•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Honorer la mémoire d'Aurore, l'enfant martyre, 100 ans plus tard

Une femme est assise sur un fauteuil. Derrière elle, des bûches brûlent dans un foyer.

Yvonne Laflamme a incarné le personnage d'Aurore l'enfant martyre au cinéma.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Sébastien Desrosiers

Il y a 100 ans aujourd'hui qu'est décédée la petite Aurore Gagnon. Le 12 février 1920, celle que l'on surnomme l'enfant martyre a succombé aux blessures infligées par sa belle-mère, qui l'avait battue, brûlée et privée de nourriture. Son histoire, racontée dans des films et dans des livres, a depuis ému le Québec, mais en avons-nous vraiment tiré des leçons?

À Fortierville, dans le Centre-du-Québec, personne n'a oublié Aurore Gagnon. C'est ici que la petite a vécu de 1909 à 1920.

Derrière l'église s'étend un cimetière où est érigé un monument en sa mémoire.

Les gens viennent fréquemment se recueillir ici, explique la mairesse Julie Pressé. Elle fait partie de l'histoire du Québec.

Durant la saison estivale, des peluches et des fleurs s'amoncellent devant la pierre tombale, dit-elle. Un toutou dans un sac en plastique est toujours là, dans la neige.

C'est important de se rappeler que c'est arrivé chez nous.

Julie Pressé, mairesse de Fortierville

La municipalité invite tous ses citoyens, mais aussi tout le Québec, à observer une minute de silence en ce 12 février, à midi, pour commémorer le centenaire du décès d'Aurore. Une messe est également prévue le 7 mars. Une chorale d'enfants y prendra part, symbole de la place spéciale qu'ils occupent dans la communauté.

Ce qui est arrivé, on ne peut pas le changer, déplore la mairesse. Il faut le transformer puis en faire quelque chose de positif.

Dans la sacristie de l'église, un petit musée dédié à l'histoire de Fortierville réserve une place importante à Aurore. On y retrouve des photos d'elle et de sa famille, des livres à son sujet, des meubles de l'époque. La responsable de ce centre, Yvonne Lachance, y dirige des visites guidées toutes les semaines.

On reçoit au moins 1000 visiteurs par année, précise-t-elle.

Pourquoi l'enfant martyre attire-t-elle encore autant de curieux? C'est qu'on aime les enfants, répond-elle du tac au tac. C'est dans nos tripes d'aimer les enfants, surtout quand on en a. On ne s'imagine pas qu'on peut être aussi cruel avec un enfant.

La quantité d'œuvres culturelles qu'Aurore a inspirées explique peut-être pourquoi son souvenir est encore aussi vif. Des affiches de films et des robes sont d'ailleurs mises en évidence dans le petit musée. Yvonne Lachance reçoit des tonnes de questions à ce sujet.

Le film, c'est sûr que ça reste dans l'imaginaire collectif, résume-t-elle.

Des coupures de journaux.

Des articles de journaux qui parlent du rôle joué par Yvonne Laflamme dans le film Aurore, l'enfant martyre.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La « responsabilité » d'incarner Aurore

Yvonne Laflamme avait tout juste 11 ans quand elle a accepté de jouer dans un film, pour la première fois, en 1951. Dans La petite Aurore, l'enfant martyre, elle a tenté de se mettre dans la peau de la jeune victime. Près de 70 ans plus tard, elle se souvient de cette expérience comme si c'était hier.

Quand la belle-mère me mettait les mains sur le poêle, il était froid, raconte-t-elle, mais je me demandais : "S'il était chaud comment je réagirais?"

Je pensais à la vraie Aurore. Qu'est-ce qu'elle aurait vécu à ce moment-là? La frayeur, la panique.

Yvonne Laflamme

La comédienne ressent aujourd'hui le besoin de parler de celle qu'elle a incarnée. J'ai vécu une belle expérience [sur le plateau] et je me sens un peu coupable vis-à-vis la vraie Aurore, qui a tellement souffert.

Elle se console en se disant que le film a donné une voix à la petite fille.

C'était ma responsabilité, juge-t-elle.

Une charte pour protéger les enfants

Alors que les commémorations ne font que s'amorcer, la mairesse de Fortierville sait déjà qu'elle veut en faire plus pour célébrer la mémoire d'Aurore.

C'est arrivé ici il y a 100 ans, c'est arrivé encore il y a pas si longtemps que ça à Granby.

Julie Pressé, mairesse de Fortierville

Elle lance l'idée d'une charte pour encourager les municipalités du Québec à mettre en place des actions pour mieux protéger les enfants.

Mme Pressé concède que le projet est à un stade « embryonnaire » et que des défis se posent dans l'application d'une telle charte, mais elle affirme être en pourparlers avec la Fédération québécoise des municipalités à ce sujet.

On dit souvent que ça prend un village pour élever un enfant. Moi, j'ai envie qu'on dise : ça prend un village pour protéger un enfant.

C'est le plus beau cadeau qu'on peut pas lui donner à Aurore, ajoute Julie Pressé. De faire en sorte que sa courte vie n'ait pas été vaine, puis que ça serve à quelque chose, même si c'est 100 ans plus tard.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Histoire

Société