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Pesticides : voici les recommandations de la CAQ

Des témoins de la commission sur les pesticides sont déçus. Les députés de la majorité évitent les enjeux les plus chauds dans leur rapport préliminaire que Radio-Canada a obtenu.

Protection avant l'épandage de pesticides.

Des députés de la Coalition avenir Québec ont formulé leurs recommandations à la suite de la commission parlementaire sur les pesticides qui s'est tenue à l'automne.

Photo : iStock

Thomas Gerbet

Après avoir écouté une trentaine de témoins, reçu 76 mémoires et plus de 700 recommandations, des députés de la Coalition avenir Québec (CAQ) ont accouché d'une douzaine de recommandations en guise de bilan de la commission parlementaire sur les pesticides qui s'est tenue à l'automne.

Ce qui ressort du court document, c'est qu'il n'aborde pas plusieurs enjeux liés aux pesticides qui ont fait la manchette ces dernières années au Québec.

Les sept députés de la CAQ qui siègent sur la commission n'ont rien prévu pour garantir l'indépendance de la recherche face à l'industrie, un problème pourtant à l'origine de la mise en place de la commission avec l'affaire Louis Robert.

À la déception de plusieurs témoins à qui nous avons appris la nouvelle, il n'y a rien, non plus, pour lutter contre le conflits d'intérêt des agronomes ou pour interdire certaines pesticides, comme les « tueurs d'abeilles ».

Parmi les douze propositions, on n'en retrouve aucune pour améliorer les connaissances en santé publique.

Je suis déçue, parce qu'on passe en dessous de la table, encore une fois, réagit l'agricultrice à la retraite Elizabeth McNamara. Nous l'avons informée qu'aucune recommandation ne propose de reconnaître la maladie de Parkinson dont elle souffre comme une maladie professionnelle.

Elle a le sentiment d'avoir perdu son temps en s'adressant aux parlementaires pour les sensibiliser au lien entre cette maladie et les pesticides, que la science a établi.

En France, ils ont reconnu le parkinson en 2012. On est en 2020 et le Québec ne veut pas le reconnaître comme maladie professionnelle.

Elizabeth McNamara, agricultrice à la retraite et auteure d'un mémoire lors de la commission parlementaire sur les pesticides

Deux députées de l'opposition avaient tiré la sonnette d'alarme, la semaine dernière, qualifiant les recommandations caquistes de coquilles vides, mais personne n'avait été en mesure de juger, puisque le rapport était resté jusqu'à présent dans le huis clos de la Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles.

Aucun des sept députés caquistes membres de la commission n'était disponible pour commenter.

Les députés ont convenu entre eux que, tant que le rapport ne sera pas déposé [à l'Assemblée nationale] et débattu en séance de travail, ils préfèrent ne pas faire de commentaire, nous a répondu l'attaché de presse du caucus de la CAQ, Michel Vincent.

Des recommandations « vagues »

Vue aérienne d'un tracteur qui étend des pesticides dans un champ.

Les membres de la Commission vont sélectionner 40 intervenants pour les audiences publiques qui devraient se dérouler à la mi-septembre.

Photo : Radio-Canada

J'aurais souhaité qu'on documente les risques pour la santé de la population en lien avec l'usage des pesticides au Québec, au moyen d'une étude épidémiologique, regrette la professeure au Département de santé environnementale et santé au travail de l'Université de Montréal, Maryse Bouchard.

Actuellement, l’évaluation des risques repose presque seulement sur des études menées sur des animaux de laboratoire, dans des conditions d’exposition que la professeure juge irréalistes.

Tout au plus, les députés de la CAQ recommandent que le ministère de l’Environnement évalue les moyens devant être mis en place pour dresser un portrait plus fiable de la situation québécoise des pesticides.

Tout ça est tellement vague que ça ne peut pas devenir opérationnel. Ce n'est pas possible de savoir où on s'en va, quels changements vont être apportés.

Maryse Bouchard, professeure à l'Université de Montréal

La CAQ recommande aussi que la réduction de l’usage des pesticides soit une priorité pour le gouvernement, mais cela est déjà un objectif que s'est donné la province, tout comme l'idée de « favoriser l'achat local et biologique ».

Aucune recommandation ne traite de l'atrazine, un herbicide interdit en Europe depuis plus de 15 ans et considéré par le gouvernement du Québec comme le plus à risque pour la santé et l'environnement.

Ils ont omis plusieurs enjeux critiques, comme l'importance de la divulgation des résultats de recherches scientifiques.

Louise Henault-Ethier, chef des projets scientifiques à la Fondation David Suzuki

Plusieurs intervenants ont aussi demandé que le ministère de l'Agriculture reprenne les places qu'il a abandonnées dans les conseils d'administration des centres de recherche. Là encore, la CAQ n'a pas retenu l'idée.

Le ministre promet de s'inspirer de l'ensemble des travaux

M. Lamontagne sourit.

André Lamontagne, député caquiste de Johnson et ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, à l’Assemblée nationale, à Québec, en juin 2019

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Invité à réagir à l'absence de certaines recommandations sur des enjeux clés, le ministre de l'Agriculture du Québec, André Lamontagne, promet de s'inspirer de l'ensemble des témoignages et des mémoires de la commission.

Peu importe le format que va prendre le rapport [des parlementaires], on va arriver avec les meilleures propositions dans notre plan d'agriculture durable, plus tard cette année.

André Lamontagne, ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec

Je peux vous assurer que dans le plan qu'on va déposer, il y a un volet environnemental et un volet de santé publique qui touchent les pesticides, dit-il.

Le ministre promet aussi des mesures dans son plan pour éviter les conflits d'intérêts d'agronomes qui vendent les pesticides et conseillent en même temps les agriculteurs.

L'Ordre des agronomes du Québec a annoncé mardi des mesures pour garantir plus de transparence et d'indépendance de ses membres, mais il n'a pas été jusqu'à proposer de séparer les rôles de vendeur et de conseiller. Les députés de la CAQ non plus, puisqu'ils n'en parlent pas dans leurs recommandations.

Les recommandations de la Coalition avenir Québec

Que la réduction de l’usage des pesticides soit une priorité pour le gouvernement.

Que le gouvernement fasse état de la situation des pesticides au Québec et agisse en conséquence :

  • Que le ministère de l’Environnement évalue les moyens devant être mis en place pour dresser un portrait plus fiable de la situation québécoise des pesticides.
     

Que des mesures d’information et de sensibilisation soient appuyées par le gouvernement :

  • Que le ministère de l’Agriculture conseille mieux les producteurs et les travailleurs agricoles sur la prévention des risques que représente l'usage des pesticides pour la santé.
  • Que le gouvernement encadre mieux la publicité sur les pesticides.
     

Que le gouvernement agisse pour assurer une traçabilité optimale des pesticides et des résidus de pesticides dans l’environnement :

  • Que le gouvernement rappelle aux municipalités et aux MRC de faire respecter l’application des bandes riveraines et d’intervenir activement au besoin pour réduire la migration des pesticides dans les eaux.
     

Pratiques innovantes, actuelles et à venir

Que le gouvernement offre davantage d’accompagnement, notamment quant aux éléments suivants :

  • Un soutien adéquat des producteurs dans leur transition vers l’adoption de méthodes agroenvironnementales;
  • La mise en place de mesures qui encouragent l’utilisation de méthodes de rechange aux pesticides, notamment en faisant la promotion de la lutte intégrée et de la lutte biologique;
  • Les centres de formation et de recherche en agriculture biologique;
  • La recherche scientifique visant à développer des approches innovantes pour une agriculture durable au Québec;
  • Des programmes en recherche publique dans le secteur maraîcher.
     

Que le gouvernement considère la mise en place de politiques publiques favorisant l’achat local et biologique pour les organismes publics (circuits courts).

Indépendance de la recherche

Que le gouvernement s’assure de la complémentarité entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée, de manière à ce que l’industrie puisse collaborer à la recherche appliquée tout en profitant des résultats scientifiques de la recherche fondamentale.

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