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Les urgences de 6 hôpitaux fermeront durant la nuit au Nouveau-Brunswick

L'Hôpital de l'Enfant-Jésus à Caraquet, au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / David Maltais

Frederic Wolf

Les urgences de six hôpitaux du Nouveau-Brunswick seront bientôt fermées la nuit. Le ministre de la Santé, Hugh Flemming, ainsi que des dirigeants des réseaux de santé Vitalité et Horizon devraient en faire officiellement l’annonce mardi.

Plusieurs sources ont confirmé à Radio-Canada que les urgences des hôpitaux de Caraquet, de Grand-Sault, de Sainte-Anne-de-Kent, de Perth-Andover, de Sackville et de Sussex seront fermées chaque jour entre 22 h et 8 h.

Les patients devront donc se déplacer dans d’autres hôpitaux s’ils ont besoin de voir un médecin la nuit.

Les six hôpitaux dont l’urgence sera fermée la nuit

- Hôpital de l'Enfant-Jésus RHSJ, Caraquet

- Hôpital général de Grand-Sault

- Hôpital Stella-Maris-de-Kent, Sainte-Anne-de-Kent

- Centre de santé de Sussex

- Hôpital mémorial de Sackville

- Hôtel-Dieu de Saint-Joseph, Perth-Andover

Selon nos sources, le gouvernement du Nouveau-Brunswick amorcera bientôt une grande réorganisation des services offerts dans les hôpitaux de la province. La fermeture de ces salles d’urgence ne serait qu’une première étape d’un plan plus vaste.

Ces changements n’ont pas encore été officiellement annoncés, mais déjà ils amènent un lot d’inquiétudes dans les communautés concernées.

L'hôpital de Grand-Sault vu de l'extérieur en automne.

L'Hôpital général de Grand-Sault, au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Kassandra Nadeau-Lamarche

C'est une très, très mauvaise nouvelle, selon Marcel Deschênes, le maire de Grand-Sault, qui déplore le fait d’apprendre la nouvelle par l’entremise des médias. On n’a pas eu de préavis, s'étonne-t-il. C'est de la petite politique encore. Je vois mal la province faire une annonce semblable sans parler au monde concerné.

Hors de Grand-Sault, les hôpitaux les plus proches sont ceux d’Edmundston et Perth-Andover. L’urgence de ce dernier fermera aussi la nuit.

Chez nous, on n'a pas ce luxe-là d'avoir deux hôpitaux dans notre région, et on dessert quand même une assez grande région. Je ne vois pas la nécessité de demander encore à notre monde, s'ils sont malades après 10 heures du soir, de prendre la route pour se rendre à Edmundston ou ailleurs, dit M. Deschênes.

On dirait qu’on est tout le temps ciblés, se désole le maire. Ce n’est pas la première fois, on dirait que Grand-Sault semble toujours être dans la mire [...] lorsqu'il y a des coupures, poursuit-il, évoquant au passage la lutte en 2017 pour conserver les traitements de chimiothérapie que le Réseau de santé Vitalité voulait cesser d’offrir à Saint-Quentin et Grand-Sault.

Quand une décision de même est faite dans un bureau à Fredericton sans savoir ce qui se passe dans la région, c’est difficile à accepter, affirme le maire Deschênes, ajoutant qu’il va demander à rencontrer le ministre.

Des répercussions plus importantes chez les francophones en milieu rural?

Selon le Dr Hubert Dupuis, président de l'organisme Égalité santé en français, de réduire drastiquement des services d'urgence dans trois hôpitaux de langue française et trois hôpitaux de langue anglaise est un choix qui a l'air égal, mais qui ne l'est pas, parce que les hôpitaux ruraux francophones sont déjà moins bien munis de services.

Le système francophone est moins bien pourvu, dit le Dr Dupuis. Il y a moins de services, il y a moins de monde. Il est pauvre. Donc on s'attaque aux pauvres de la même façon qu'on s'attaque aux riches [...] Ça va faire moins mal du côté anglophone ; ça va faire davantage mal du côté francophone.

Le Dr Hubert Dupuis en entrevue dans un corridor de la station de Radio-Canada à Moncton le 9 février 2020.

Selon le Dr Hubert Dupuis, il s'agit d'une « annonce dangereuse pour la santé de la population francophone du Nouveau-Brunswick ».

Photo : Radio-Canada

En plus de la distance supplémentaire à parcourir pour être soigné, le médecin croit que les patients en milieu rural risquent d'exercer une pression sur un système déjà engorgé. Les gens qui se rendent, maintenant, dans les urgences la nuit à Sainte-Anne-de-Kent ou à Sackville vont avoir de la difficulté à avoir un service en ville à l'Hôpital Georges-Dumont ou à l'Hôpital de Moncton parce qu'ils débordent déjà et ils manquent déjà de médecins et d'infirmières, affirme-t-il.

Selon le Dr Dupuis, quand on commence à s'attaquer à des parties du système, on s'attaque à l'ensemble du système.

Le Dr Dupuis peine par ailleurs à comprendre les justifications financières d'une telle décision. Est-ce que c'est réellement l'Hôpital Stella-Maris-de-Kent qui est en train de détruire le budget de la santé au Nouveau-Brunswick ?, demande-t-il. Une restructuration des grands hôpitaux où certains services sont en double, sinon en triple serait à son avis plus logique. Si tu veux sauver de l'argent, ce n'est pas dans les petits hôpitaux où il n'y a quasiment pas de services que tu vas sauver quoi que ce soit, déclare le médecin.

Il va y avoir des morts

Gaétan Dugas, qui avait été membre du comité de mobilisation pour la sauvegarde de l’Hôpital de Caraquet lorsque l’ancien gouvernement progressiste-conservateur de Bernard Lord l’avait transformé en centre de santé communautaire, craint le pire.

Ma réaction, c'est pas compliqué : il va y avoir des morts. Il y en a eu quand l'hôpital a été fermé, on le sait très bien. Il va y en avoir encore!, a prévenu M. Dugas, dimanche. Le monde vont attendre, ils vont attendre le lendemain quand c'est ouvert, ils vont prendre des chances, ils vont être plus malades. Finalement, il va y avoir des décès, c'est ça qui va arriver.

Gaétan Dugas en entrevue le 9 février 2020.

Gaétan Dugas le 9 février 2020.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

On a autant besoin de services ici, comme il y en a dans les villes. Dans les villes, il n’y a aucune urgence qui va être fermée, plus ils ont tous les services spécialisés, souligne-t-il.

Le problème n'est pas dans les hôpitaux, le problème est avec les régies et le groupe à Fredericton, avec 200 employés qui runnent le ministère de la Santé, croit Gaétan Dugas. On protège des emplois à Fredericton au détriment encore une fois des régions rurales.

M. Dugas prône l’abolition des deux régies de la santé, que la province n’a certainement pas les moyens ni le luxe de se payer, à son avis. Il estime que si les responsables des régies et du ministère de la Santé travaillaient dans le secteur privé, ça fait longtemps qu’ils auraient perdu leur job [...] parce que les résultats sont pas là, puis la population, on paye nous autres.

Louise Blanchard en hiver devant l'affiche indiquant l'entrée de l'urgence.

Louise Blanchard, vice-présidente de l’organisme Égalité santé en français.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Louise Blanchard, vice-présidente de l’organisme Égalité santé en français, se disait scandalisée dimanche. Elle préparait déjà une mobilisation pour que le gouvernement révise ses plans.

Les petits hôpitaux sont très importants pour soigner les gens dans leur région, a-t-elle martelé. Le calme est revenu dans la Péninsule acadienne, les médecins travaillent ensemble dans toute la Péninsule, et ça va passablement bien. On a 12 lits ici, on a besoin d'un médecin la nuit qui couvre l'urgence et les malades qui sont dans les lits.

À l'instar de Gaétan Dugas, c'est pour elle aussi du déjà vu, confie Mme Blanchard. On s'est battus pendant 10 ans pour ouvrir l'urgence. Les gens sont contents que ça fonctionne assez bien. C'est sûr que ça prend des locums [un médecin qui remplace temporairement, NDLR], ça coûte de l'argent... Mais on paie nos taxes et on a droit à des services.

Presque une demi-journée

Le porte-parole de l’opposition officielle à Fredericton en matière de santé, Jean-Claude D’Amours, souligne qu’une fermeture de 22 h à 8 h représente presque une demi-journée où certains services ne seraient plus offerts aux endroits touchés par ces mesures. 

Quelqu’un fait une crise de coeur, c'est une question de temps, dit le député d’Edmundston-Madawaska Centre. C'est bien beau avoir une ambulance et de très bons professionnels paramedics, ça demeure que la distance peut, à un moment donné, engendrer des situations qu'il n'y a personne qui voudrait qu'il n'arrive.

Jean-Claude D'Amours à son bureau.

Jean-Claude D'Amours, député d’Edmundston-Madawaska Centre.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

L’opposition officielle, lance le député libéral, souhaite que le gouvernement Higgs revienne à ses sens.

Si une telle annonce est faite cette semaine, bien des gens au Nouveau-Brunswick vont se lever et questionner fortement la décision du gouvernement conservateur, avance M. D’Amours.

On voit ces annonces-là pendant que la session parlementaire n’est pas active, déplore le député. C'est une question de transparence. [...] Le gouvernement a une responsabilité d'arrêter de faire des annonces à la pièce et de s'assurer de dévoiler leur jeu, pour que la population puisse savoir, complètement et concrètement, à quoi elle doit s'attendre au niveau des services et des soins de santé dans l'avenir.

Lorsqu'on veut s'assurer que notre population demeure dans nos régions, il faut être capable de pouvoir leur offrir des services, mentionne-t-il par ailleurs.

Le Réseau de santé Vitalité et le ministère de la Santé du Nouveau-Brunswick n’avaient pas encore donné suite à nos demandes d’entrevue dimanche en début de soirée.

Avec des renseignements de Marie-Hélène Lange, d'Alix Villeneuve et de Jean-Philippe Hughes

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