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50 ans de Forillon: encore de tristes souvenirs pour les expropriés

Des maisons qui se situaient sur le territoire de Forillon avant l'expropriation de centaines de gaspésiens.

Photo : Radio-Canada / Archives

Martin Toulgoat

Il y a 50 ans, le 11 février 1970, le gouvernement du Québec délimite le territoire qui deviendra le Parc national Forillon. Il cède ainsi aux pressions d'Ottawa qui souhaite créer un premier parc fédéral en sol québécois. Même si aujourd'hui, Forillon est devenu un attrait touristique incontournable en Gaspésie, certains expropriés n'ont toujours pas digéré d'avoir été chassés des terres qu'ils habitaient depuis des générations.

Le Parc national Forillon en hiver

Le Parc national Forillon en hiver

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

Chaque matin, de la fenêtre de son appartement du centre-ville de Gaspé, Fernand Bouchard aperçoit, à l’horizon, le Parc national Forillon.

Ce petit coin de paradis qu’il a été obligé de quitter il y a 50 ans.

À 81 ans, il fait partie des rares expropriés de Forillon qui sont encore vivants.

Fernand Bouchard, exproprié de Forillon

Fernand Bouchard, exproprié de Forillon

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

Moi, je pense que c'est une bêtise, surtout d'avoir expulsé des gens du territoire.

Fernand Bouchard, exproprié de Forillon

50 ans plus tard, il replonge dans ses souvenirs en lisant un extrait d’un article sur le tout nouveau Parc national Forillon, publié en 1970 dans le cahier perspectives du journal Le Soleil.

Cahier perspectives publié par Le Soleil en 1970

Cahier perspectives publié par Le Soleil en 1970

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

On prévoit que le Parc national Forillon attirera plus de 500 000 touristes, cinq ans après son ouverture, écrivait-on. Chiffre encore modeste.

Article sur le Parc national Forillon publié en 1970 dans le cahier perspectives du quotidien Le Soleil

Article sur le Parc national Forillon publié en 1970 dans le cahier perspectives du quotidien Le Soleil

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

Il n’en revient toujours pas de relire ces promesses de politiciens de l’époque qui justifiaient l’expropriation de Gaspésiens.

 « Nous, au départ, quand on a entendu parler de parc fédéral, on croyait que c'était prendre une partie des terres, mais pas les maisons et ces choses-là... on a déchanté vite. »

Pierre Elliott-Trudeau, John Turner, le premier ministre Lester B. Pearson et Jean Chrétien en 1967

Pierre Elliott-Trudeau, John Turner, le premier ministre Lester B. Pearson et Jean Chrétien en 1967

Photo : La Presse canadienne / Chuck Mitchell

Dans les années 1960, le gouvernement fédéral de Pierre Elliott Trudeau faisait pression sur Québec pour créer le premier parc fédéral de la province sur la pointe de Forillon.

Avec un nouveau parc fédéral, on promettait à l'industrie touristique gaspésienne des retombées de 3000 emplois.

Les gouvernements provinciaux qui vont se succéder dans les années 1960 et 1970 vont se sentir acculés au pied du mur, explique l’historien Jean-Marie Thibeault. Tout simplement parce que de façon démagogique, des ministres comme Jean Chrétien vont venir dans la région et vont dire aux Gaspésiens, nous autres, on est prêts à investir hier, ce sont les nationaleux qui ne veulent pas de l'argent du fédéral.

Le 11 février 1970, le conseil des ministres du gouvernement de l'Union nationale vote finalement, en secret, l'arrêté en conseil qui délimite le pourtour du futur Parc Forillon.

À ce moment, il est clair que des familles seront expropriées, mais elles ne le savent pas encore.

Jean-Marie Thibeault, historien

Jean-Marie Thibeault, historien

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

Moi, j'oserais dire que ça s'est fait en catimini, on n'en a pas parlé. On n'a pas ébruité la chose, donc les gens de la Gaspésie au complet et même du Québec n'étaient pas au courant de ce qui allait se produire.

Jean-Marie Thibeault, historien
La pointe de penouille en hiver, dans le Parc national Forillon

La pointe de penouille en hiver, dans le Parc national Forillon

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

225 familles expropriés pour créer le premier parc fédéral québécois

Ce n'est que le 8 juin 1970 que le Parc national Forillon est officiellement créé.

225 familles doivent quitter leur maison et 1800 personnes céderont leur terrain.

Déménager les endettera: la compensation financière est bien en deçà de la valeur pour reconstruire une maison.

On m'a offert 1900 piasses.

Fernand Bouchard, exproprié de Forillon

 

La même année, Parcs Canada expropria grosso modo le même nombre de familles au Nouveau-Brunswick pour créer le Parc national de Kouchibougouac.

Ce fut la dernière fois qu'Ottawa expropria des familles pour créer une aire protégée.

La Maison Blanchette, dans le Parc national Forillon

La Maison Blanchette, dans le Parc national Forillon

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

 Ce qui a été fait pour souligner la présence des familles dans le Parc national Forillon, ç'a été de conserver un certain nombre de bâtiments qui ont été aussi animés, qui ont été mis en valeur et qui nous ont permis de faire connaître aux gens ce qu'était la vie avant que le Parc national soit créé, explique le directeur du Parc national Forillon, Stéphane Marchand.

Accès gratuit à Forillon pour les familles expropriées

Depuis dix ans, les expropriés et leurs descendants ont accès gratuitement au parc, une demande qui traînait depuis plusieurs années.

Aussi, davantage de panneaux explicatifs reviennent sur la présence de ces familles expropriées.

Forillon n'aura peut-être jamais attiré les 500 000 visiteurs prévus à l'époque, mais il demeure, tout de même, avec le rocher Percé, le moteur touristique de la Gaspésie.

 

Le nombre de visiteurs est constamment en hausse depuis quelques années.

Stéphane Marchand, directeur du Parc national Forillon

Stéphane Marchand, directeur du Parc national Forillon

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

Si on regarde par rapport à 2012, en 2019, on a connu une augmentation d'achalandage de 46 pour cent en l'espace de seulement neuf ans, donc ce n'est pas négligeable. Il y a 170 000 visiteurs qui ont franchi nos portes l'année dernière.

Stéphane Marchand, directeur, Parc national Forillon
Des gens profitent du beau temps et de la plage

Plage de Penouille, Parc Forion

Photo : Radio-Canada / Luc Paradis

La direction du Parc a l'intention de fêter en grand son 50e anniversaire avec des activités impliquant les expropriés et les micmacs qui ont occupé ces terres avant la création de l'aire protégée.

Fernand Bouchard, lui, n'a pas mis les pieds à Forillon depuis dix ans et n'a pas l'intention d'y retourner cet été pour souligner le 50e anniversaire du parc.

 

 Le pardon, il est trop tard. Les trois quarts des expropriés sont décédés. 

Fernand Bouchard, exproprié de Forillon

Pour l’historien Jean-Marie Thibeault, un devoir de mémoire s’impose.

Le terme anniversaire a souvent une connotation joyeuse. Mais pour moi c'est beaucoup plus une funéraille, des funérailles. C'est quelque chose qu'il ne faut pas oublier. Ces gens-là, dans bien des cas, ne s'en sont jamais remis. 

Jean-Marie Thibeault, historien

Les activités soulignant le 50e anniversaire de Forillon culmineront cet été.

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