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Terrasses de la Chaudière : des employés toujours malades, les causes toujours inconnues

Un montage photo illustrant une femme qui tousse, les édifices des Terrasses de la Chaudière et une chauve-souris.

Les employés des Terrasses de la Chaudière sont toujours hantés par une série d’ennuis, et le gouvernement ne semble pas encore avoir mis le doigt sur les causes.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Plamondon

Stéphane Leclerc

Des employés suivis par un médecin pour des problèmes respiratoires chroniques ou des problèmes immunitaires, des chauves-souris qui hibernent… Les employés des Terrasses de la Chaudière sont toujours hantés par une série d’ennuis.

Et le gouvernement ne semble pas encore avoir mis le doigt sur le bobo. C’est ce que révèlent en tout cas une série de documents obtenus par Radio-Canada.

Rappelons que Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC) et les deux ministères responsables des affaires autochtones ont reçu une série de contraventions au Code canadien du travail en septembre 2018, pour des questions de santé et sécurité au travail. Plus d’une vingtaine d’infractions au Code canadien du travail ont été constatées. Les ministères étaient donc forcés d’agir.

La firme WSP a ainsi été mandatée, en janvier 2019, pour déterminer les causes et la source des problèmes respiratoires signalés par les employés. Radio-Canada a obtenu les résultats préliminaires de l’étude. Le projet devrait être terminé ce printemps.

10 % des employés suivis par un médecin

La firme d’ingénieur s’est concentrée sur les étages qui ont fait l’objet de plusieurs plaintes d’employés. Les employés des 17e, 18e et 19e étages ainsi que la garderie de la plus haute tour du complexe, le 10 de la rue Wellington, ont été sondés. Ceux des 4e , 6e et 11e étages, du 15 et 25 de la rue Eddy aussi.

On a découvert que, parmi les employés, une personne sur dix est suivie par un médecin pour des problèmes de santé pulmonaire chroniques. De 2 à 10 % sont aussi suivis médicalement pour des problèmes de santé immunitaire. C’est la première fois qu’un sondage interne soulève la possibilité que des ennuis nécessitant un suivi médical puissent être liés au milieu de travail.

De plus, un employé sur trois affirme avoir vu des insectes ou des chauves-souris près de son lieu de travail, et la même proportion dit avoir aussi vu des dommages causés par l’eau.

Seulement 6 à 8 % des employés affirment ne ressentir aucun symptôme ou problème de santé.

Des résultats peu éclairants

WSP a procédé à une série de tests et prélevé 69 échantillons en septembre dernier afin de détecter divers pathogènes pouvant expliquer les inconforts et les problèmes de santé que vivent plusieurs employés.

Ces tests ont été réalisés aux étages visés par les sondages.

Les analystes ont détecté de très faibles taux de bactéries dans l’air. Ils n’ont pas trouvé de traces d’ADN d’Histoplasma capsulatum, un champignon qui peut être la source de maladies pulmonaires chroniques et lié à la présence de chauves-souris.

On a aussi cherché la présence de méthane. Des tests réalisés le 17 septembre ont détecté une concentration de 1500 à 2000 parties par million (ppm) de méthane au 4e étage du 15 et 25, rue Eddy et à la bibliothèque La zone. Mais des tests réalisés le lendemain, aux mêmes étages, n’ont pas permis de déceler la présence du gaz.

La firme WSP doit procéder à des tests pour vérifier les niveaux de dioxyde et de monoxyde de carbone sur les étages visés. Les experts procéderont aussi à d’autres tests pour découvrir la présence de méthane ou de composés organiques volatils. Ces analyses devaient avoir lieu en novembre et décembre derniers. Les résultats ne sont pas encore disponibles.

Un édifice des Terrasses de la Chaudière vu du coin des rues Eddy et Wellington à Gatineau en hiver.

La firme WSP a été mandatée, en janvier 2019, pour déterminer les causes et la source des problèmes respiratoires signalés par les employés des Terrasses de la Chaudière.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Lafreniere

Le gouvernement avait promis que cette analyse de la qualité de l’air serait différente : elle devait cibler les causes probables des problèmes vécus par les fonctionnaires. Nous avions déjà signalé en 2018, après l’analyse de près de 800 pages de documents obtenus en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, qu’au moins 16 études sur la qualité de l’air avaient été réalisées entre 2013 et 2017.

Toutefois, aucune n’est arrivée à déceler des niveaux de pathogènes ou de produits chimiques pouvant expliquer les problèmes de santé chroniques vécus par les employés.

Le 19e étage démantelé

SPAC n’a pu déterminer les causes des problèmes de santé, mais les locataires ont quand même décidé d’agir.

Le ministère des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord a décidé de déménager ses employés situés au 19e étage de la grande tour du 10, rue Wellington. L’étage sera démantelé pour être refait. Selon le Syndicat des employées et employés nationaux, on y aurait découvert des taux élevés de moisissures lors de tests récents. SPAC confirme qu’un premier groupe d’employés a quitté l’étage à la fin de novembre. Un deuxième groupe a déménagé au début de janvier. Ils ont tous été réinstallés à d’autres étages du complexe.

Le 19e est l’étage où plusieurs employés se plaignaient de problèmes divers : nausées, maux de tête, étourdissements. Le système d’aération de cet étage était calibré de façon à fournir assez d’air frais pour 105 personnes, mais plus de 170 employés y travaillaient.

Rappelons également que le 6e étage des édifices du 15 et 25, rue Eddy a aussi été complètement refait, en raison de problèmes divers, dont la présence récurrente de chauves-souris et de leurs déjections.

D’autres analyses en cours

SPAC étudie également la possibilité d’améliorer le système d’aération qui dessert en air frais les 17e, 18e et 19e étages, selon le syndicat.

À la demande de l’hygiéniste industriel responsable de l’étude, d’autres analyses plus poussées seront effectuées au cours des prochains mois, explique pour sa part SPAC. Elles viseront les systèmes d’aération et de chauffage, pour évaluer la qualité de l’air dans l’édifice durant l’hiver. Des inspections ciblées derrière les murs seront réalisées également pour vérifier s’il y a présence de moisissures.

De petits « colocataires » indésirables

Les premières analyses et le résultat du sondage ont toutefois soulevé d’autres inquiétudes, notamment au sujet de chauves-souris.

Les comités de santé et de sécurité au travail des ministères qui œuvrent aux Terrasses s’inquiètent des dangers potentiels liés à la présence de chauves-souris mortes dans l’immeuble. Plus précisément, on suggère de vérifier s’il y a une relation entre la présence de méthane et les cadavres des petites bêtes.

Une chauve-souris vole librement dans un environnement de travail.

En août dernier, une chauve-souris est captée en plein vol au-dessus des cubicules du 4e étage du 15, rue Eddy.

Photo : COURTOISIE Syndicat des employés nationaux

Une note de service datée du 29 janvier dernier, distribuée par l’entreprise responsable de l’entretien de l’édifice (BGIS), annonce le début d’une opération de surveillance du petit mammifère volant.

La firme Stantec Consulting fouillera au-dessus des plafonds suspendus à l’aide de lampes de poche et de caméras miniatures dans les endroits étroits ou difficiles d’accès. Des caméras à imagerie thermique seront aussi utilisées afin de trouver les lieux que préfèrent les chauves-souris et d’identifier les espèces présentes.

Des résidus ressemblant à des excréments se trouvent sur le bord d'une fenêtre.

Des excréments présumément de chauve-souris, pris en photo au 6e étage du complexe situé rue Eddy.

Photo : Gracieuseté d'un employé du ministre des Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord

Mais cette opération, qui devait débuter cette semaine et durer tout le mois de février, est maintenant reportée, selon nos sources, pour des raisons qui n’ont pas été expliquées.

Quoi qu’il en soit, ce recensement un peu spécial servira à préparer un plan de gestion approprié pour gérer la présence des chauves-souris dans les bâtiments, peut-on lire sur le document obtenu par Radio-Canada. À noter qu’on ne parle pas d’extermination ici, mais de gestion. Les spécialistes tenteront aussi de trouver les failles dans les édifices qui permettent aux chauves-souris de venir s’installer à l’intérieur.

Réaction du syndicat

Dans un courriel envoyé à Radio-Canada, le Syndicat des employées et employés nationaux (une filiale de l’AFPC) se dit encouragé par diverses mesures prises par les employeurs et le propriétaire de l’édifice, SPAC, notamment le remplacement de certains équipements et le programme de surveillance des chauves-souris.

Par ailleurs, le Syndicat se plaint des problèmes de communication et de coordination au sujet des décisions prises par l’employeur. Une campagne pour la création d’un comité composé de représentants des différents ministères qui sont établis aux Terrasses paraissait avoir porté ses fruits à la fin de l’année dernière. Mais le fonctionnement du comité semble encore déficient.

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Ottawa-Gatineau

Santé publique