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Analyse

Afrique : le Canada arrive-t-il trop tard?

Justin Trudeau marche devant des membres de la garde éthiopienne.

La visite de Justin Trudeau en Afrique vise aussi à développer les relations commerciales avec le continent.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Le premier ministre du Canada amorce un voyage officiel en Afrique, qui le mène d’abord en Éthiopie, puis au Sénégal. Cette mission a deux grands objectifs : gagner l’appui de pays africains pour obtenir un siège non permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, en juin, et développer des relations commerciales plus fortes et plus solide avec l’Afrique. Mais cette initiative de Justin Trudeau arrive bien tard.

Non seulement le Canada s’est éloigné, sur le plan diplomatique, de l’Afrique, mais le recul de son influence s’est accompagné d’une exceptionnelle offensive de la Chine sur le continent. Dans le documentaire L’éthiopie de mon cœur, présenté samedi soir sur ICI Télé à 22 h 30 HNE, mes collègues Azeb Wolde-Giorghis et George Amar illustrent avec brio l’engagement de la Chine dans un pays comme l'Éthiopie, dont la croissance économique annuelle est de 8 % en moyenne depuis une décennie.

La Chine rafle presque tous les contrats de construction à Addis-Abeba, a construit un aéroport, un métro, une ligne ferroviaire et est devenue le premier partenaire de l’Éthiopie. La présence chinoise, saluée par les uns, décriée par les autres, crée la polémique. Mais les Chinois accélèrent, à vitesse grand V, le développement des infrastructures en Afrique, ce qui a un impact majeur sur l’économie du pays.

Les Canadiens sont attendus en Afrique

C’est dans ce contexte que le premier ministre Trudeau arrive en Afrique, au moment où s’amorce, en fin de semaine, le Sommet de l’Union africaine. Ce voyage était très attendu et représente beaucoup pour nous et pour les Africains, qui attendent le Canada depuis très longtemps, a déclaré vendredi soir à RDI économie la femme d’affaires Amina Gerba, originaire du Cameroun, installée au Québec depuis plus de 30 ans.

Les Africains attendent énormément du Canada parce que les Africains et le Canada ont beaucoup de choses en commun.

Amina Gerba, femme d'affaires

Plusieurs experts des relations entre l’Afrique et le Canada, dont l’ancien ambassadeur du Canada à l’ONU Allan Rock, sont d’avis qu’Ottawa a peut-être trop tardé à rebâtir un lien plus solide avec l’Afrique.

Dans un entretien paru dans le Globe and Mail le 1er février, M. Rock affirmait que le premier ministre Trudeau allait avoir du mal à trouver des soutiens en Afrique pour le poste que le Canada veut obtenir au Conseil de sécurité. Des pays comme l’Irlande et la Norvège ont probablement déjà gagné une bonne partie des votes africains, selon lui. Je pense qu’il n’est jamais trop tard, tempère Amina Gerba, résolument optimiste. Le fait que le premier ministre arrive aujourd’hui, qu’il aille s’adresser à l’Union africaine, c’est un bon signal. Les Africains vont l’écouter, mais ils ne sont pas dupes.

Les Japonais, les Russes, les Européens et les Britanniques ont déjà organisé des sommets économiques avec les Africains. Le Canada doit agir avec plus de vigueur, selon Amina Gerba. Tout le monde est présent aujourd’hui en Afrique. Les Chinois en premier. Ils sont très nombreux, ils sont partout, dans tous les secteurs d’activité, ils sont présents, a-t-elle expliqué.

Les Chinois viennent avec du financement. Ils viennent bâtir l’Afrique, ils construisent et ils financent les projets qu’ils construisent. C’est très apprécié par les Africains, mais les Africains savent comment gérer les Chinois.

Amina Gerba

Les gens ont peur de la vague chinoise en Afrique, mais les Africains, quand ils traitent avec les Chinois, ils savent ce qu’ils veulent, ajoute Mme Gerba.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Le potentiel des relations commerciales 

En 2018, les échanges commerciaux entre le Canada et les pays d’Afrique se sont élevés à 7,2 milliards de dollars. Le Canada affiche un surplus commercial d’environ 500 millions de dollars avec le continent africain. La part des relations commerciales internationales du Canada avec l’Afrique n’est que de 0,6 %.

Dans une étude récente, l’Institut du Québec recommande que le Québec diversifie son commerce avec l’Afrique. Il faut, selon le groupe de recherche, compléter et renforcer les ententes commerciales et les ententes de protection des investissements privés avec les partenaires africains francophones.

Le Québec doit intégrer l’Afrique dans sa stratégie en matière d’exportations et cibler activement des entreprises ayant un fort potentiel de développement en Afrique.

Il faut le faire, il faut foncer, selon plusieurs observateurs, et ne pas avoir peur. L’essor économique africain est en cours. Est-ce fragile, ai-je demandé à Amina Gerba? À mon avis, non, a-t-elle répondu.

C’est là pour durer, pour plusieurs raisons. Les Africains se prennent de plus en plus en main, par eux-mêmes. Dans le documentaire d’Azeb, on voit que ce sont les Éthiopiens eux-mêmes, ceux qui sont localement dans le pays ou ceux qui reviennent de la diaspora. On a cet avantage d’avoir une diaspora très forte, d’ailleurs, qui renvoie énormément d’argent dans leur pays et qui ont décidé d'y retourner.

Elle a ajouté : J’arrive du Ghana, où le président a décidé d’accepter toute la diaspora africaine, quelle qu’elle soit. Plusieurs pays africains le font. L’Union africaine a créé un département qui s’occupe spécialement de la diaspora, la Banque africaine de développement en a fait autant. Donc, le Canada doit utiliser cette force-là qu’est la diaspora pour retourner prendre une place en Afrique. C’est ce que les Africains attendent.

Avec la collaboration de Christian Généreux, recherchiste

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