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Suncor veut produire du diesel sans pétrole à Montréal, avec un projet d'un milliard

Le géant albertain des sables bitumineux s’apprête à donner un sérieux coup de pouce au gouvernement du Québec pour atteindre ses cibles de réduction de GES.

La raffinerie de Suncor à Montréal-Est

La raffinerie de Suncor à Montréal-Est a une capacité de production de 137 000 barils par jour.

Photo : Suncor

4,75 millions de barils de diesel par année, sans une seule goutte de pétrole. C’est ce que Suncor pense être capable de produire dès 2024 à ses installations de Montréal-Est. Le Québec pourrait ainsi doubler sa consommation de carburant vert.

Radio-Canada a obtenu un document confidentiel qui détaille ce mégaprojet. L’investissement serait considérable, puisqu’il impliquerait la construction de cinq nouvelles usines.

Le biocarburant serait fabriqué à partir de graisses animales, d’huiles végétales et d’huiles de cuisson usagées. Le produit serait ensuite mélangé au diesel pétrolier que Suncor raffine déjà (50 millions de barils par année).

Extrait du document de présentation du projet.

Le projet impliquerait la construction de nouveaux bâtiments à Montréal-Est.

Photo : Radio-Canada

Avec son projet de diesel renouvelable hydrotraité, Suncor indique dans son document que les émissions de GES pour produire ce biodiesel seront réduites de 95 % par rapport au diesel conventionnel.

Si nos efforts portent leurs fruits, nous renforcerons notre position de fournisseur durable d’énergie au Québec et nous serons créateurs de nombreux emplois bien rémunérés.

Extrait du document confidentiel de Suncor.

Au Québec, le secteur des transports génère 43 % de toutes les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Selon un rapport commandé par le ministère de l'Environnement l'an dernier, le Québec pourrait éliminer presque tous les GES des transports d'ici 2050 en ajoutant le recours aux biocarburants à l'électrification.

Le premier ministre du Québec François Legault et le ministre de l'Économie Pierre Fitzgibbon, lors d'une rencontre avec des dirigeants de Suncor, le 23 janvier 2020, à Davos en Suisse.

Le premier ministre du Québec François Legault et le ministre de l'Économie Pierre Fitzgibbon ont rencontré les patrons de Suncor à la fin janvier.

Photo : Emilie Nadeau/Compte Twitter de François Legault

François Legault enchanté

Officiellement, le projet de Suncor est encore en cours d’évaluation , nous a répondu le porte-parole de l'entreprise Dean Dussault. Mais la pétrolière multiplie déjà les rencontres pour le présenter.

Suncor a même sollicité une contribution du gouvernement du Québec lors d’un entretien avec le premier ministre du Québec à l'occasion du Forum économique de Davos, en janvier. François Legault avait brièvement abordé le sujet avec excitation devant les médias, sans donner plus de détails.

Le document que nous avons obtenu chiffre le projet à 800 millions de dollars, mais plusieurs sources rapportent qu’il dépasse le milliard de dollars.

Raffinerie de Suncor à Montréal

La raffinerie de Suncor à Montréal-Est.

Photo : iStock

Un projet « énorme »

Ce projet est énorme, réagit le directeur de l’Institut d'innovations en écomatériaux, écoproduits, écoénergies de l’Université du Québec à Trois-Rivières, Patrice Mangin.

Suncor fournirait à lui seul 750 millions de litres de biodiesel par année.

Le professeur connaît bien la production de biocarburant puisqu'il est lui-même directeur général de BioÉnergie La Tuque (BELT), qui prévoit produire 200 millions de litres par année de biodiesel à partir de résidus forestiers, à compter de 2023.

Pour atteindre les cibles de 37,5 % de réduction de GES en 2030, il faudrait produire entre 1,2 et 1,5 milliard de litres de carburant renouvelable par année. Avec ce projet, on atteindrait le milliard.

Patrice Mangin, directeur de l’Institut d'innovations en écomatériaux, écoproduits, écoénergies de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Au Québec, la consommation d’éthanol mélangé à l’essence atteint près de 5 % du total, ou environ 475 millions de litres par année. La consommation de carburant diesel biosourcé est plus marginale.

À Montréal, la compagnie Rothsay Biodiesel produit déjà 45 millions de litres à partir de graisses animales et d'huile de cuisson usée. Innoltek, de Saint-Jean-sur-Richelieu, fait de même avec une production de 6 millions de litres, qui est amenée à doubler.

Un automobiliste remplit son réservoir de diesel.

La consommation de diesel pourrait devenir un peu plus « verte ».

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

Un nouveau règlement qui tombe à point pour Suncor

Le 1er octobre 2019, le gouvernement du Québec a annoncé un projet de règlement qui prévoit imposer 15 % de biocarburant dans l'essence et 4 % dans le diesel, et ce, à l'horizon 2025.

Pas assez ambitieux, selon Patrice Mangin, par rapport à ce que Suncor est capable de produire : Le gouvernement ferait bien d'augmenter ses cibles jusqu’à 10 % pour le diesel.

En plus du virage vert entrepris par Suncor, la pétrolière a annoncé la semaine dernière qu'elle reportait son projet de cokéfaction à Montréal qui lui aurait permis de traiter des barils de pétrole lourd en provenance des sables bitumineux.

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