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Tentative de meurtre contre un psychiatre : des questions sur l'état mental de l'accusé

Entrée de l'Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal.

L'attaque serait survenue dans le pavillon Albert-Prévost de l'Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Le patient qui aurait tenté de poignarder à mort son psychiatre à l'Hôpital Albert-Prévost, en octobre dernier, suscite des préoccupations quant à son aptitude à subir un procès. La question est d'autant plus lourde d'implications que le jeune homme de 22 ans, aux graves problèmes de santé mentale, veut se défendre seul, sans avocat.

Dans le box des accusés, Joshua Côté-Mashala a le regard dans le vide, l'air égaré et les cheveux hirsutes retenus en deux chignons sur le dessus de sa tête. Dans sa cellule de Rivière-des-Prairies, il passe ses journées caché sous ses couvertures et décline les sorties.

Il refuse de consulter la preuve retenue contre lui afin de préparer sa défense.

La psychiatre de l'établissement carcéral a aussi fourni des informations à la poursuite qui lui font craindre qu'il ne soit peut-être pas apte à suivre les procédures judiciaires.

Interrogé par la juge Patricia Compagnone, l'accusé répond très lentement, sans jamais la regarder. Il semble comprendre les enjeux, conclut la magistrate, après lui avoir patiemment posé une dizaine de questions. Je n'ai pas de raisons de demander une évaluation de son aptitude à comparaître.

Assis dans la salle d'audience, le père de Joshua Côté-Mashala secoue la tête en soupirant, visiblement dubitatif.

L'attaque

Le 29 octobre dernier, en début d'après-midi, Joshua Côté-Mashala aurait attaqué avec des ciseaux le psychiatre Mario Roy à l'Hôpital Albert-Prévost, affilié à l'Hôpital Sacré-Cœur, à Montréal.

Le jeune homme en était alors à sa troisième hospitalisation. Il était connu pour avoir brisé le pare-brise de [sa] sœur à mains nues et cassé la mâchoire de son meilleur ami.

Selon le rapport d'enquête interne d'abord dévoilé par Le Devoir, puis obtenu par Radio-Canada, près d'une dizaine d'employés – dont des infirmières et du personnel responsable de la salubrité – sont intervenus pour tenter de le maîtriser et protéger le docteur Roy.

Deux codes blancs ont été nécessaires pour que l'aide se mobilise, et une panique s'est installée dans les 20 minutes suivant le premier appel au 911 alors que l'ambulance n'était pas encore arrivée.

La scène, sanglante – et chaotique –, a traumatisé les témoins, selon le rapport.

Lacunes dans les mesures de sécurité?

Un problème identifié par l'enquête est que, depuis le 1er avril 2019, tous les patients adultes du nord de l'île de Montréal qui sont reconnus non criminellement responsables pour cause de troubles mentaux et qui bénéficient d'un droit de sortie sont hospitalisés à Albert-Prévost.

Toutefois, il n'y a pas eu de formation pour ces nouveaux patients, et l'environnement n'est pas sécurisé pour eux, note le rapport.

Du matériel, comme des objets tranchants, peut ainsi être transporté en catimini entre les murs de l'établissement.

Il n'y a même pas de dispositif de détecteur de métal, il n'y a vraiment aucun filtre à l'entrée. Ça prendrait minimalement un guichet d'accueil pour avoir une idée de ce qui se passe, dénonce la psychiatre Florence Chanut, qui travaille à l'hôpital et milite activement pour que la sécurité y soit resserrée.

Depuis l'attaque, la direction a embauché un troisième gardien de sécurité et amélioré l'éclairage dans le stationnement. Un comité se penche également sur les façons d'améliorer la sécurité, selon le directeur des programmes Santé mentale et Dépendance au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Nord-de-l'Île-de-Montréal, Marc Labonté.

Il faut trouver un équilibre entre le droit de certains patients à circuler librement et les contraintes de sécurité qui doivent être imposées à d'autres, affirme-t-il. Ce n'est pas une question de budget, soutient M. Labonté.

La docteure Chanut craint toutefois que ce ne soit pas suffisant pour prévenir un autre drame. Depuis l'incident avec le Dr Roy, à ma connaissance, on a trouvé des armes dans les effets personnels de deux patients, dans leur chambre, dans la même unité où l'agression s'était déroulée, dit-elle.

Jeudi midi, le Service de police de la Ville de Montréal est d'ailleurs encore une fois intervenu à l'Hôpital Albert-Prévost après qu'un patient de 24 ans eut frappé des employés, leur causant des blessures mineures.

Un ami de la cour suggéré pour Côté-Mashala

Pour équilibrer les forces, la procureure aux poursuites criminelles et pénales Geneviève Langlois a suggéré de nommer un ami de la cour, c'est-à-dire un avocat qui aura le mandat de conseiller Joshua Côté-Mashala et de contre-interroger certains témoins.

L'accusé risque gros avec le procès prévu en avril : s'il est reconnu coupable de tentative de meurtre, il est passible de l'emprisonnement à vie. La juge sera saisie de la question la semaine prochaine.

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