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Abbas rejette l'État palestinien « gruyère » proposé par Trump

Un homme présente une carte géographique.

Le président palestinien Mahmoud Abbas lors de son intervention au Conseil de sécurité mardi, montrant la carte du partage des territoires prévu par le « plan de paix » israélo-américain.

Photo : Reuters / Shannon Stapleton

Agence France-Presse

Le président palestinien Mahmoud Abbas a rejeté solennellement mardi devant le Conseil de sécurité de l'ONU le plan de paix israélo-américain, qui ferait selon lui d'un État palestinien un gruyère suisse, après avoir renoncé la veille à un vote d'une résolution, faute de soutien international suffisant.

Nous [le] rejetons, car il met en question les droits légitimes des Palestiniens, a-t-il lancé, en dénonçant notamment l'absence de Jérusalem-Est dans un futur État palestinien. Ce plan ferait de la Palestine « un État fragmenté », a-t-il insisté, en évoquant une situation « d'apartheid » et l'absence de souveraineté pour son peuple.

Le renoncement au vote d'une résolution mardi en présence de ce dirigeant représente un revers sérieux pour les Palestiniens, même s'ils assurent à l'unisson de la Tunisie, qui les représente au Conseil, que les négociations sur le texte lancées la semaine dernière vont se poursuivre.

« Mesures de rétorsion »

Ils expliquent aussi avoir voulu ménager leurs soutiens à l'ONU, soumis à une très forte pression des États-Unis. Selon un diplomate occidental, Washington a menacé de mesures de rétorsion, notamment financières, les pays qui se positionneraient contre lui.

Un haut responsable américain, demandant l'anonymat, s'est félicité mardi de ce renoncement. En ne présentant pas de résolution clivante, le Conseil de sécurité démontre que les vieilles manières de faire sont finies, a-t-il dit.

Dimanche, les États-Unis et le Royaume-Uni avaient soumis à leurs partenaires du Conseil de sécurité une série d'amendements au texte visant à lui enlever toute critique à l'égard du plan dévoilé par Donald Trump le 28 janvier.

Ce projet retient une solution à deux États, mais propose de créer une capitale d'un État palestinien à Abou Dis, un faubourg de Jérusalem, alors que les Palestiniens veulent faire de l'ensemble de Jérusalem-Est leur capitale.

Il intègre aussi une annexion des colonies israéliennes, ainsi que de la vallée du Jourdain en Cisjordanie, territoire palestinien occupé depuis 1967, avec des frontières en rupture avec les lignes tracées à l'époque. Il prévoit un État démilitarisé pour la Palestine.

Ce sont nos territoires, a asséné devant le Conseil de sécurité Mahmoud Abbas. Qu'est-ce qui vous donne le droit de les annexer?, a-t-il demandé aux Israéliens. Il a appelé la communauté internationale à faire pression sur eux pour empêcher cette perspective qui pourrait intervenir au lendemain des prochaines élections israéliennes, au début de mars.

La souveraineté palestinienne en question

Pour l'ambassadrice américaine à l'ONU, Kelly Craft, le plan, qui s'accompagne d'un investissement de 50 milliards de dollars, est réaliste et peut être mis en œuvre. Ce n'est pas un projet figé dans le marbre, à prendre ou à laisser, a-t-elle ajouté, évoquant une proposition de début de dialogue.

Parmi ses amendements au projet de résolution, Washington a demandé de supprimer la mention d'une vision à deux États souverains et démocratiques pour ne conserver que la qualification d'États démocratiques.

Dans une déclaration commune avant la réunion du Conseil de sécurité, les membres de l'Union européenne siégeant dans cette instance (Belgique, France, Allemagne, Estonie, plus la Pologne, ancienne membre) ont plaidé au contraire pour la création d'un État d'un seul tenant, indépendant, démocratique, souverain et viable pour les Palestiniens.

Pour ces derniers et plusieurs de leurs soutiens, le projet américain est déséquilibré et bien trop favorable à Israël.

Mahmoud Abbas a réaffirmé que les États-Unis ne pouvaient plus être le seul médiateur pour une paix au Proche-Orient. Il a appelé le Quartette [États-Unis, Russie, Union européenne et ONU] et les membres du Conseil de sécurité à organiser une conférence internationale de paix, sans autre précision.

Selon l'ambassadeur israélien à l'ONU, Danny Danon, la paix ne peut pas intervenir si les Palestiniens ne changent pas de dirigeant.

Ce n'est qu'une fois qu'il sera parti qu'Israël et les Palestiniens pourront aller de l'avant, a-t-il dit, provoquant l'indignation du secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmed Aboul Gheit, assis à sa droite, qui s'est dit stupéfait.

Un appui timide

Après s'être affiché au côté de Mahmoud Abbas devant des médias réunis dans un hôtel, l'ex-premier ministre israélien Ehoud Olmert (2006-2009) s'est lui aussi inscrit en faux contre la déclaration de Danny Danon. Mahmoud Abbas est un homme de paix, opposé à la terreur, et c'est le seul partenaire avec lequel nous pouvons traiter, a-t-il souligné.

Si le président palestinien peut se targuer, dans son rejet du plan de Donald Trump, d'un soutien de la Ligue arabe, de l'Organisation de la Coopération islamique et de l'Union africaine, les réactions au plan américain ont souvent été empreintes de modération.

Les pays européens ne se sont pas montrés unis et, dans le monde arabe, plusieurs États ont marqué leur appui à Washington, comme les Émirats arabes unis, Oman ou Bahreïn.

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