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Vivre sans réseaux sociaux : « Non, mes mains ne tremblent pas »

Logos de Facebook, Twitter, Instagram et LinkedIn avec le petit X en haut à droite qui sert à la suppression des applications.

Pendant un mois, en février, Matthieu Dugal, animateur de l'émission « Moteur de recherche », se coupe de tous ses réseaux sociaux.

Photo : Radio-Canada

Matthieu Dugal

CHRONIQUE – Une semaine de déconnexion des réseaux sociaux. C'est une première dans ma vie. Ça ne change pas le monde, sauf que… je ne pensais jamais que ça ferait autant réagir.

Le premier constat est frappant : même après avoir supprimé de mon téléphone les quatre applications les plus utilisées (Facebook, LinkedIn, Twitter et Instagram), mon pouce se dirige encore systématiquement, chaque déverrouillage de téléphone, vers l’endroit où se trouvaient leurs icônes sur mon écran d’accueil. On appelle ça un réflexe conditionné; le plus court chemin vers la dose de dopamine.

Matthieu Dugal, animateur de l'émission Moteur de recherche et bibitte hyperconnectée, tente l'expérience du minimalisme numérique. Pendant un mois, en février, il se coupe de tous ses réseaux sociaux. Comment vit-il ce sevrage? Suivez-le dans ses réflexions sur Radio-Canada Techno.

Non, la compulsion d’aller flâner coûte que coûte sur mon téléphone n’est pas disparue avec l’absence de notifications et d’applications. Il reste que, sans cette compétition, les icônes des contenus médiatiques de qualité ont vu tout d’un coup leur attractivité augmenter.

Je me rends compte que j’avais oublié le plaisir d’aller fouiller par moi-même sur les sites web des médias pour les découvrir sans passer par la recommandation d’une personne ou d’un algorithme.

Cela dit, les nombreuses personnes que j’appelle affectueusement mes pushers de contenu me manquent quand même. La sélection de contenus a du bon, tout de même.

J’en ai aussi profité pour placer au passage mon application Wikipédia sur l’écran d’accueil de mon téléphone. Se perdre sur Wikipédia est-il plus productif que sur Twitter? Peut-être que oui. Peut-être est-ce moins dommageable pour la réserve de foi en l’humanité et la capacité d’attention.

Je commence à sentir l’aspect bien réel d’un paquet d’études lues depuis longtemps.

Cerise sur le sundae – ou plutôt baie de goji sur mon thé matcha bio équitable qui se drape dans la vertu telle une Marie Kondo des réseaux sociaux –, je crois que c’est la première fois que je regarde le rapport d’activité que me livre mon téléphone avec autant de fierté, un peu comme un joggeur qui voudrait faire un beau laminage avec ses progrès sur Strava.

Jusqu’à récemment, c’était le festival du « votre temps d’écran a augmenté de X % la semaine dernière », avec évidemment la part du lion passée sur des applications de réseaux sociaux, alors que ce sont maintenant les catégories « Lecture et références » et « Productivité » qui apparaissent en premier.

Serais-je sur le chemin de Compostelle vers la sainteté numérique? Vais-je me transformer en Paulo Coelho des réseaux sociaux?

Une chose est sûre, en entreprenant ce modeste essai, je ne croyais pas susciter autant de réactions de la part de l'auditoire de Moteur de recherche, à qui on a demandé de participer à cette réflexion.

Les courriels ont été nombreux, et surtout enthousiastes, preuve que le sujet touche une corde sensible. Parce que je trouve ces brefs récits de vie franchement inspirants, je vous en cite quelques extraits.

Les technos qui se débranchent

« À la suite de votre article sur la déconnexion des réseaux sociaux pour février, j’ai décidé de suivre, comme plusieurs autres. Premièrement, à cause d’un sentiment de dépendance, de perte de contrôle, de perte de temps, d’inefficacité, de fatigue même et, surtout, d’une impression de vide intérieur. Principalement, je consulte des groupes Facebook sur le vélo d’hiver (fat bike), le vélo de montagne, l’optimisation pour les moteurs de recherche (qui est mon métier), la conception web, le marketing Internet et aussi quelques vidéos de pandas ou de chats. Dès la première journée, j’ai remarqué que je consultais mon téléphone plusieurs fois par heure pour voir ce qui se passe.

En supprimant les applications de réseaux sociaux, je me retrouve avec un téléphone qui sert 50 % moins qu’à l’habitude. Je vois tout à coup que chaque petit moment d’inactivité ou d’attente était comblé par une visite d’Instagram, de Facebook ou de LinkedIn... et là, je me retrouve à devoir combler ce temps par des activités plus enrichissantes ou productives, ou simplement à profiter d’un moment de tranquillité. Par contre, après une journée, j’ai réinstallé Messenger de Facebook, car j’ai des contacts qui n’utilisent que cette application pour communiquer. Je me sens très bien, et je dirais même que je me sens mieux et que je devrais réintégrer les réseaux sociaux avec une règle très stricte. » – Sébastien

Déconnexion, nature et environnement

« Il y a Venitia Falconer, une influenceuse anglaise qui milite pour le climat et la consommation responsable, surtout en ce qui a trait à l'alimentation, aux vêtements et au plastique. Elle a une excellente chaîne de balados. Je vous parle d’elle parce que, depuis plusieurs mois, elle se débranche chaque vendredi soir, jusqu’au dimanche soir, et nous invite à en faire de même. Je ne l’ai pas encore fait, mais ça me trotte dans la tête! » – Marie-Anne

« Pendant l'été 2016, j'ai eu le privilège de vraiment me déconnecter de tout type de médias pendant un mois puisque, avec un de mes cousins, nous sommes partis canoter sur 530 km, de la communauté naskapie de Kawawachikamach (près de Schefferville) jusqu'à Kuujjuaq. Non seulement nous n'avons croisé aucune âme qui vive pendant notre périple de 26 jours, mais nous n'avions aucune possibilité de connaître ce à quoi nos proches, notre région, notre province, notre pays, notre monde carburaient... C'était une complète déconnexion et, je l'avoue, j'espère revivre une telle expérience. Il y a certainement une perception de liberté à être off-the-grid comme nous l'avons été. » – François

Une question d’hygiène numérique

« Je suis déjà passé par là en 2017. À la suite de la naissance de ma fille [...], j’ai décidé de prendre mon hygiène numérique en main. C’est un peu comme le zéro déchet, mon prochain projet. Ça doit se faire graduellement. Je m’en porte franchement mieux, à part la petite tension dans le couple puisque ma conjointe est très attachée à Facebook. Je parle de rompre le lien de couple sur la page et ça semble très symbolique pour elle, mais elle ne fait tellement pas attention que je reçois de la publicité en fonction de ses agissements. » – Richard

« Je me suis partiellement sevrée [des réseaux sociaux] cet automne quand j'ai soudainement perdu accès à mon ordinateur personnel, et ce, pendant deux mois. Au début, c'était dur, mais après moins de deux semaines, j'étais presque reconnaissante pour ce sevrage forcé. Je n'ai jamais voulu installer l'appli Facebook sur mon téléphone, donc je n'y avais pratiquement plus accès. En faisant mes planifications de cours à la main plutôt qu'à l'ordinateur (je suis prof), j'ai constaté que j'étais plus concentrée, car je n'ouvrais pas une page Internet à tout bout de champ pour aller vérifier une information ou pour envoyer un message. J'ai pu me coucher plus tôt, puisque je n'étais plus aspirée dans le vortex sans fin de divertissement de Facebook. Je me tiens loin des autres réseaux sociaux, car je sais qu'ils sont addictifs et que je tomberais probablement dans le panneau.

Si ce sevrage de Facebook a été forcé à cause de mon ordinateur bloqué, j'ai tout de même, dans ma vie, fait un sevrage partiel et volontaire, quelques années de suite, à l'occasion... du carême! Au lieu de me priver de chocolat pendant 40 jours, j'ai choisi une privation qui m'aiderait à être une meilleure personne. Je me suis permis d'aller sur Facebook la fin de semaine seulement, et pas les soirs de semaine. J'ai gagné en heures de sommeil, en patience avec mes jeunes enfants, en temps de qualité avec mon mari. Cela a été franchement bénéfique, et après une semaine ou deux, je n'attendais plus le samedi avec impatience, j'arrivais parfois au dimanche en ayant oublié que "j'avais le droit" de regarder Facebook le samedi. Je songe à appliquer cette règle toute l’année, pour prioriser ce qui compte vraiment pour moi. Même si, oui, il y a des articles vraiment inspirants, intéressants ou importants, qu'on trouve dans notre fil d'actualité Facebook. J'ai tout de même gardé Messenger, car je ne compte pas les communications de personne à personne comme un vortex de divertissement addictif!

Bref, tout est une question d'habitude. Toutefois, comme le sommeil est une denrée grandement sous-estimée et que, souvent, les réseaux sociaux grugent des minutes et des heures en soirée, je pense que vous serez heureux de voir les résultats sur votre santé physique, pendant ce mois de déconnexion. » – Karine

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