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Des passagers du Diamond Princess critiquent les mesures de mise en quarantaine

L'augmentation des cas de coronavirus à bord du bateau de croisière inquiète les passagers qui sont en quarantaine depuis maintenant une semaine, aux abords du port japonais de Yokohama.

Manon Trudel et son conjoint sont coincés sur le bateau de croisière Diamond Princess, près du port japonais de Yokohama.

Photo : Courtoisie

Fannie Bussières McNicoll

Manon Trudel et son conjoint sont parmi les 3700 personnes en quarantaine à bord du Diamond Princess. Le couple québécois est confiné depuis une semaine à une petite cabine sans balcon ni fenêtre. Difficile de savoir si c'est le jour ou la nuit.

Ils n'ont eu droit qu'à deux sorties sur le pont pour respirer l'air frais depuis le début de leur isolement. Et même ces courts moments de détente deviennent des sources d'inquiétude.

Les gens qui fument et les gens qui parlent au cellulaire enlèvent leur masque pendant la marche sur le pont. On se retrouve donc en présence de plusieurs personnes qui ne portent pas de masque. Côté prévention, ça ne va pas du tout!, lance-t-elle.

De plus, l'enseignante au Cégep de Sorel-Tracy déplore que les règles d'hygiène et les mesures de sécurité changent de jour en jour.

Un jour, on nous dit de porter de gants pendant la marche sur le pont. Le lendemain, on nous informe que les gants ne sont plus nécessaires, relate Mme Trudel. Depuis aujourd'hui, on doit ouvrir la porte aux employés avec notre masque. Avant, ce n'était pas le cas. Il y a quelques jours, on nous apportait nos repas dans des assiettes en verre. Maintenant, ils nous arrivent dans des contenants faits de matière recyclée.

Manon Trudel est par conséquent de plus en plus méfiante vis-à-vis des autorités japonaises et des responsables du navire.

On ne reçoit pas beaucoup d'informations. Et quand on les valide, elles ne sont pas exactes. Le capitaine me dit : "Trust me", mais ma confiance n'est pas particulièrement grande!

Manon Trudel

Elle se plaint aussi du manque de communication et de suivi au sujet des passagers infectés et hospitalisés au Japon. On ne sait pas quels sont les traitements, leur durée, leurs résultats. Est-ce qu'il y a des passagers qui sont morts? On ne sait rien du tout!

Soixante-cinq nouveaux cas de coronavirus ont été détectés à bord, portant à 135 le nombre total de passagers contaminés.

L'infectiologue du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), Donald Vinh, n'est pas surpris de voir le nombre de cas de coronavirus augmenter de cette manière à bord du Diamond Princess. Il indique qu'un bateau de croisière est un lieu reconnu pour être favorable à l'éclosion d'épidémies, de gastroentérites par exemple.

M. Vinh rappelle que la période d'incubation du coronavirus est de 14 jours, ce qui peut expliquer la manifestation récente de nouveaux cas et qui laisse présager une augmentation du bilan dans les prochains jours. Celui qui est aussi chercheur à l'Institut de recherche du CUSM est d'avis qu'un navire, même en quarantaine, n'est pas un environnement optimal pour contrôler une épidémie.

On parle ici d'un bateau qui est conçu pour le tourisme, et pas pour des raisons médicales. Donc, l'équipement et la formation du personnel ne sont pas nécessairement adéquats pour une quarantaine, ou pour offrir une protection contre les microbes.

Donald Vinh, infectiologue
Un homme d'origine asiatique sourit à la caméra.

Selon le Dr Vinh, un navire, même en quarantaine, n'est pas un environnement optimal pour contrôler une épidémie.

Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll

En outre, il ne faut pas oublier qu'une quarantaine de ce genre est organisée en premier lieu dans le but de protéger la population des risques que représentent les individus exposés au virus, précise le Dr Vinh.

Manon Trudel ne se sent pas en sécurité sur le bateau, surtout en voyant le nombre de cas confirmés de coronavirus augmenter de la sorte. L'idée de la quarantaine est très bonne, mais pourquoi la faire sur un bateau qui est contaminé? Je préférerais aller faire ma quarantaine n'importe où, même dans le Grand Nord québécois à -40 degrés Celsius, plutôt qu'ici!

Le système de ventilation mis en cause

Manon Trudel et d'autres passagers ont soulevé des doutes à propos du système de ventilation du navire. Ils craignent qu'il ne fasse circuler de l'air contaminé et accélère la propagation du virus.

Le Dr Donald Vinh reconnaît que tenter de contenir la propagation d'un microbe sur lequel les experts ont encore des informations incomplètes représente tout un défi. Des questions sont encore en suspens, notamment à propos de son mode de propagation. Les passagers ont donc des raisons d'être inquiets, selon lui.

Si on présume que c'est un virus qui est transmis par aérosol – ce qui est une possibilité, mais ce qui n'est pas confirmé pour le moment –, cela implique qu'il faut avoir un certain type de ventilation. Comme celui d'un hôpital, par exemple. Mais ce n'est fort probablement pas le cas sur un bateau de croisière, explique-t-il.

Le ministre canadien des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a dit travailler avec les autorités japonaises sanitaires pour offrir de l'assistance aux Canadiens à bord du Diamond Princess. La mise en quarantaine du navire doit se poursuivre jusqu'au 19 février.

La direction de la santé publique du Canada a par ailleurs indiqué ne pas avoir reçu d'informations quant à l'état de santé des huit passagers canadiens infectés et hospitalisés au Japon.

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