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Un palais du carnaval en 1883... dans le pain de sucre

Une foule d'amateurs de plein air profite du pain de sucre au 19e siècle

Le cône de la chute Montmorency est une destination prisée des amateurs de plein air depuis des siècles.

Photo : Cornelius Krieghoff, 1853, Musée McCord

En fouillant l'histoire des plus vieux carnavals de Québec, je ne m'attendais pas à remonter aussi loin qu'en 1883. Et surtout pas à tomber sur la description d'un palais construit... dans le pain de sucre de la chute Montmorency.

Un palais? Dans le pain de sucre?

Au début du mois de janvier 1883, les journaux parlent d’un carnaval organisé à Québec, dans la foulée de celui de Montréal. La métropole prépare le sien depuis des mois, et Québec a décidé de profiter de la manne de visiteurs annoncés.

Parmi les informations qui commencent à filtrer, il est question de construire un palais de glace, une grande première pour un carnaval dans la capitale. Mais plutôt que d’utiliser la glace du fleuve, comme à Montréal, on parle de creuser celui de Québec… dans le pain de sucre de la chute Montmorency.

Un pain de sucre très couru!

Apparemment, les organisateurs ont décidé de profiter d’un site spectaculaire pour construire leur premier palais de glace. Le pain de sucre se forme au plus froid de l’hiver, quand la vapeur de la chute Montmorency commence à geler : c’est une attraction courue depuis les débuts de la colonie. Sa hauteur varie d’une année à l’autre. Certains hivers, elle peut dépasser les 30 mètres! Depuis des siècles, on s’y rend en sleigh comme en raquettes, autant pour la beauté du site que pour les multiples activités qu’on peut y pratiquer, même si sa hauteur n’atteint plus les sommets du passé. Avant l’escalade, prisée aujourd’hui, des générations l’ont dévalé en traîne sauvage, puis en ski.

Un homme contemple l'intérieur d'une grotte creusée dans le pain de sucre de la chute MontmorencyAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

On rapporte l’existence de débits de boisson creusés dans le pain de sucre, au 19e siècle.

Photo : William Notman, 1866, Musée McCord

Une idée pas si bête?

Alors qu’elle paraît surprenante aujourd’hui, l’idée d’un palais creusé dans le pain de sucre ne semble pas provoquer la surprise en 1883. L’historien Jean-François Caron avoue qu’il n’avait jamais entendu parler de ce palais, mais il confirme qu’on avait déjà creusé le pain de sucre pour y installer un débit de boisson. L’idée n’était donc pas nouvelle. Dans les jours suivants, l'historien me fait parvenir une photo plutôt intrigante, prise par un célèbre photographe montréalais, William Notman. On peut y voir un homme, debout devant l’entrée d’une grotte mystérieuse creusée à la base du pain de sucre. La photo date de 1866. Le soir tombé, nos ancêtres ont donc pu partager liqueurs et rafraîchissements dans ces alcôves de glace, illuminées pour l’occasion. Et tout à coup, l’idée d’y construire un vaste palais de glace semble moins farfelue.

Des curieux regardent des glisseurs téméraires dévaler le pain de sucre de la chute Montmorency au 19e siècle

Les amateurs de glisse se bousculaient au pain de sucre au 19e siècle. Des marches creusées à la hache permettaient d’atteindre le sommet.

Photo : Journal de l'Instruction publique, 1862, BAnQ

Le party au pain de sucre!

Dévaler le pain de sucre sur quelques centaines de mètres et finir la journée, les joues bien rouges, dans l’auberge de fortune creusée à l’intérieur? On peut imaginer la fête! Il y a 150 ans, partir de Québec pour passer la journée puis la soirée à la chute Montmorency semble avoir été une activité très prisée des jeunes — garçons et filles — au grand dam des curés du coin. Celui de Beauport, l'abbé Chiniquy, n'hésitait pas à vouer les paroissiens qui s'y rendaient aux flammes de l'enfer!

Certains hivers, il se formait un deuxième cône, plus petit, à côté du plus haut, sur lequel les fêtards moins téméraires pouvaient aussi glisser. Ces réjouissances ont fait partie des façons plus anciennes de célébrer le carnaval, au même titre que les bals costumés, avant qu’on ne se lance dans les fêtes plus élaborées de la fin du XIXe siècle.

Un premier palais décevant

Les journaux sont plutôt avares de commentaires sur le déroulement du carnaval de Québec de 1883. Mais selon le bilan qu’en fait Le Journal des campagnes en février, il semble que le palais creusé dans le pain de sucre n’ait pas été un succès. Fin janvier, le cône n’était pas complètement formé. La voûte du palais s’était donc résumée à un amas de simples draperies sur un échafaudage de bois. On aurait espéré une voûte entièrement glacée, culminant à plusieurs dizaines de mètres de haut. Reporter l'événement à la mi-mars aurait donné au pain de sucre toutes les chances d’atteindre sa pleine hauteur, déplore le journaliste, qui trouve que ce carnaval improvisé a donné l'impression qu'on voulait imiter Montréal. Mais les organisateurs avaient tenu à se coller au carnaval de la métropole, organisé durant les derniers jours de janvier. Québec mettra 10 ans avant de répéter l’expérience. Mais l’attente en vaudra la peine.

À lire samedi matin : des anecdotes sur les premiers carnavals à Montréal, qui n'ont rien à envier à ceux de Québec

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