d'être incisives.

Le sénateur de la Caroline du Sud Lindsay Graham, l'un des plus loyaux alliés du président, a reconnu que les tweets du président étaient inappropriés. Soutenant que la décision du département de la Justice n'avait rien à voir avec ses commentaires, M. Graham, qui préside le Comité judiciaire du Sénat, a cependant rejeté du revers de la main la pertinence d'une enquête sur une éventuelle ingérence du président.

Évoquant un simple manque de coordination entre les procureurs et le département de la Justice, son collègue de la Louisiane John Kennedy a renchéri sur ces propos, soutenant ne voir aucune preuve d'ingérence.

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