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Les Prairies à l'assaut du marché des protéines végétales transformées

Des pois jaunes.

Des pois jaunes cultivés au Manitoba.

Photo : Radio-Canada / Craig Chivers

Face à une demande accrue en protéines végétales dans le monde, la production agroalimentaire des Prairies a pris un nouveau tournant. De plus en plus d’industries investissent dans la transformation de ces pois, lentilles ou haricots pour en faire des produits à haute valeur ajoutée.

Depuis 2010, la vente des substituts de viande à base de produits végétaux augmente chaque année de 8 % dans le monde, selon une analyse de marché des protéines végétales réalisée par le Conseil national de recherches du Canada.

Si les Prairies étaient déjà considérées comme le grenier à grain du pays, le marché des produits transformés (isolats de protéines, concentrés, etc.) à haute valeur ajoutée gagne du terrain sur la production de grains entiers.

Cette conversion est très récente, selon Bill Greuel, le directeur général de la Supergrappe des industries de protéines canadiennes. Il estime que c’est un virage à long terme, soutenable économiquement, qui s'amorce dans la région.

Une carte du Canada démontre les endroits où sont produits les protéines végétales. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les production des pois chiches, lentilles et pois est concentrée dans les trois provinces des Prairies, à l'exception des haricots, qui sont aussi produits dans le sud du Québec et de l'Ontario.

Photo : Radio-Canada

Une économie d’avenir

Sylvain Charlebois, directeur du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire à l’Université Dalhousie, à Halifax, confirme que le Manitoba et la Saskatchewan sont l’épicentre de la transformation de protéines végétales canadienne.

Il y a moins de deux ans, la Supergrappe des industries de protéines que Bill Greuel dirige a en effet vu le jour à Regina. Elle rassemble plus de 100 compagnies de l’Alberta, de la Saskatchewan, du Manitoba et de l’Ontario, ainsi que des établissements postsecondaires.

Ce regroupement, soutenu par le gouvernement du Canada, vise à encourager la recherche et l'innovation et à faire du Canada un chef de file mondial dans le secteur des protéines végétales.

Le site de l'usine Roquette à Portage la Praire avec deux structures en cours de construction.

L'entreprise Roquette prévoit d'être en mesure de lancer la production de sa nouvelle usine de Portage-la-Prairie à la fin de l'année 2020.

Photo : Roquette

Depuis sa création, de nombreux projets ont été amorcés dans les Prairies.

En janvier dernier, un investissement de 9,55 millions de dollars a notamment été effectué dans la construction d’une usine qui produira des isolats de protéines de pois et de canola de grande qualité à Winnipeg.

C’est formidable, ce qui se passe! lance Sylvain Charlebois. Il y a beaucoup d'investissements de l’international parce que les ingrédients sont là, les produits sont là. Les entreprises veulent capitaliser sur les Prairies.

D’ici la fin de l’année 2020, la plus grande industrie de transformation de pois en Amérique du Nord ouvrira par ailleurs ses portes à Portage-la-Prairie, au Manitoba, grâce aux investissements de la multinationale française Roquette.

Un virage avec 15 ans de retard

Si cet engouement dans le marché de transformation de protéines végétales le réjouit, Sylvain Charlebois déplore qu’on ait attendu aussi longtemps avant de se lancer.

On a 15 ans de retard, dit-il. Beyond Meat aurait dû être un produit canadien, parce que tout est d’ici, tout se trouve dans les Prairies.

Un paquet de Beyond Burger à côté d'un paquet de boulette de boeuf haché.

Le Canada est en retard en ce qui concerne la transformation de produits de protéine végétale comme Beyond Meat, selon Sylvain Charlebois.

Photo : CBC

C’est beau de produire du canola et du soya, mais, si tout ce qu’on fait, c'est les vendre à des compagnies de manutention de grain pour les exporter, on ne fait pas grand-chose, vraiment, ajoute-t-il.

Grâce à cette nouvelle dynamique de transformation, la valeur des champs va augmenter dans les Prairies, ce qui bénéficiera à l’économie, dit-il.

Une économie... locale?

Avec la popularité grandissante des régimes flexitariens ou végétariens, de plus en plus de Canadiens sont friands de protéines végétales.

Plus de 40 % de la population essaie aujourd’hui d'incorporer un plus grand nombre d’aliments faits à base de plantes dans son alimentation, selon le rapport de marché du Conseil national de recherches du Canada.

Pourtant, 80 % des légumineuses produites au Canada continuent d’être exportées.

Quatre variétés de légumineuses présentées dans des cuillères blanches.

Des légumineuses

Photo : iStock

On est seulement 37 millions, nos ambitions devraient surpasser nos propres frontières, explique Sylvain Charlebois.

Bill Greuel confirme que la quantité de légumineuses produites dans les Prairies dépasse largement sa population, mais a bon espoir qu’avec le développement de l’industrie ces protéines végétales canadiennes seront de plus en plus commercialisées au niveau local.

Le professeur Sylvain Charlebois, scientifique du laboratoire en science analytique agroalimentaire de l'Université Dalhousie, à Halifax.

Le professeur Sylvain Charlebois, scientifique du laboratoire en science analytique agroalimentaire de l'Université Dalhousie, à Halifax.

Photo : Sylvain Charlebois

Ce marché va-t-il ainsi, à terme, dépasser celui des protéines animales? Sylvain Charlebois en doute.

Les ventes de tofu ont augmenté de 25 % en 2019, c’est un produit populaire, mais son marché ne dépasse pas 300 millions de dollars. Ce n’est pas énorme comparé à celui de la viande.

Il y a certes un engouement pour les protéines végétales, mais la demande en viande continue d’augmenter aussi, renchérit Bill Greuel.

Il y a encore beaucoup de place dans le secteur agricole canadien, conclut-il.

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