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Vienne, l'utopie du logement abordable?

Le complexe résidentiel Alt Erlaa.

Le complexe résidentiel Alt Erlaa.

Photo : iStock

On connaît Vienne pour sa culture musicale et son histoire. Mais il y a un secret connu seulement des Viennois : 60 % d'entre eux habitent dans des logements subventionnés, et plutôt beaux.

Nous visitons le chantier de construction d’un complexe qui s’appelle Biotope City. « C’est un projet qui vise à réunir la nature et la ville », nous dit Jacques-Philippe Shumbusho, un employé de la municipalité de Vienne. Il y aura 1000 logements de tailles variées. 700 d'entre eux sont des logements subventionnés, qui coûteront deux fois moins cher que leurs équivalents privés.

Un chantier d'immeubles de 1000 logements en construction.

Le complexe de Biotope City comptera 1000 logements, dont 700 subventionnés.

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

« Les logements privés sont un peu plus grands, mais il n’y a pas beaucoup de différence », ajoute M. Shumbusho. Des logements communautaires coopératifs. Et, tenez-vous bien, il y aura des piscines, un gym, des tas d’espaces collectifs et deux écoles. Sans parler de la verdure luxuriante, omniprésente durant la belle saison.

Un dessin de projet de logements avec beaucoup de verdure.

Le projet de Biotope City veut réunir la ville et la nature.

Photo : Radio-Canada / Biotope City

Nous voici à des années-lumière des HLM du centre-ville de Montréal ou de la banlieue parisienne.

C’est une utopie vécue, je crois. Et nous en sommes très fiers. Le droit au logement est un droit fondamental, une question de dignité humaine. Les gens ont un logement garanti et ils peuvent se permettre de consommer et de faire fonctionner l’économie.

Bojan Schnabl, du service de l’habitation de Vienne.
Bojan Schnabl devant une carte d'un projet de quartier intelligent à Vienne.

Bojan Schnabl, chercheur au service d'habitation de Vienne.

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Employé et chercheur au service de l’habitation de Vienne, Bojan Schnabl résume parfaitement le credo du parti social-démocrate viennois. Mis à part la lourde parenthèse du nazisme et de la Seconde Guerre mondiale, les sociaux-démocrates dirigent Vienne depuis 1919. Et c’est précisément à ce moment-là que la politique du logement social a vu le jour.

La fabuleuse histoire du logement viennois

« Après la Première Guerre mondiale, les conditions de vie étaient bien pires qu’à Londres ou à Paris », raconte Werner Bauer, qui s’occupe d’un petit musée sur « Vienne la Rouge », comme on appelait à l’époque la social-démocratie locale. Vienne a alors créé d’énormes complexes de logements sociaux, comme le Karl Marx-Hof, un bâtiment long d’un kilomètre, avec 1200 appartements, où vivent aujourd’hui 3500 personnes.

Un immeuble de logement des années 20 avec des statues.

Le Karl Marx-Hof est un des complexes de logements sociaux emblématiques de Vienne.

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Pour l’époque, ce complexe avait belle allure.

Les architectes ont fait un clin d’œil à Versailles, c’est comme le château des travailleurs avec sa cour d’honneur, on a mis des statues. C’était très symbolique.

Werner Bauer, musée de Vienne la Rouge au Karl Marx-hof
Un grand immeuble de 5 étages avec une grande cour intérieure, des plantes et des jeux pour enfants.

Le complexe du Karl Marx-Hof est doté d'une immense cour intérieure avec des jardins communautaires.

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Entre 1920 et 1934, Vienne a construit 65 000 logements sociaux. C’est plus qu’il n'y en a à Montréal aujourd’hui. Et après la Seconde Guerre mondiale, Vienne a construit de plus belle. Encore des logements par milliers. Et aujourd’hui, les édifices historiques ont été complètement rénovés.

Le mur d'un immeuble d'appartement avec de jolis dessins dessus.

De 1920 à 1934, la municipalité de Vienne a construit 65 000 logements sociaux, qui ont tous été rénovés.

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Il y a maintenant 220 000 logements sociaux municipaux disséminés partout dans la ville, sans compter un nombre presque similaire de logements coopératifs subventionnés qui se sont ajoutés.

Le modèle de mixité

L’autre particularité des logements sociaux viennois : ils ne sont pas réservés qu’aux pauvres ou aux très pauvres.

« En fait, environ 70 % des Viennois sont admissibles aux logements subventionnés », nous explique la géographe et urbaniste Sandra Guinand, de l’Université de Vienne. Elle nous a fait visiter un complexe de logements coopératifs subventionnés construit à la fin des années 90. Ce quartier de la « Nouvelle Vienne » est plein de gratte-ciel et d’immeubles d’appartements. Il n’est pas facile de distinguer les logements subventionnés de ceux du marché privé.

Sandra Guinand, dans le hall d'un immeuble de logement subventionné avec beaucoup de plantes.

Sandra Guinand, urbaniste et géographe, est passionnée par le modèle de logement social viennois.

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Dans mes enquêtes sur le terrain, les habitants du secteur subventionné se moquent souvent des gens qui habitent dans le privé, qui paient beaucoup plus cher pour à peu près la même chose.

Sandra Guinand, urbaniste et géographe, Université de Vienne
Des appartements modernes avec un parc et un terrain de jeu pour enfants.

Un ensemble de logements sociaux des années 90.

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Je suis toujours très impressionné par le travail que font nos architectes. Le logement subventionné est souvent bien plus attractif que le logement privé, nous dit Bojan Schnabl, chercheur au Service de l'habitation de Vienne.

Dans mes nombreuses rencontres avec des habitants de logements subventionnés, j’ai rencontré une pâtissière, un enseignant, un propriétaire retraité d’une firme comptable, et plusieurs personnes issues de l’immigration.

Vienne se veut un exemple international en matière de mixité.

C’est bien qu’un employé de banque puisse vivre dans le même environnement que son directeur. À Vienne, nous voulons éviter le genre de ghettos ou de zones de non-droit que vous trouvez à Amsterdam ou à Paris.

Georg Niedermülhbichler, conseiller municipal social-démocrate.

Vienne est une des métropoles européennes qui compte le moins de sans-abri. Parce qu’il y a aussi des logements sociaux qui leur sont consacrés.

Écouter le reportage de Michel Labrecque à Désautels le dimanche.

Des limites quand même...

Il y a cependant des limites à l’accès au logement subventionné. Il faut avoir vécu deux ans à Vienne. Il faut s’inscrire sur une liste d’attente sur laquelle on peut demeurer deux ans. Si vous voulez vivre dans un logement coopératif subventionné, il faut payer un droit d’entrée, qui peut représenter plusieurs milliers d’euros. Et bien sûr, il y a une limite de revenu à respecter. Mais une fois que vous obtenez votre logement, vous pouvez le garder jusqu’à la fin de vos jours, même si votre revenu excède plus tard la limite.

Un quartier historique de Vienne avec des bâtiments et un tramway moderne.

A Vienne, il y a des logements subventionnés dans tous les quartiers du centre et des banlieues.

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Vienne peut-elle continuer dans la même voie? La ville de 1,9 million d’habitants, aujourd’hui dirigée par une coalition social-démocrate–verte, y croit toujours. On construit en ce moment 4000 nouveaux logements sociaux municipaux. Et pour tous les nouveaux développements immobiliers, la municipalité exige que les deux tiers des habitations soient des logements subventionnés. Il y a aussi plein de projets de logements innovants : des coopératives pour des groupes artistiques ou d’intérêt, deux projets de villes intelligentes d’envergure, un tout nouveau quartier écologique de 20 000 habitants.

Un immeuble d'appartements neuf, avec balcons et terrasses.

Un nouveau complexe de logement social municipal a été inauguré en 2019.

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Tout cela fait quand même un peu rêver; à condition d’être prêt à renoncer à la propriété. Une sorte de Saint-Graal en Amérique du Nord. Mais il y a quand même des obstacles : le boom économique des dernières années crée tout de même une pression sur l’immobilier.

Le coût des terrains augmente, il y a de moins en moins d’espace disponible; les coûts de construction augmentent.Tout cela devient problématique. On sent un certain essoufflement. Comment va évoluer l’immobilier à Vienne? Je pense que nous sommes à un moment critique.

Sandra Guinand, géographe et urbaniste, Université de Vienne.

Du côté de l'immobilier et du logement privé, qui constitue la moitié de l'offre d'habitation, Vienne vit une surchauffe immobilière identique aux autres métropoles. Malheureusement.

J'ai trouvé un appartement à 3000 dollars par mois, nous raconte le Québécois Jeffrey Bawa, qui travaille à l'ONU. Pour acheter, il n'y a rien à moins de 600 000 euros (près de 900 000 dollars), ajoute son compatriote Yaël Ossowsky, qui vit à Vienne avec sa conjointe autrichienne.

Deux immeubles modernes de vingt étages dans un nouveau quartier de Vienne.

Dans les nouveaux quartiers de Vienne, il est pratiquement impossible de différencier le logement privé du logement social ou coopératif subventionné.

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

C'est comme deux univers parallèles, ajoute Jeffrey Bawa. Si on n'a pas accès au logement subventionné, il faut payer des prix très élevés pour des logements qui ne sont pas meilleurs. Mais ne faites pas dire à Jeffrey Bawa que la politique viennoise du logement n'est pas utile. C'est un des aspects très positifs qui font de Vienne une ville championne de la qualité de vie.

Avec la collaboration de Céline Béal, à Vienne

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