•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des travailleurs étrangers reçoivent des permis aux durées « aléatoires »

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Des permis de travail empilés

La durée des permis de travail octroyés par le gouvernement fédéral varie grandement d'un individu à l'autre

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

Immigration Canada essuie les critiques d'entreprises qui sont touchées par la pénurie de main-d'oeuvre. Les travailleurs étrangers temporaires qu'elles ont embauchés ont récemment reçu des permis dont la durée varie d'un individu à l'autre, sans raison apparente.

Clean International, une entreprise de Lévis qui offre des services de nettoyage pour les usines alimentaires, a accueilli 22 travailleurs philippins en décembre 2018. Chacun avait une offre d'emploi valide pour un an.

Puisque leurs permis de travail arrivaient à échéance à la fin de l'année 2019, l'entreprise a fait les démarches pour les renouveler. C'est là qu'est venue la surprise.

Les travailleurs philippins de Clean International lors d'une mission de recrutement à Manille

Les travailleurs philippins de Clean International lors d'une mission de recrutement à Manille

Photo : Marie-Ève Labrie

Il y en a qui ont eu deux ans, il y en a qui ont eu six mois, rapporte la directrice générale adjointe de Clean International, Marie-Ève Labrie. C'est vraiment variable pour aucune raison spécifique.

L'avocat spécialisé en immigration qui accompagne Clean International s'étonne lui aussi de ces renouvellements aux durées aléatoires. Ça crée de la grogne au sein de l'entreprise, indique Me Maxime Lapointe.

Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) est responsable d'un manque d'équité procédurale, selon lui.

Il faut comprendre que la durée du permis de travail a des incidences aussi sur la couverture d'assurance maladie. Donc là, le travailleur se retrouve sans assurance maladie peut-être pendant une certaine période.

Me Maxime Lapointe, avocat spécialisé en immigration

La situation peut aussi amener un certain stress financier, ajoute Mme Labrie. Souvent, ils habitent tous ensemble. Ils se séparent le loyer, donc si un part avant... Le but ce n'est pas qu'ils partent, mais c'est sûr que ça les stresse!

Marie-Ève Labrie, directrice générale adjointe de Clean International

Marie-Ève Labrie, directrice générale adjointe de Clean International

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

« Une frustration »

La Boulonnerie Abic, également située à Lévis, vit la même situation à plus petite échelle. Le copropriétaire Yves Leclerc a embauché un jeune opérateur de machines originaire de l'Afrique de l'Ouest en 2018.

Il est très ordonné, il a de la rigueur. C'est en plein ce qu'on aime avoir, commente élogieusement l'homme d'affaires.

Après quelques mois, son employé avait dû rentrer chez lui temporairement, mais les démarches étaient déjà entamées pour son retour. Puis en avril 2019, la nouvelle offre d'emploi a été confirmée pour une année entière.

Le temps d'arrimer les choses avec son pays d'origine, l'employé d'Yves Leclerc n'est arrivé au Canada qu'en novembre. Plutôt que de lui octroyer un permis de travail d'un an à partir de cette date, le Canada lui a donné jusqu'en avril 2020, soit moins de cinq mois.

La grosse période pour nous autres, c'est l'été, et là, on ne l'aura pas!

Yves Leclerc, copropriétaire de la Boulonnerie Abic
Yves Leclerc, copropriétaire de la Boulonnerie Abic, sur le plancher de son usine

Yves Leclerc, copropriétaire de la Boulonnerie Abic

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

M. Leclerc l'avait embauché spécifiquement parce qu'en été, il manque de main-d'oeuvre et il se voit parfois forcé de refuser des commandes. Ironiquement, il n'aura eu son employé que pendant l'hiver.

C'est la troisième fois qu'on dépense de l'argent, les billets d'avion. Tu sais, on est rendu à environ 10 000 $ pour arriver, au bout, que c'est à recommencer!, illustre M. Leclerc.

Me Lapointe, qui a aussi travaillé sur ce dossier, admet que la situation est absurde. On devrait donner un an de présence physique au Canada et, selon moi, le délai devrait commencer à compter de l'arrivée au Canada.

Quelles explications possibles?

Par courriel, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) affirme que la durée des permis de travail peut varier en fonction de quelques paramètres. La durée de l'offre d'emploi ou la date d'expiration du passeport de l'individu en font partie, par exemple.

Or, le passeport était en cause dans le dossier d'un seul travailleur philippin, selon Me Lapointe. Quant à la durée des offres d'emploi, des documents officiels démontent qu'elle est d'une année complète pour chacun des postes chez Clean International et Boulonnerie Abic.

Me Lapointe affirme qu'il n'est pas en mesure d'obtenir de réponses de la part d'IRCC. C'est très opaque, commente-t-il.

Me Maxime Lapointe, avocat spécialisé en immigration

Me Maxime Lapointe, avocat spécialisé en immigration

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

Radio-Canada n'a d'ailleurs pas pu obtenir d'entrevue avec le ministère, sous prétexte que personne n'était disponible pour répondre aux questions. Nous avons fait une deuxième demande, restée sans réponse au moment d'écrire ces lignes.

Simplifier le processus

Les employeurs admettent qu'il s'agit d'une situation éreintante. Chez Clean International, par exemple, une personne est désormais à temps complet sur le dossier des travailleurs étrangers temporaires.

On est rendu avec près de 50 travailleurs étrangers, donc quand ils ont tous des dates de renouvellement de permis différentes, ça demande beaucoup de travail à l'interne, illustre la directrice générale adjointe Marie-Ève Labrie, précisant que 17 Vietnamiens s'ajouteront bientôt à ce total.

Quant à Yves Leclerc, de la Boulonnerie Abic, il demande au gouvernement fédéral de simplifier le processus. Un moment donné, on va arrêter. On ne pourra pas continuer de même.

Même lui, un moment donné, il va peut-être dire, le Canada ne veut pas m'avoir pantoute! Il ne me facilite pas la tâche, dit-il en parlant de son employé.

Pour éviter de tels problèmes, Me Lapointe suggère que la période de validité pour les emplois temporaires soit minimalement de deux ans.

À son avis, IRCC devrait toujours octroyer des permis de travail pour la plus longue période possible, d'autant plus qu'il s'agit souvent d'une porte d'entrée vers la résidence permanente.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !