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« Les murs se referment » : survivre à la quarantaine sur un bateau de croisière

Les effets à long terme du confinement peuvent inclure des cauchemars et des flashbacks, selon des experts en santé mentale

Le bateau de croisière Diamond Princess, ancré au port de Yokohama au sud de Tokyo.

Le bateau de croisière Diamond Princess, ancré au port de Yokohama au sud de Tokyo, jeudi. Des milliers de personnes à bord sont mises en quarantaine à la suite d'une épidémie de coronavirus à bord.

Photo : Associated Press / (Hiroki Yamauchi/Kyodo News/AP)

Radio-Canada
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Des milliers de passagers sont mis en quarantaine sur des paquebots de croisière de luxe depuis plusieurs jours. Cet isolement n'est toutefois pas sans risque pour leur santé mentale.

Du balcon d'un paquebot de croisière de luxe ancré au large des côtes du Japon, Trudy Clement crie à un autre couple canadien un étage au-dessus pour échanger de petites nouvelles.

C'est un rare contact humain sur le navire de 19 étages, où 3700 passagers et membres d'équipage sont retenus depuis mardi, après qu'un homme a été testé positif au coronavirus.

À l'extérieur du navire, des médias et des caméramans sont sur le qui-vive, prêts à capturer tous les développements de cette croisière, qui a pris une tournure inattendue. Les ambulances vont et viennent tandis que les passagers infectés sont évacués du navire pour être soignés. À l'intérieur du bateau, les couloirs sont surveillés par des gardiens afin que les croisiéristes restent à l'intérieur de leurs chambres.

Nous ne sommes pas en prison, mais ça ressemble à ça, explique Trudy Clement, de l'intérieur de sa suite.

« Mon mari et moi commençons à sentir les murs se refermer. »

— Une citation de  Trudy Clement, croisiériste en quarantaine

Le navire de luxe Diamond Princess est désormais un immense site de quarantaine flottant, où les passagers resteront confinés dans leurs chambres pendant deux semaines.

Il est impossible de descendre du navire avant le 19 février, au moins.

Dimanche, 69 cas avaient été identifiés, dont 7 Canadiens.

Mentalement, vous pensez que vous l'avez, que ça va. Ensuite, vous appelez à la maison et vous perdez le moral. Vous parlez aux petits-enfants ou aux enfants et ça vous frappe : vous vous rendez compte que vous n'êtes pas libres d'aller et venir, confie Trudy Clement.

Un bateau de croisière Diamond Princess a jeté l'ancre au port de Yokohama près de Tokyo, le mardi 4 février 2020.

Un bateau de croisière Diamond Princess a jeté l'ancre au port de Yokohama près de Tokyo, le mardi 4 février 2020.

Photo : Radio-Canada

De son côté, Rosemarie Yerex dit s'occuper avec des livres, des puzzles et en regardant les ambulances passer occasionnellement.

Je me sens vraiment compatissante envers les personnes infectées et je me sens vraiment chanceuse que jusqu'à présent, mon mari et moi nous sentions très bien, a déclaré la femme de Port Dover, en Ontario.

Rosemarie Yerex rapporte que la cabine où ils sont confinés mesure environ 12 pieds sur 14 pieds (3,6 mètres sur 4,3 mètres). Elle s'estime toutefois chanceuse d'avoir un balcon où ils peuvent prendre l'air.

« Tout ce que nous voulons vraiment, c'est rentrer chez nous. »

— Une citation de  Rosemarie Yerex, croisiériste en quarantaine

Les passagers ont accès à internet, ce qui leur permet de rester informés. Mme Yerex confie que rester en contact avec sa famille et ses amis via les médias sociaux les conforte dans cette épreuve.

Une peur s'ajoute à cela : qui pourrait être le prochain?

Les effets psychologiques du confinement

La Dre Laura Hawryluck, professeure agrégée de médecine de soins intensifs à l'Université de Toronto, est coauteure d'une étude de 2012 sur les effets psychologiques de la quarantaine sur les patients atteints du SRAS.

Selon elle, les effets à court terme peuvent conduire certains à se sentir stressés, anxieux et déprimés. Ces sentiments peuvent être exacerbés lorsque les autorités manquent d'informations, ce qui fait des mises à jour quotidiennes une partie importante de la mise en quarantaine.

« Cela peut être très effrayant lorsque vous savez que vous avez été exposé. Vous avez un certain temps avant de savoir si vous allez être correct ou non, mais vous n'avez pas accès à des informations précises et cohérentes des informations sur cette nouvelle maladie. »

— Une citation de  Dre Laura Hawryluck

D'autres études ont montré que les effets à long terme peuvent inclure des cauchemars et des flashbacks, indique Mme Hawryluck.

Trudy Clement

Trudy Clement

Photo : Radio-Canada

Kerry Bowman, bioéthicien et professeur de santé mondiale à l'Université de Toronto, faisait partie des personnes mises en quarantaine lors de l'épidémie de SRAS de 2003.

Il explique que beaucoup de gens ont réagi avec la dépression.

« Beaucoup de gens ont trouvé la mise en quarantaine très, très difficile, aliénante, inquiétante. Seuls avec leurs pensées, la peur s'installe. »

— Une citation de  Kerry Bowman, bioéthicien et professeur de santé mondiale à l'Université de Toronto.

M. Bowman a eu la chance d'être mis en quarantaine dans le confort de sa maison, mais soutient que l'expérience sur un navire est très différente.

Si vous êtes mis en quarantaine à la maison, vous n'avez pas à vous soucier de la contagion des autres. Le problème avec le navire est que le nombre de cas a augmenté et que les tests de passagers ne sont pas terminés et qu'il pourrait augmenter à nouveau. Ainsi, le facteur de peur augmentera.

Il est essentiel de s'assurer que les gens ont accès aux ressources de santé mentale, selon lui.

Des responsables canadiens ont déclaré que des services de santé mentale seront fournis à ceux qui ont été transportés par avion de la zone clé de l'épidémie de Wuhan, en Chine, maintenant en quarantaine à la base militaire de Trenton, en Ontario.

La ministre de la Santé, Patty Hajdu, a déclaré que les évacués avaient connu une énorme quantité de stress, de l'anxiété et de l'ennui pendant l'isolement à Wuhan. Beaucoup ont été séparés de leurs enfants ou ont dû laisser des proches.

L'interaction sociale sera limitée sur la base militaire, mais les responsables prennent des mesures pour maintenir les gens occupés, y compris la création de centres de jeux pour les enfants.

Une chambre d'hôtel équipée de deux grands lits et de draps frappés du logo de la Croix-Rouge.

Les lits des chambres de type motel dans lesquelles sont installés les évacués de Wuhan à la base militaire de Trenton, en Ontario.

Photo : Radio-Canada

Selon Michael Bryant, directeur général de l'Association canadienne des libertés civiles, la Loi sur la quarantaine confère à Ottawa de vastes pouvoirs de détention pour empêcher la propagation d'une maladie transmissible. Le gouvernement n'exige pas de consentement.

Sur le Diamond Princess, le wi-fi gratuit est devenu une bouée de sauvetage pour Trudy Clement, qui passe du temps à parler par vidéo avec sa famille au Canada, à regarder des films et à lire.

Le service de nettoyage des chambres et de blanchisserie a cessé, avec peu de fournitures à la disposition des passagers, explique Trudy, qui a dû laver ses vêtements dans l'évier.

Les personnes à bord doivent vérifier régulièrement leur température, et tout passager arrivant à plus de 37,5 C doit se présenter aux autorités médicales.

Mais une autre peur, c'est ce qui se passera après le 19 février.

Jusqu'à présent, Trudy Clement rapporte que les responsables canadiens n'ont pas dit si les passagers seront autorisés à monter à bord de leurs vols vers la maison, ou s'ils devront faire face à une autre quarantaine sur le sol national.

Pour l'instant, elle essaie de rester positive et se rappelle qu'elle est l'une des plus chanceuses. Tout le monde à bord n'a pas accès à un balcon, certains n'ont même pas de fenêtre.

Couloir du paquebot

Les passagers devront rester confinés sur le paquebot au moins jusqu'au 19 février.

Photo : Photo donnée par Gloria Ho

Avec les informations de CBC

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