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Muskrat Falls : que cache la bouée de sauvetage lancée à Terre-Neuve par Ottawa?

Une photo montre la centrale hydroélectrique en construction.

Le chantier du projet hydroélectrique de Muskrat Falls, au Labrador

Photo : Nalcor

Terre-Neuve-et-Labrador est au bord du gouffre. Le fiasco du barrage hydroélectrique Muskrat Falls y est pour beaucoup. Alors que le gouvernement Trudeau offre un répit à la province, les contribuables canadiens ont peut-être tout intérêt à être aux aguets.

C’était écrit dans le ciel, Ottawa allait bouger. La question restait de savoir quand.

Le gouvernement Trudeau avait fait preuve de retenue et avait joué de prudence en année électorale.

Voilà qu’Ottawa est prêt à négocier une restructuration financière pour réduire les coûts associés à la structure de capital de Muskrat Falls.

Il faut dire que Terre-Neuve fonçait tout droit vers un mur et une révolte se dessinait. Imaginez un instant. Les finances de la province sont dans un si piètre état que pour couvrir le coût du projet hydroélectrique de Muskrat Falls, il aurait fallu augmenter en moyenne la facture d’électricité des Terre-Neuviens de 75 %, dès l’an prochain. Une hausse des tarifs a ainsi été évitée.

Muskrat Falls est un désastre sur le plan financier. Le projet coûtera au moins deux fois plus cher que prévu, soit 13 milliards de dollars. En 2012, ces coûts étaient estimés à 6,2 milliards.

Sachez que l'évaluation de 13 milliards remonte à juin 2017 et qu’aucune mise à jour n’a depuis été faite par le gouvernement de Dwight Ball. Ça ne s’est certainement pas amélioré depuis, c’est certain, explique le spécialiste des questions énergétiques Jean-Thomas Bernard de l’Université d’Ottawa.

Jamais un projet n’avait connu un échec aussi retentissant dans cette province. Les prévisions de consommation d’électricité ont été largement surestimées et, pire encore, ajoute le professeur Bernard : Il y aura zéro marché pour l’exportation. C’est complètement démesuré.

Une affiche à l'entrée du chantier de Muskrat Falls

Une affiche à l'entrée du chantier de Muskrat Falls

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Pour permettre la construction du barrage, le gouvernement fédéral s’était déjà porté garant jusqu’à concurrence de 7,9 milliards de dollars des dettes terre-neuviennes liées au projet.

En gros, la bouée de sauvetage que vient de lancer Ottawa est un peu comme si les deux gouvernements viennent de convenir une renégociation de l’hypothèque.

Les détails du nouveau cadre financier restent à régler et le gouvernement fédéral ne veut pas s’avancer sur la suite.

Mais selon Jean-Thomas Bernard, Ottawa n’avait pas le choix d’intervenir parce que Muskrat Falls est devenu un problème canadien. Le gouvernement fédéral devra en absorber une partie. Il n’y a pas d’autres solutions, je ne vois pas d’autres sorties.

C’est l’insulte à l’injure, affirme Yves-François Blanchet

Ils sont assis.

Le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Dwight Ball, et le ministre fédéral des Ressources naturelles, Seamus O'Regan, lors de la conférence de presse du 10 février 2020

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Après avoir mis la main sur le pipeline Trans Mountain, le gouvernement Trudeau pouvait difficilement tourner le dos à Terre-Neuve-et-Labrador. Ajoutez à cela une autre réalité : six des sept députés fédéraux de cette province sont libéraux.

En venant à la rescousse de Terre-Neuve, Justin Trudeau s’expose inévitablement à des critiques. Il vient possiblement de donner de nouvelles munitions au Bloc québécois.

C’est l’insulte à l’injure. Le gouvernement fédéral favorise un concurrent d’Hydro-Québec qui a prouvé son incompétence, n’a pas tardé à lancer le chef bloquiste Yves-François Blanchet. Le fédéral n’a pas à intervenir dans les positions concurrentielles entre les provinces canadiennes. Ce n’est pas son rôle.

En route vers Drummondville, M. Blanchet s’insurge : Les Québécois vont payer pour ça. On a toutes les raisons de penser que, tôt ou tard, le gouvernement fédéral va ramasser en tout ou en partie la facture.

La question mérite d’être posée. Qui paiera ultimement cette restructuration? L’ensemble des Canadiens? Ottawa est-il en train de préparer les contribuables à ce scénario?

Une photo de pylônes électriques à proximité de la future centrale de Muskrat Falls au Labrador

Des pylônes électriques à proximité de la future centrale de Muskrat Falls au Labrador

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Terre-Neuve-et-Labrador est prise dans une spirale. Depuis un an, le poids de sa dette s’est encore accru. C’est hors de contrôle, prévient le directeur parlementaire du budget, Yves Giroux, qui s’apprête à publier un rapport sur la viabilité financière des provinces.

Terre-Neuve ne s’en va pas dans la bonne direction, estime-t-il. Il y a de moins en moins de Terre-Neuviens pour supporter le fardeau et ceux qui restent sont de plus en plus vieux.

Ce n’est pas le premier dépassement de coûts dont il est question ces jours-ci.

Pas plus tard que la semaine dernière, les Canadiens apprenaient que le projet d’expansion du pipeline Trans Mountain allait coûter des milliards de plus que prévu.

Ottawa devra maintenant expliquer les implications financières du projet de centrale électrique de Muskrat Falls.

Toutefois, le projet hydroélectrique ne risque pas de susciter le même casse-tête politique pour le gouvernement Trudeau au chapitre de ses engagements environnementaux.

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