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analyse

Commissions scolaires : un rappel et un avertissement

Un panneau rouge clignotant est fixé à un autobus scolaire.

Un autobus scolaire à l'arrêt

Photo : Radio-Canada

D’abord, un rappel historique : aux élections de 2007, l’Action démocratique du Québec (ADQ) de Mario Dumont surprenait tout le monde en devenant l’opposition officielle avec 41 sièges et réduisait les libéraux de Jean Charest à un gouvernement minoritaire.

Les libéraux ont vite compris le message et le discours inaugural de M. Charest allait reprendre plusieurs éléments du programme de l’ADQ : baisses d’impôt, ouverture au privé en santé et bulletins scolaires chiffrés. Mais ils allaient se tenir loin des promesses plus controversées de l’ADQ comme l’abolition des commissions scolaires.

Voulant reprendre l’initiative, quelques mois plus tard, l’ADQ décidait de porter un grand coup : une motion de censure contre le gouvernement à cause de sa défense des commissions scolaires, une institution que le parti jugeait rejetée par la population, comme en faisait foi le faible taux de participation aux élections scolaires tenues quelques jours plus tôt.

Le gouvernement étant minoritaire, l’adoption de la motion aurait signifié de nouvelles élections générales, moins d’un an après les précédentes.

La motion de l’ADQ avait été très mal accueillie. L’ADQ n’avait pas saisi que personne, en dehors de son caucus, ne voulait d’élections hâtives et encore moins sur la question des élections scolaires.

Le Parti québécois, dont l’ADQ avait besoin pour renverser le gouvernement, avait refusé tout net. Nous ne ferons pas tomber le gouvernement sur un coup de tête du chef de l'ADQ, qui se réveille la nuit parce qu'il ne sait plus comment attirer l'attention sur sa formation politique, avait alors affirmé Pauline Marois.

Le sens des responsabilités

Flairant la bonne affaire, Jean Charest allait retourner la situation à son avantage, disant ce n'est pas un vote de confiance envers le gouvernement, c'est plutôt un vote sur le sens des responsabilités du chef de l'opposition. Cela allait devenir son refrain pour les mois suivants.

La société civile réagissait tout aussi mal. Que de l’esbroufe, titrait l’éditorial du Devoir, résumant assez bien l’opinion générale, en soulignant aussi que l’alternative aux commissions scolaires proposée par l’ADQ était loin d’être sérieuse. Comme aujourd’hui, la nouvelle structure proposée était mal définie et, à la fin, n’allait que renforcer le pouvoir du ministère de l’Éducation sur les écoles.

Au plan politique beaucoup d’observateurs estiment que c'était le début de la fin pour l’ADQ. Aux élections de l’année suivante, elle n’obtenait plus que sept sièges, Mario Dumont quittait la vie politique et le parti allait bientôt mourir. Ses restes allaient être absorbés par la Coalition avenir Québec (CAQ) peu après sa fondation. Fin du rappel historique.

La CAQ allait garder assez peu de choses de ses racines adéquistes, sinon un vague positionnement au centre droit et… l’idée d’abolir les commissions scolaires. Les anciens députés adéquistes tenaient beaucoup, disait-on, à ce dernier bout de leur ADN politique.

Flou et improvisé

Le problème, c’est que l’alternative aux commissions scolaires proposée par le gouvernement Legault, les centres de services, est tout aussi floue et improvisée que celle de feu l’ADQ.

En fait, l’abolition des commissions scolaires vise beaucoup plus à éliminer un autre contre-pouvoir qu’à faire des économies. Ce qui confirme, si besoin était, que l’élimination des contre-pouvoirs est en train de devenir le véritable projet politique de la CAQ.

Le gouvernement a même, à la dernière minute, décidé d’abolir carrément et sans période de transition la fonction des commissaires scolaires. Puisqu’ils n’existent plus, ils ne pourront plus utiliser les derniers jours de leur mandat pour contester la loi devant les tribunaux. Le coup de pied de l’âne…

Mais en abolissant les commissions scolaires à la manière forte, en utilisant le bâillon, la CAQ est en train de faire la même erreur politique que l’ADQ à l’époque.

Ce n’est pas parce que c’est l’idée de la CAQ, que c’est devenu celle de tous ceux qui ont voté pour la CAQ. Et, surtout, ce n’est pas parce que la CAQ est au pouvoir que le peuple québécois tout entier la soutient dans chacune de ses initiatives, même si le premier ministre Legault est en train de développer la fâcheuse manie de le prétendre à tout bout de champ.

Indifférence n’est pas appui

Il ne faut surtout pas prendre une certaine indifférence de la population envers certains enjeux pour un appui. Il n’y a personne qui se bat dans les autobus pour sauver les commissions scolaires, c’est vrai. Mais il n’y a personne qui se bat pour qu’on les abolisse…

On verra sous peu si les nouveaux centres de services auront un autre effet que de centraliser les pouvoirs dans les mains du ministre. On ne sait pas s’ils amèneront des économies ou seront plus efficaces que les anciennes commissions scolaires, bien qu’avec une transition aussi mal planifiée, ça ne s’annonce pas nécessairement très bien.

Politiquement, ce qui est certain, c’est que s’il y a des cafouillages dans les écoles, le transport scolaire ou la gestion des locaux au cours des prochains mois, ce sera désormais inscrit au passif politique de la CAQ.

Ce que l’opinion publique risque aussi de retenir, c’est la manière. Le bâillon dès la première semaine de la session, les menaces de réformer le Parlement pour le rendre plus docile et, en général, le manque d’écoute de ce gouvernement quand il a décidé quelque chose. C’est le genre de manoeuvre qui finit, tôt ou tard, par revenir hanter un gouvernement.

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