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Trains bloqués : pourquoi la police met du temps à intervenir

Des manifestants tiennent un drapeau mohawk.

Des manifestants autochtones refusant de lever leur blocus, malgré une rencontre le 11 février avec des représentants de la Police provinciale.

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Marguerite Gallorini

Les relations entre les populations autochtones et les autorités gouvernementales faisant respecter la loi canadienne n’en sont pas à leur premier épisode de tension.

La Police provinciale de l’Ontario (PPO) a prévenu mardi les manifestants mohawks qui bloquent la voie ferrée près de Belleville en Ontario depuis jeudi dernier qu'elle ferait bientôt appliquer l’injonction obtenue contre eux par le Canadien National (CN).

Mercredi matin, le chef de la police mohawk de la réserve de Tyendinaga, Jason Brant, a appelé les manifestants à « rentrez chez vous ».

D'autres manifestations en soutien aux chefs héréditaires de la Première Nation Wet'suwet'en opposés au projet de gazoduc Coastal GasLink en Colombie-Britannique ont eu lieu un peu partout au pays au cours des derniers jours.

Alors que certains se demandent pourquoi les policiers ne sont pas intervenus plus tôt, cet épisode ravive le débat autour de la souveraineté des populations autochtones et de leur relation avec les forces de l'ordre.

Un homme regarde une femme lire un papier.

L'agent d'exécution du ministère du Procureur général de l'Ontario lit l'injonction de la Cour obtenue par le CN au camp des Mohawks de la réserve de Tyendinega, face à Jacob Morris, un manifestant.

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

C'est ce qui est au cœur du litige entre les peuples autochtones et le Canada : quelle loi va s'appliquer? Quelle loi va régir le territoire?, explique Karen Drake, professeure associée en droit à l'Université York et citoyenne de la Nation Métis de l’Ontario.

Longue histoire de conflits entre Autochtones et la police

Des Mohawks de la réserve de Tyendinaga manifestent depuis jeudi près de Belleville, par solidarité avec les membres de la Première Nation Wet'suwet'en en Colombie-Britannique qui s'opposent au projet de gazoduc Coastal GasLink.

D’autres épisodes, comme la crise de Caledonia en 2006 en Ontario ou la crise d'Oka en 1990 au Québec, ont précédemment marqué l’importance, pour les forces canadiennes, d’approcher ces situations avec précaution.

Que ce soit la PPO, la Sûreté du Québec ou la GRC, [...] ils ont tous dû faire face à la même chose, dit Jodi Bruhn, directrice de Stratéjuste, une société spécialisée dans le conseil aux relations Couronne-Autochtones à Ottawa.

La crise d'Oka était en quelque sorte un des premiers épisodes de la période moderne et ça a été une expérience d'apprentissage vraiment difficile pour la police québécoise dans la façon de procéder avec ces enjeux.

Jodi Bruhn, directrice de Stratéjuste

Également, après la crise d’Ipperwash en Ontario en 1995, lors de laquelle un Autochtone a été tué par la PPO, une enquête très approfondie a été menée sur ce qui s'est passé et des recommandations ont été formulées sur ce que la PPO pouvait faire pour améliorer ses relations avec les groupes autochtones de la région, rappelle-t-elle.

Le fait que la PPO mette plusieurs jours à agir sur l’ordre d’injonction du CN ressemble à d’autres expériences vécues par Jodi Bruhn lors de conférences auxquelles elle participe, parfois interrompues par des manifestations.

Ces conférences, qui ont été interrompues par des manifestants, étaient menées par des Premières Nations, mais elles laissaient souvent les protestations durer plus longtemps que ça ne l’aurait été dans un contexte non autochtone , dit-elle.

Des policiers, la nuit.

Des policiers resserrent le contrôle d'un campement sur la route du service forestier après que des Wet'suwet'en et des partisans aient bloqué la route en Colombie-Britannique (archives)..

Photo : Radio-Canada / Chantelle Bellrichard

Je pense que c'est une façon de reconnaître la douleur ou l’injustice exprimée, mais aussi d'essayer de la diffuser de cette façon. C'est une approche plus douce, suppose-t-elle.

Ce qui n’est pas toujours forcément bien reçu ou compris de la part des gens qui ne sont pas membres de ces communautés, ajoute-t-elle.

De son côté, le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a souligné mardi que le blocage des trains avait un impact « énorme », qu'il s'agisse des dizaines de milliers de passagers de VIA Rail sans service ferroviaire depuis jeudi dans le triangle Toronto-Montréal-Ottawa ou des millions de dollars en marchandises bloquées.

Pour sa part, le CN a averti mardi qu'il serait contraint « d’interrompre sous peu ses activités sur des parties importantes de son réseau canadien » si le blocus n'était pas levé.

Nous stationnons actuellement des trains sur notre réseau, mais en raison de l'espace limité disponible, le CN n'aura d'autre choix que d'interrompre temporairement le service dans les principaux corridors, à moins que les blocages ne prennent fin, a affirmé le PDG du transporteur Jean-Jacques Ruest.

La clé de la solution

Finalement, tant que nous n'aurons pas essayé de traiter cette question [de l’utilisation de la terre] de manière à mettre en place un cadre permettant de répondre à ces préoccupations tout en permettant aux projets d'aller de l'avant, ce genre de choses continuera, estime Jodi Bruhn.

Une approche qui devra être plurielle, ajoute la professeure associée Karen Drake.

Ce à quoi ressemblera la réconciliation sera différent d'une nation autochtone à l'autre. Il n'y a pas d'approche pan-autochtone, pas de taille unique. Chaque nation autochtone a le droit de déterminer elle-même à quoi ressemblera la réconciliation.

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Toronto

Autochtones