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Les premiers carnavals d'hiver au Québec : 1-0 pour Montréal

Quelques passants semblent minuscules auprès d'un énorme château de glace

Les palais de glace de Montréal étaient imposants. Certains étaient laissés sur place et illuminés même une fois le carnaval terminé.

Photo : Wm.Notman, 1885, Musée McCord

Catherine Lachaussée

Québec est reconnue pour son carnaval d'hiver depuis 1955. Mais Montréal est la première à se lancer dans l’aventure d’un carnaval d’envergure internationale à la fin du 19e siècle, avec un succès qui se répétera plusieurs années de suite.

Un grand palais de glace, illuminé tous les soirs. Un bal éblouissant. Un cortège au flambeau. Des compétitions sportives internationales.

On pourrait se croire à Québec, quelque part au 20e siècle. On est plutôt à Montréal, en 1883. Si Québec s’essaie également avec un premier carnaval cette année-là, il demeure modeste, alors que celui de la métropole va connaître un succès qui dépasse les frontières.

Un but avoué : faire de bonnes affaires

Montréal a soigneusement planifié son premier carnaval. Les journaux en parlent pendant tout l’automne 1882. Son but, très clair, est de mettre la ville sur la carte. Réunis à l’hôtel Windsor, véritable quartier général de l’événement, les organisateurs se divisent les tâches. Publicité, transport, logistique, construction du palais, organisation des bals et des compétitions, chaque comité est doté de son propre budget, et mené par une personnalité influente. La collecte de fonds va bon train. Les commanditaires sont nombreux à financer l'événement et ils espèrent un bon retour sur leur investissement.

Une foule de glisseurs profitent d'une spectaculaire piste de toboggan ancienne sous les yeux de la foule

Durant le carnaval, des omnibus ont fait la navette pour conduire les glisseurs à une spectaculaire piste de toboggan située dans le parc du Mont-Royal.

Photo : Wm.Notman & Son, 1885, Musée McCord

La féérie des palais... et de la lumière électrique!

Pour attirer les visiteurs, Montréal mise sur d’énormes palais de glace, un atout de taille. On les construit à la place Dominion [l'actuel square Dorchester], avec des blocs découpés dans la glace du Saint-Laurent. Leurs plans sont confiés à des architectes renommés. Créés grâce à un budget substantiel qui passe de 1500 $ à 5000 $ en trois ans, les palais sont éclairés à l’électricité. Ce sera parfois bien pratique, comme en 1885. À cause du dégel et de la pluie cette année-là, le chantier est éclairé toute la nuit pour permettre aux ouvriers de terminer les travaux à temps.

Ces palais sont aussi le théâtre d’une des activités les plus appréciées du temps : un grand spectacle pyrotechnique, suivi d’une procession aux flambeaux jusqu’au sommet du Mont-Royal. La tradition sera reprise dans d’autres villes par la suite.

Un montage photographique fait la promotion de plusieurs activité du carnaval de 1887 et montre le palais de glace, un défilé et des raquetteurs qui font la fête

Les montages promotionnels sont utilisés dès les premiers carnavals d’hiver à Montréal.

Photo : Wm.Notman & Son, 1887, Musée McCord

Des outils de promotion d'aujourd'hui

On n’est peut-être qu’au 19e siècle, mais la stratégie mise en oeuvre pour mousser le carnaval de Montréal est remarquablement moderne. Des montages promotionnels et des photos des plans du palais sont diffusés dans les journaux avant l’événement. De nombreuses invitations sont lancées aux journalistes. En 1884, ils ont droit à leur salle de presse à l’hôtel Windsor, avec accès gratuit au télégraphe et au téléphone.

Cette année-là, les journaux s'intéressent à un groupe de 50 Russes accompagnés de leurs épouses. On précise qu’on s’est assuré de leur faire profiter du carnaval dans ses moindres détails.

Une vitrine internationale pour un sport tout neuf

Le carnaval de Montréal innove aussi sur le plan sportif. Les organisateurs intègrent à la programmation un sport encore tout jeune, mais très prometteur : le hockey. Le premier tournoi de hockey de l'histoire est organisé en 1883 et remporté par le McGill College. Deux ans avant, Québec et Montréal devenaient les toutes premières villes à jouer l'une contre l'autre.

On peut lire l'inscription suivante sur une coupe dorée: Winter Carnival 1883, Hockey Match

Le premier tournoi de hockey de l’histoire est organisé pendant le carnaval de 1883, à Montréal. La coupe est remportée par le McGill College

Photo : Source; La Coupe à Québec, Marc Durand.

Des retombées importantes

Le grand carnaval de Montréal, comme on le surnomme bien vite, suscite beaucoup d’intérêt à l’international, particulièrement aux États-Unis. Les journaux mentionnent une affluence d’étrangers considérable, et décrivent une ville joyeuse, avec une foule si compacte que certains soirs, on peine à avancer.

Des clients réservent leur chambre des mois à l’avance. Les hôteliers font des affaires d’or et craignent même de manquer de draps. Les trains affichent des tarifs spéciaux et font le plein de passagers. Les vendeurs de fourrure s’annoncent à pleine page. Le Victoria Skating Rink, où se tient le traditionnel bal costumé sur glace, fait de juteux profits. Même les vendeurs de café flairent la bonne affaire et s’installent juste à côté du palais pour faire découvrir leurs produits aux passants.

Une foule compacte est réunie autour d'une énorme arche en plein coeur de Montréal

Les arcs, d’impressionnantes arches de bois couvertes de sapinage, étaient une tradition lors de ces carnavals du 19e siècle.

Photo : Arc des raquetteurs, Alexander Henderson, 1887, Musée McCord

Un carnaval qui en inspire d'autres

Montréal n’en a pas encore fini avec son carnaval. Mais la facture d'un tel événement finira par l'essouffler. Et elle devra bientôt faire face à la compétition.

En 1886, la ville de St-Paul, au Minnesota s’inspire directement de la métropole pour organiser son propre carnaval, qui se veut plus éblouissant encore. Et l’on recourt aux services d’un architecte montréalais pour construire le palais de glace.

Ottawa aussi décide d’organiser un carnaval monstre, cette année-là.

Puis quelques tragédies viennent entacher l’événement en 1887 : le déraillement d’un train chargé d’Américains en route pour Montréal fait plusieurs morts, et un spectacle pyrotechnique fait des blessés.

En 1894, c’est au tour de Québec de reprendre le flambeau. Mais cette fois, la capitale va faire de son carnaval un vrai succès.

À lire dimanche : le carnaval d'hiver de Québec prend sa revanche

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