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Les agronomes n'auront plus le droit d'être payés à la vente

L'Ordre des agronomes serre la vis à ses membres, mais ne va pas jusqu'à interdire le double chapeau de conseiller et de vendeur.

Un tracteur, avec à l'arrière des tuyaux, déverse un produit dans un champ.

Les agronomes conseillent les agriculteurs pour leur utilisation des pesticides en même temps qu'ils leur vendent ces mêmes produits.

Photo : Getty Images / iStock / Fotokostic

Dans un rapport envoyé aux quelque 3000 membres, mardi, l'Ordre des agronomes du Québec (OAQ) annonce 17 mesures pour garantir plus d'indépendance.

Certains changements seront mis en place dès la fin du mois, d'autres plus tard en 2020.

Le rapport prévoit que soient proscrits les modes de rémunération dépendants de la vente de produits . Les commissions, ristournes et concours de vente seront interdits, ainsi que les cadeaux qui ne sont pas de valeurs modestes.

L'OAQ entreprendra des démarches pour inciter l'industrie à changer au plus vite ses pratiques.

Plus de transparence

L'agronome devra dorénavant documenter et justifier chacun de ses gestes professionnels. Ces actes devront être traçables et permettre de faire le lien avec la facturation.

Ces dernières années, des enquêtes de Radio-Canada ont révélé que, dans le domaine des pesticides, les agriculteurs sont majoritairement conseillés par des agronomes-vendeurs, payés par l'industrie, et que la plupart d'entre eux touchent illégalement des primes, bonis ou commissions pouvant les inciter à recommander trop de pesticides.

Lors de la commission parlementaire sur les pesticides, le sous-ministre au ministère de l'Environnement du Québec Marc Croteau s'était ému qu'un petit groupe d'agronomes liés à l'industrie avait été responsable de la moitié des prescriptions du pesticide le plus dangereux, l'atrazine, en 2018.

Plusieurs intervenants, dont l'Union des producteurs agricoles (UPA) et Équiterre, avaient réclamé qu'un agronome ne puisse plus être à la fois un vendeur de pesticides et un conseiller chargé d'aider les agriculteurs dans leur prise de décision.

Mais l'Ordre n'a pas accepté d'aller aussi loin.

Selon le président de l'UPA Marcel Groleau, c'est un pas dans la bonne direction et « ça relève maintenant du ministère de l'Environnement et du ministère de l'Agriculture d'aller au-delà de ce que l'Ordre prévoit ».

Le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation André Lamontagne salue la remise en question de l'Ordre et les changements proposés

Ce qui nous interpelle depuis le début dans ce dossier, c'est de s'assurer qu'il n'y aura pas de conflits d'intérêts entre l'activité de vente et l'activité de prescription.

André Lamontagne, ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec

Aurait-on pu aller encore plus loin? André Lamontagne répond qu'il s'en remet à ses collègues députés membres de la commission parlementaire sur les pesticides qui doivent bientôt faire connaître leurs recommandations.

De la poudre aux yeux, selon Louis Robert

Alors qu'il était congédié par le ministère de l'Agriculture (réintégré depuis), l'agronome Louis Robert avait tenté de se faire élire à la présidence de son ordre professionnel en proposant de séparer les rôles. Il avait échoué à 15 voix près, ce qui démontre la division dans les rangs.

Le fonctionnaire du ministère de l'Agriculture estime que l'Ordre évite d'aborder la base du problème.

Un agronome, selon le Code de déontologie, ne devrait pas pouvoir agir à la fois pour le vendeur et l'acheteur d'un produit, peu importe sa forme de rémunération.

Louis Robert, agronome

Selon la chargée de projets pesticides et produits toxiques chez Équiterre, Nadine Bachand, « un doute persistera tant et aussi longtemps que la pratique du double emploi sera permise ».

Permettrait-on à un médecin de vendre les médicaments qu'il prescrit à ses patients ?

Nadine Bachand, chargée de projet pesticides et produits toxiques, Équiterre.

CropLife, le lobby qui représente les compagnies de pesticides, n'a pas souhaité faire de commentaire.

L'industrie des pesticides aurait déjà anticipé ces mesures en modifiant le mode de rémunération de ces agronomes. Ils n'auraient plus de rémunération additionnelle en fonction des ventes, mais selon les marges.

Notre patron nous a dit que ça n'allait rien changer à notre revenu, nous a indiqué un agronome employé de l'industrie qui a requis l'anonymat.

Un produit que l'on vendait 6 $, on va le vendre maintenant 7 $, explique-t-il. Au final, ça va coûter plus cher aux agriculteurs.

En réaction à ces affirmations, le président de l'Ordre des agronomes, Michel Duval indique que la rémunération selon la marge n'est pas non plus permise dans les nouvelles dispositions.

Quant à la Coop fédérée, plus gros employeur d'agronomes dans les champs du Québec, elle assure qu'aucun changement du genre n'a été fait.

« Cependant, précise son porte-parole Hugo Larouche, il y a une réflexion en cours au sein du réseau La Coop sur le mode de rémunération des agronomes. Nous croyons qu’un agronome ne devrait pas voir sa rémunération affectée par le volume d’approvisionnement de ses clients. »

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