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Avec un trouble d'anxiété, elle est incapable de trouver des assurances

Portrait « anonyme » d’une jeune femme qui a des difficultés a se faire assurer suite a une dépression et des crises d’anxiété.

Isabelle (prénom fictif).

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Sébastien Desrosiers

Un problème de santé mentale pourrait-il vous empêcher d'obtenir une assurance? C'est ce qui est arrivé à Isabelle (prénom fictif). À 26 ans, parce qu'elle souffre d'un trouble anxieux généralisé, plus personne ne veut l'assurer.

Elle craint que cette pratique des compagnies d'assurance ne décourage d'autres personnes souffrant de maladies mentales de demander de l'aide.

J'ai toujours été un enfant très très très anxieux. Ma mère me l'a toujours dit, sauf qu'à ce moment-là, la maladie mentale, ce n'était pas mis de l'avant comme aujourd'hui.

Isabelle

Isabelle parle d'un ton posé. Posé, mais il y a de la colère dans sa voix. Elle en a gros sur le coeur.

Malgré ce qu'on en dit, elle constate que la maladie mentale n'est pas encore considérée au même titre qu'une maladie physique.

« Je me suis souvent fait dire : "C'est comme si t'avais la jambe cassée. Si t'avais la jambe cassée, t'irais te faire soigner. Là, c'est dans ta tête, il faut que t'ailles te faire soigner." Oui, mais c'est pas vrai que la société est rendue là. »

D'ailleurs, elle préfère garder l'anonymat pour ne pas subir les préjudices d'éventuels employeurs.

Un poids insupportable

Quand elle était enfant, les médecins disaient qu'elle était épuisée, qu'elle avait besoin d'attention. Pas un mot sur l'anxiété.

Après son entrée sur le marché du travail, le poids des responsabilités et surtout l'appréhension ont fini par l'écraser.

Tu ne sais pas pourquoi, mais tu réfléchis, t'anticipes tout, le pire va toujours arriver, ça tourne en rond. T'es pas capable d'arrêter de réfléchir. J'ai craqué.

Isabelle

Nouvelle visite chez le médecin, mais cette fois, elle reçoit un diagnostic : trouble d'anxiété généralisé. Elle est en arrêt de travail pendant quatre mois.

Se heurter à des portes closes

Isabelle reprend le travail et, un an plus tard, elle décide de magasiner des assurances. Assurance vie, assurance médicale et dentaire.

Elle soumet son dossier à plusieurs grandes entreprises, mais à sa grande surprise, personne ne veut l'assurer. On me dit : "Écoute, je ne peux pas t'assurer, tu es refusée."

Pour l'assurance invalidité j'aurais compris, mais là je me fais dire que tout mon dossier n'est pas admissible. Pourquoi?

Isabelle

La réponse, c'est qu'elle est « trop à risque ». Trop à risque de quoi, au juste?

En fait, tout est basé sur des statistiques, selon l'Association canadienne des compagnies d'assurances de personnes (ACCAP).

Sa présidente pour le Québec, Lyne Duhaime, explique que « dans le cas d'un problème de maladie mentale, malheureusement, on peut penser que les données démontrent que, statistiquement, les gens qui ont ce trouble risquent ou de se suicider ou d'avoir des comportements liés à leur maladie qui font en sorte qu'ils sont à risque de décéder plus rapidement ».

Les gens, poursuit la présidente de l'ACCAP, ce qu'ils trouvent dommage, c'est qu'ils se disent : "Ce n'est pas de ma faute. J'ai eu un cancer, je suis affligée de telle maladie, mais je n'ai pas eu un comportement qui a mené à cette situation-là." Or, lorsqu'une compagnie d'assurance évalue un risque, le risque est basé sur des données probantes.

Et les compagnies d'assurances, puisqu'il s'agit d'entreprises privées, ont tout à fait le droit de refuser un client.

Un « problème » qui ne date pas d'hier

À l'Association des groupes d'intervention en défense de droit en santé mentale (AGIDD), la directrice, Doris Provencher, est révoltée par l'attitude des assureurs.

Ça a beau être légal [ce qu'ils font], mais est-ce que c'est moral?

Doris Provencher de l'AGIDD

Elle travaille dans le domaine depuis plus de 30 ans. Elle a rencontré plusieurs personnes dans la situation d'Isabelle, incapables de s'assurer.

« Au début des années 2000, on était dans une commission parlementaire. Un député avait pris la parole, il nous avait raconté que lui-même, il avait fait deux burnouts dans sa vie et il ne trouvait pas de compagnie pour l'assurer. Il était député à l'Assemblée nationale », se rappelle-t-elle, en prenant la peine de bien articuler, comme pour exprimer son incrédulité.

Ce député était le libéral Daniel Bernard, qui a représenté la circonscription de Rouyn-Noranda–Témiscamingue pendant huit ans.

En 2004, en commission parlementaire, il avait effectivement avoué être incapable de trouver une assurance hypothécaire après avoir souffert d'un épuisement professionnel quelques années auparavant.

Je trouvais que c'était important ce témoignage-là, pour dire aux gens : "Regardez, je connais votre situation, je l'ai vécue."

Daniel Bernard

Après deux refus, l'ancien député a finalement obtenu une assurance pour l'hypothèque de sa maison.

Toutes ces années plus tard, il constate qu'on parle davantage de santé mentale, mais ceux qui demandent de l'aide sont pénalisés, selon lui.

On est un peu coincé, souligne-t-il. Si tu mens sur un questionnaire, ça peut te rattraper plus tard. Moi, je pense qu'il faut être transparent, mais c'est un couteau à double tranchant.

Des changements à prévoir?

Isabelle a tout fait pour calmer son anxiété.

J'ai peint, j'ai fait du yoga, j'ai augmenté le sport, le sommeil, j'ai regardé ma nutrition, j'ai tout fait. Ça aide, mais j'avais besoin de médication.

Isabelle

C'est notamment pour ça qu'elle aimerait avoir une assurance, pour payer sa médication et des consultations chez le psychologue.

La science évolue, le traitement des maladies mentales s'améliore, explique Lyne Duhaime de l'ACCAP. Et peut-être qu'à un moment donné, ces gens-là vont pouvoir être assurables, comme s'ils n'avaient pas souffert de maladie. Comme c'est le cas aujourd'hui pour les gens porteurs du VIH ou même dans certains cas pour les personnes qui ont eu le cancer.

Mais d'ici là, Isabelle et tous ceux qui sont dans sa situation ne sont pas au bout de leurs peines.

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