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Pénurie d’arbitres à Québec : entre manque de main-d’oeuvre et de valorisation

Un problème qui a aussi à voir avec le traitement réservé aux arbitres.

Des arbitres mineurs sont victimes d'intimidation de la part d'entraîneurs et de spectateurs pendant les parties de hockey.

Photo : Radio-Canada

Guillaume Piedboeuf

Les secteurs touchés par la pénurie de main-d’oeuvre sont nombreux à Québec et l’arbitrage ne fait pas exception. Dans les rangs scolaires et civils, les organisations sportives font face à un casse-tête cette année pour éviter d’annuler des parties.

La pénurie d’arbitres dure depuis plusieurs années, mais ça s’est empiré dans les deux dernières parce que le recrutement devient de plus en plus difficile, admet Mathieu Rousseau, directeur général de la division Québec et Chaudière-Appalaches du Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ).

Basketball, soccer, hockey, volleyball, tous les sports y passent, explique-t-il.

Ça cause des annulations de parties et de tournois, parfois tardivement. Des parents et des entraîneurs se retrouvent à arbitrer des matchs à l’improviste.

Les organisations sportives de la région se creusent la tête pour des solutions. Le RSEQ de Québec et Chaudière-Appalaches, par exemple, exige maintenant des écoles qu'elles envoient des jeunes se faire former comme arbitre. Au basketball, un sport dont la popularité explose, les parties de calibre participatif sont désormais encadrées par un seul officiel au lieu de deux.

Mathieu Rousseau, directeur général du RSEQ de Québec et Chaudière-Appalaches

Mathieu Rousseau, directeur général du RSEQ de Québec et Chaudière-Appalaches

Photo : Radio-Canada

On demande aussi aux écoles de nous donner plus de disponibilité. Pas seulement le vendredi, qui est un soir problématique. Puis dans les sports qui se jouent sous forme de tournoi, on essaye que toutes les catégories ne jouent pas la même journée, pour que les plus vieux soient disponibles pour arbitrer les plus jeunes.

Hockey et soccer n’y échappent pas

Une réalité qui n’est pas propre au sport scolaire si l’on se fie à Philippe Bernard, directeur général del’Association régionale de soccer de Québec (ARSQ).

L’été passé, ça a été très, très compliqué. Quelques matchs ont dû être annulés et on a dû mettre un seul arbitre sur des matchs de soccer à onze.

Dès l’été prochain, le nombre d’arbitres passera d’ailleurs de trois à un seul pour les matchs de soccer à neuf, chez les U11 et U12, manque de main d’oeuvre oblige.

Un arbitre sur un terrain de soccer.

Le manque d'arbitre a causé des maux de tête, l'été dernier, à l'Association Régionale de Soccer de Québec.

Photo : Radio-Canada

Même son de cloche chez Hockey Québec-Chaudière-Appalaches, explique l’arbitre en chef Pierre-Olivier Bouchard. Son organisation a mis les bouchés doubles dans le recrutement en vue de cet hiver, offrant même l’achat d’équipement à des arbitres de première année, mais le problème s’avère plus complexe.

Dans un contexte de plein emploi, les jeunes arbitres ont simplement moins de temps à offrir, explique-t-il. Il y a des plages horaires, les samedis et dimanches soirs notamment, où il n’y a presque personne de disponible.

C’est encore plus difficile dans les catégories bantam, midget et junior qui exigent des arbitres un peu plus vieux et expérimentés.

C’est surtout un problème de rétention et selon moi, ça témoigne d’un problème de valorisation du travail d’arbitre. Il faut arrêter de dire que c’est le Tim Hortons à côté qui nous vole nos jeunes.

Pierre-Olivier Bouchard, arbitre en chef à Hockey Québec-Chaudières-Appalaches

Valoriser le travail d’arbitre

Toutes les organisations sondées s’entendent pour dire que cette pénurie d’arbitres n’est pas qu’un problème démographique.

Ce n’est pas un emploi facile et un jeune qui commence à arbitrer et qui se fait crier des bêtises, dans le contexte actuel, va peut-être préférer aller faire autre chose. Il y a de la conscientisation à faire auprès des parents et c’est un travail de longue haleine, pointe Mathieu Rousseau.

Chaque année, on est témoin de débordements et je crois qu’il y en aura toujours, mais il y en a moins qu’il y en avait, précise toutefois Philippe Bernard.

À l’ARSQ, une agression verbale d’un joueur, d’un entraîneur ou même d’un spectateur envers un arbitre vaut à l’équipe concernée une convocation en comité de discipline provincial, par exemple.

Un brassard pour les arbitres mineurs

Pour conscientiser les parents au fait que les jeunes arbitres méritent le même respect que les joueurs, Hockey Québec-Chaudière-Appalaches a pour sa part eu l’idée de faire porter un brassard jaune aux arbitres de moins de 18 ans, cette saison.

Affiche montrant le brassard jaune avec l'inscription «Attention à l'Arbitre... c'est un enfant comme le vôtre.»

Des affiches comme celle-ci ont été posées dans plusieurs arénas de la région de Québec, cet hiver.

Photo : Hockey Québec-Chaudière-Appalaches

L’idée est de rentrer dans la tête des gens que les jeunes arbitres sont en apprentissage au même titre que leurs enfants. Est-ce tolérable de crier après un joueur bantam qui manque une passe? La réponse est non. C’est la même chose quand l’arbitre fait une erreur, relate l’instigateur de l’initiative, Pierre-Olivier Bouchard.

Signe que son idée a fait mouche, d’autres organisations de hockey de la province ont déjà emboîté le pas avec le brassard jaune.

Reste maintenant à réhabiliter le métier, estime l'arbitre en chef.

Le comportement des spectateurs dans les arénas est loin de ce que c’était il y a 25 ans. Les parents me disent beaucoup qu’ils ne veulent pas que leur fils soit arbitre et se fasse crier après sur la glace. Ils oublient que c’est un emploi flexible, qui garde en forme et qui permet de se développer en tant que personne.

Gérer la critique et prendre des décisions en situation de stress, voilà des apprentissages utiles pour de jeunes adultes, argue-t-il.

Il faut qu’on rende le métier plus attrayant. Il faut qu’il y ait un sentiment d’appartenance et que les jeunes soient bien et aient du plaisir à arbitrer, conclut pour sa part Philippe Bernard.

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