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Un pipeline vers Churchill, une fausse bonne idée?

Un cargo amarré dans un port.

Le port de Churchill pourrait être le terminus d'un éventuel pipeline en provenance de la Saskatchewan.

Photo : La Presse canadienne / John Woods

Gavin Boutroy

L’idée d'acheminer du pétrole de l’Ouest canadien vers le port de Churchill, sur la baie d’Hudson, a refait surface cette semaine. Si les défis techniques d’une telle entreprise sont surmontables, le projet risque de se buter à la résistance de la population et des environnementalistes.

Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, a déclaré mercredi que la construction d’un pipeline entre sa province et Churchill est une idée qui a du mérite, surtout depuis la réouverture du chemin de fer de la région en 2018.

Ce chemin de fer et le port ont été vendus à un consortium qui comprend plusieurs Premières Nations, ainsi que AGT Food & Ingredients, dont le siège social est à Régina.

Le chemin de fer est essentiel pour la survie de ces communautés, et franchement ce qui la maintient, c’est les exportations. Alors la discussion portant sur l'exportation de nos produits énergétiques à travers un port dans le Nord est justifiée, a déclaré Scott Moe.

Le gouvernement de la Saskatchewan a créé un comité pour chercher comment faire construire plus de pipelines. Le plan économique de 10 ans du Parti saskatchewanais a aussi pour objectif de soutenir des efforts visant à exporter du pétrole par voie maritime, depuis le port de Churchill.

C’est une idée qui a été lancée à plusieurs reprises par des politiciens et des chroniqueurs soucieux d’acheminer le pétrole des Prairies sur les marchés internationaux. Certains séparatistes de l’Ouest canadien ont eux aussi fait valoir les avantages d’un éventuel pipeline des Prairies.

Sentiments mitigés à Churchill

La communauté de 900 personnes, reconnue comme la capitale mondiale des ours polaires, est ambivalente quant à un éventuel pipeline, selon le président de la chambre de commerce de Churchill, Dave Daley.

Il soutient qu’il y aurait d’importantes retombées économiques, mais que tout promoteur de pipeline aurait beaucoup de travail à faire auprès des habitants, qui vivent maintenant en grande partie de l’écotourisme.

Nous avons des ours polaires, des bélugas, une toundra intacte [...] des systèmes fluviaux, note-t-il.

Une statue d'ours polaire.

Une statue d'ours polaire trône devant le port de Churchill. Le village est connu mondialement comme un lieu touristique idéal pour observer des ours polaires.

Photo : Radio-Canada / Cameron McIntosh

Il faudrait un plan solide, et il faudrait venir au Manitoba, à Churchill, pour prouver à tout le monde que ça peut être fait de façon sécuritaire, ajoute M. Daley.

Le regroupement de 26 Premières Nations du nord de la province, Manitoba Keewatinowi Okimakanak, a refusé de commenter cette idée. L’Assemblée des chefs du Manitoba a souligné que tout projet de pipeline aurait besoin de la participation de Premières Nations dès sa conception.

Les Premières Nations du Manitoba doivent être impliquées et consultées dans ce processus, d’une manière qui respecte leurs droits et leurs intérêts, indique le grand chef Arlen Dumas.

Un environnement délicat

C’est une très mauvaise idée de penser à transporter du pétrole brut dans la baie d’Hudson, lance Eric Reder, le directeur manitobain de l’organisme Wilderness Committee. La toundra et le muskeg sont trop délicats et instables pour supporter un pipeline, dit-il. Il ajoute que le chemin de fer qui relie Churchill au reste du Manitoba connaît de nombreuses perturbations, en raison notamment du terrain instable.

Pour d’autres, comme l’organisme Océans Nord Canada, c’est l’environnement maritime qui doit être protégé à tout prix.

Dans un rapport publié en avril 2018, Océans Nord a demandé au gouvernement fédéral de créer une aire marine nationale de conservation dans l'ouest de la baie d'Hudson, pour protéger la plus grande population estivale de bélugas de la planète.

On sait très bien que les pratiques de suppression de marée noire ne sont pas efficaces du tout, affirme Christopher Debicki, l’auteur de l’étude d’Océans Nord. Il souligne que les bélugas reviennent chaque été au même endroit et qu'ils n’ont pas d’habitat de rechange.

Des bélugas à la surface devant des visiteurs en kayak ravis.

Des bélugas à proximité du port de Churchill.

Photo : The Canadian Press / JOHN WOODS

En novembre 2015, le gouvernement libéral s’est engagé à protéger 10 % de l’environnement côtier et marin du Canada avant 2020. Si à l’époque le gouvernement fédéral a dit qu’il se penchait sur la question, aucun progrès n’a été fait pour l’instant.

M. Debicki s’oppose au transport intensif de produits pétroliers dans le secteur de Churchill, mais il tient à souligner les succès du port.

Churchill, c’est un exemple d’un lieu où à l’instant, et depuis des décennies, on a une industrie, même un port et des bateaux qui partagent un estuaire avec une très grande et importante population de bélugas — et maintenant, ça fonctionne, fait-il valoir. Il ajoute que les peuples inuit de la baie d’Hudson dépendent des bélugas pour se nourrir, pour des raisons liées à leur culture.

Défis techniques

Un pipeline liant la Saskatchewan à Churchill traverserait inévitablement une zone de pergélisol discontinu, selon Jim Oswell, l’ingénieur géotechnicien et de pergélisol principal de la firme Naviq consulting.

Jim Oswell a notamment été consultant auprès d'Enbridge lors de la construction du pipeline Norman Wells, qui traverse 870 kilomètres de pergélisol discontinu dans les Territoires du Nord-Ouest et en Alberta.

Des pipelines dans une zone de pergélisol discontinu sont un peu plus complexes que dans une zones continue, puisqu’il y a une transition entre des endroits gelés et dégelés, explique-t-il.

Le pergélisol peut aussi être stable lors du dégel (provoqué par le réchauffement climatique, par exemple) ou instable si le sol contient une forte proportion d’eau. Le pergélisol instable est susceptible de s’effondrer ou de causer des dépressions en cas de dégel.

Une berge qui s'effondre.

La fonte de la glace du pergélisol est visible sur cette côte dans le delta de Mackenzie, aux Territoires du Nord-Ouest.

Photo : Ressources naturelles Canada / Roger MacLeod

C’est un autre défi pour un éventuel pipeline, indique M. Oswell. Ça a déjà été fait, oui, c’est un défi, mais ce n’est pas un obstacle insurmontable, dit-il, en mentionnant l'expertise des entreprises canadiennes dans la conception de pipelines qui traversent le pergélisol.

Il est aussi probable qu'un éventuel pipeline soit enseveli, selon Jim Oswell, plutôt que d'être en surface comme la moitié de l’oléoduc trans-Alaska.

Tous les pipelines construits sur un terrain similaire depuis l’oléoduc trans-Alaska sont ensevelis pour des raisons de durabilité et de sécurité, précise-t-il.

M. Oswell pense qu’un éventuel oléoduc entre la Saskatchewan et Churchill pourrait être conçu, construit et exploité de manière sécuritaire.

Avec des informations de La Presse canadienne

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