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Itinérance autochtone : une aide de Montréal saluée prudemment par des organismes

Un itinérant à Montréal.

Les Autochtones représentent 10 % de la population en situation d’itinérance à Montréal, alors qu’ils ne représentent que 0,6 % de la population générale.

Photo : Radio-Canada

Jean-Philippe Guilbault

La Ville de Montréal a annoncé mercredi une aide de 2,3 millions de dollars destinée aux organismes travaillant auprès de personnes en situation d’itinérance, notamment des Autochtones; une mesure jugée « insuffisante » par des intervenantes du milieu.

Dans la quarantaine d’organismes qui se partageront le montant annoncé par la Ville, mentionnons notamment La Porte ouverte Montréal, Chez Doris, Projets autochtones du Québec et le Centre d'amitié autochtone de Montréal, qui offrent des services aux personnes autochtones en situation d’itinérance.

Si 670 686 $ serviront à offrir un hébergement d'urgence, notamment aux femmes et aux personnes autochtones en situation d'itinérance, aucune somme n’est directement réservée aux programmes spécifiquement conçus pour les personnes autochtones.

Pourtant, dans son Plan d'action montréalais en itinérance 2018-2020, la Ville de Montréal soulignait que les personnes autochtones étaient surreprésentées dans les rues de la métropole par rapport au reste de la population. De fait, 10 % des personnes sans abri qui avaient passé la nuit dans des lieux extérieurs, dans les refuges d’urgence et dans des logements transitoires étaient autochtones, alors qu’elles représentent normalement moins de 0,6 % de la population montréalaise.

Plus d’argent permettrait d’assurer encore plus de services pour les différents besoins [auxquels on doit faire face], déplore Mélodie Racine, directrice générale de La Porte ouverte Montréal. On a un groupe de personnes avec des besoins qui peuvent parfois sembler les mêmes, mais il y a parfois des caractéristiques qui sont reliées aux personnes autochtones.

Ce qui inquiète particulièrement Mme Racine, c’est que les sommes annoncées par la Ville sont prévues dans le cadre du Plan d'action montréalais en itinérance 2018-2020 et que rien ne semble garantir qu’elles seront prolongées au-delà de cette date butoir.

On a peur de se lancer dans des projets que l’on ne pourra plus assumer l’année suivante, dit Mme Racine, qui évoque une volonté de lancer des projets artistiques.

C’est bien de voir qu’il y a de plus en plus de prise de conscience, qu’il y a plus de sensibilisation face à cette situation-là, mais malheureusement, c’est encore insuffisant.

Mélodie Racine, directrice générale de La Porte ouverte Montréal

Même son de cloche du côté de la nouvelle directrice de Projets autochtones du Québec (PAQ), Heather Johnston.

Évidemment, ça ne suffit jamais. Les besoins sont énormes, rapporte-t-elle.

De plus en plus, il y a un intérêt envers les organismes qui offrent des services aux personnes autochtones. Je crois que ça évolue dans un sens positif, mais est-ce que c’est assez? Non.

Du côté de la Ville, on se veut rassurant quant à la continuité des sommes investies.

Ces sommes-là, ce sont les mêmes que nous avons investies l'année dernière et l'année précédente, explique le commissaire aux personnes en situation d'itinérance pour la Ville de Montréal, Serge Lareault. Pour lui, ce sont des « montants de base » pour des services jugés « essentiels ».

M. Lareault se désole également du peu d'organismes qui se consacrent exclusivement à venir en aide aux personnes autochtones itinérantes. Selon lui, c'est également aux autres ordres de gouvernement à mettre l'épaule à la roue pour assurer la stabilité financière des organismes.

Composer avec la pénurie de main-d’œuvre

Une autre réalité soulevée par Heather Johnston, c'est la pénurie de main-d’œuvre, qui complique d'autant plus le travail de recrutement des organismes.

C’est avec ces subventions que nous payons nos employés. Donc, si les montants des subventions stagnent, c’est difficile pour nous aussi d’être compétitifs sur le marché du travail, explique Mme Johnston, qui suggère qu’un financement sur cinq ans, qui suivrait le coût de la vie serait beaucoup plus avantageux, surtout pour recruter des travailleurs d’origine autochtone.

Un plan sur une durée de cinq ans serait d'ailleurs sur la table à dessin de la Ville, indique Serge Lareault. Ce projet se fera avec la collaboration du gouvernement du Québec.

Pour la commissaire aux relations avec les peuples autochtones de la Ville de Montréal, Marie-Ève Bordeleau, la réalité de la rareté de travailleurs autochtones dans le milieu est indéniable.

On le voit, les intervenants autochtones sont en demande partout, raconte-t-elle.

Le travail de Mme Bordeleau comme interlocutrice est d'ailleurs salué par Heather Johnston, qui juge que les subventions ne sont pas l’unique manière dont la Ville de Montréal travaille à améliorer le sort des personnes autochtones en situation d'itinérance.

Il y a des tables de concertation [...]; la police a un agent de liaison avec les personnes autochtones; la commissaire [Bordeleau] vient visiter nos locaux; il y a d’autres formes d’investissement, note-t-elle. Le financement, c’est une partie de la réalité, mais avoir des personnes à l’écoute, c’est aussi intéressant.

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