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Réforme Roberge : excédés, des enseignants songent à démissionner

Des chaises sont retournées sur les pupitres d'une salle de classe sans élèves.

Des dizaines d'enseignants du Québec songent à quitter le réseau.

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Des dizaines d'enseignantes et d'enseignants québécois seraient prêts à démissionner si le gouvernement Legault ne change pas d'approche dans sa réforme de l'école publique.

Ces enseignants provenant d'un peu partout en province s'organisent présentement autour d'un regroupement en ligne sous le nom « À bout de souffle...ça suffit! ».

Il est né, la fin de semaine dernière, de la tourmente provoquée par l'adoption du projet de loi 40.

Le recours au bâillon par le gouvernement caquiste a visiblement choqué plusieurs d'entre eux. C'est une insulte à notre endroit, dénonce Geneviève Groleau, l'une des instigatrices du mouvement et enseignante au primaire dans la région de l'Outaouais.

Comme plusieurs collègues, elle s'est réveillée samedi matin, dit-elle, avec le sentiment de ne pas avoir été écoutée par le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge.

Le malaise était suffisamment palpable pour qu'elle s'interroge sur son avenir dans le réseau de l'éducation.

Geneviève Groleau

Geneviève Groleau a spontanément eu l'idée de lancer un mouvement pour répondre à l'adoption du projet de loi 40.

Photo : Radio-Canada

J'ai décidé de poser la même question à la communauté enseignante, raconte-t-elle. En à peine quelques heures, elle aurait obtenu des centaines de témoignages de collègues plongés dans cette même réflexion.

De ce premier échantillon de témoignages s'est formé un groupe privé sur les réseaux sociaux. Actuellement, un peu plus d'une centaine de personnes en font partie.

Ces personnes s'engagent, précise-t-on d'emblée, à être les signataires d'une lettre qui mentionne une démission déjà active ou à venir, un départ imminent ou une réorientation de formation.

Choix déchirant

L'instigatrice assure que la décision de démissionner, si elle devient réelle, ne se prend pas de gaieté de cœur. Mais vient un temps, poursuit Mme Groleau, où les enseignants doivent se protéger eux-mêmes.

On doit choisir entre notre santé, notre famille ou les [élèves]. Le choix devient tellement difficile et c'est tellement déchirant pour nous, exprime-t-elle.

On veut que les gens comprennent qu'on est à bout de souffle. On les aime vos enfants et on veut continuer à œuvrer pour eux. On veut protéger le système d'éducation.

Geneviève Groleau, cofondatrice, À bout de souffle...ça suffit!

L'ampleur du mouvement pourrait dépendre des négociations des nouvelles conventions collectives des enseignants, actuellement en cours. On craint toutefois, dit Mme Groleau, que le ministre n'emploie la même méthode, en référence au bâillon.

Si le projet de loi 40 visait à abolir les élections scolaires et à transformer les commissions scolaires en centres de services, le mouvement veut aussi rappeler les conséquences provoquées par d'autres mesures incluses dans la loi.

Une page publique sera lancée sous peu pour établir ce contact avec la population. Un moyen de dépolitiser le dossier, dit-on, et de mettre les enseignantes et les enseignants à l'avant-plan.

Signal de détresse

Approchés par le mouvement afin d'offrir du soutien aux enseignants qui choisiraient de faire partie des potentiels démissionnaires, les syndicats se disent désolés d'en être arrivés là.

Je pense que ça traduit un malaise profond. Il y a quelque chose de dramatique là-dedans, a commenté Sylvain Malette, président de la Fédération autonome de l'enseignement.

En 30 ans de métier dans le réseau, il n'a jamais vu autant d'amertume.

La colère que j'observe, que j'entends, dont on me parle, jamais ce niveau de colère là n'avait été atteint.

Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l'enseignement

Sa collègue de la Fédération des syndicats de l'enseignement, Josée Scalabrini, abonde dans le même sens. C'est le reflet concret qu'il y a un épuisement généralisé chez le personnel enseignement. Mais cette fois-ci, la distinction que je vois, c'est que ça vient exprimer le bris de confiance, a-t-elle réagi.

Les syndicats ont assuré ne pas être derrière le mouvement, d'aucune manière, et n'ont pas encore statué sur la manière d'accompagner les enseignantes et enseignants membres. Ils recommandent néanmoins à leurs membres de les avertir s'ils ont l'intention de participer à ce genre d'initiative.

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