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L'éveil du Blanc privilégié et sa fragilité

Gauche à droite: des images en noir et blanc de l'humoriste Chelsea Handler, Joaquin Phoenix et le journaliste Kevin Sweet.

Le journaliste Kevin Sweet réfléchit sur ce qu'est le privilège blanc.

Photo : Radio-Canada

BILLET - Est-ce que je suis privilégié? Si oui, quels sont les facteurs qui ont contribué à ce que je le sois? À quoi ça tient, un privilège? Comment est-ce que j’utilise cet avantage pour aider ceux qui en ont moins? Ce sont des questions importantes à se poser à une époque où le racisme et les tensions raciales divisent plus que jamais. Pour les Blancs en particulier, s’interroger ainsi sous-tend toutefois de fragiliser des croyances profondément ancrées. Sommes-nous prêts?

En février, on célèbre le Mois de l’histoire des Noirs au Canada. On le souligne un peu partout au pays depuis des décennies, même s’il n’a été officialisé qu’en 1995 par le gouvernement fédéral. Au cours de ce mois, on souligne les accomplissements de la communauté afro-canadienne.

« En 2020, les Blancs gagneraient à en profiter pour réfléchir en parallèle aux avantages dont ils jouissent inconsciemment et, souvent, seulement en raison de la couleur de leur peau. »

— Une citation de  Kevin Sweet

Cette invitation à un tel examen de conscience entre Blancs est d’ailleurs lancée par Carol Anderson, une historienne noire interviewée dans la cadre du documentaire Hello Privilege, it’s me Chelsea, disponible sur Netflix.

Dans le film, l’humoriste américaine Chelsea Handler part à la recherche de réponses pour comprendre ce qu’est le privilège blanc afin de devenir une meilleure alliée pour la communauté noire.

Elle puise à même sa propre expérience pour illustrer les inégalités sociales dont elle a été témoin, mais aussi bénéficiaire.

Elle raconte qu’adolescente, elle a entretenu une relation amoureuse avec un jeune Noir qui vendait de la drogue pour pouvoir soutenir sa famille. À plusieurs reprises, elle et son copain se sont fait pincer par la police pour possession de substances illicites. Chelsea Handler a toujours été relâchée, sans même une tâche à son dossier. Son amoureux, par contre, a écopé d’un casier judiciaire dès la première arrestation. Ultimement, son geste lui a coûté sa bourse athlétique et sa carrière prometteuse de joueur de football. Il s’est retrouvé dans un cercle vicieux dont il n’est jamais parvenu à sortir.

Le jeune homme a fait de la prison pendant presque 15 ans. Chelsea Handler, elle, est devenue riche et célèbre.

Aujourd’hui, elle veut comprendre pourquoi et quelles sont les racines de cette injustice.

Les Blancs doivent se parler entre eux et questionner leur histoire et ses conséquences pour que l’on puisse vraiment arriver au coeur du problème, répond l’historienne Carol Anderson à Chelsea Handler au cours d’un entretien.

En d’autres mots, ce que la professeure veut dire, c’est : arrêtons de demander à la communauté noire de trouver des solutions à des problèmes créés par des Blancs.

Le système qui permet au racisme systémique de se maintenir et de se transmettre est une création des Blancs.

« Ce même système doit maintenant être remis en question et déconstruit par la progéniture de ceux qui l’ont mis en place. Or, la seule façon d’y parvenir, c’est d’en être conscient. »

— Une citation de  Kevin Sweet

Le discours livré par Joaquin Phoenix, lors du gala des Prix BAFTA du 2 février dernier, est un bel exemple de cette prise de conscience à laquelle on assiste actuellement. Il a reconnu qu'être un homme blanc lui a ouvert bien des portes à Hollywood. Un avantage que, selon lui, des acteurs racisés tout aussi talentueux n'ont jamais eu.

C’est à ceux qui ont créé, perpétué et profité d’un système d’oppression de le démonter. C’est à nous de le faire, a plaidé Joaquin Phoenix en acceptant un prix pour son rôle dans Joker.

Les Anglais appellent ça être woke, un qualificatif qu’on pourrait librement traduire par être « éveillé ».

Cela étant dit, le privilège blanc n’est pas un sujet facile à aborder.

Essayer de dialoguer à ce sujet au sein de notre entourage peut rapidement entraîner un malaise. Les Blancs relativisent souvent leurs expériences en se comparant avec d’autres Blancs, alors qu’on vit dans une société multiculturelle.

Un sentiment de culpabilité s’installe vite, aussi.

« Quelle part de blâme pour les erreurs, voire les horreurs, commises par nos ancêtres devons-nous porter? »

— Une citation de  Kevin Sweet

Par ailleurs, le mot privilège est souvent associé à l’argent, alors que la notion même du privilège ratisse bien plus large que cela.

Le privilège, c’est tout le système socio-économique favorisant l’avancement de personnes blanches, et celui des hommes en particulier.

Un des multiples mérites du mouvement #MoiAussi dans le domaine des arts est d’avoir exposé le système patriarcal en place. Ce système a longtemps favorisé l’accès des hommes aux positions de pouvoir, tout en leur permettant d’en abuser par la suite en toute impunité.

« Si les femmes doivent encore se battre pour prendre la juste place qui leur revient afin de se faire entendre et respecter, imaginez à quel point cela doit être difficile pour une femme noire ou autochtone. »

— Une citation de  Kevin Sweet

Un système à double vitesse existe bel et bien.

Contrairement à ce qu’on aimerait nous laisser croire, nous ne naissons pas tous égaux. On ne naît pas tous dans les mêmes conditions familiales, sociales et économiques qui peuvent d’entrée de jeu favoriser l’accès à une éducation universitaire ou... à trois repas par jour.

De plus, le profilage des personnes racisées existe. L’ignorer équivaut à consentir à perpétuer des inégalités.

Est-ce contradictoire, contre-intuitif, voire contre-productif de se centrer sur soi à un moment où l’on devrait regarder et célébrer l’autre? Peut-être.

Mais cette prise de conscience peut aussi être porteuse de solutions favorisant des relations plus justes et égalitaires avec les communautés culturelles, dont la communauté afro-canadienne.

En ce Mois de l’histoire des Noirs, osons examiner le rôle que nos ancêtres ont joué dans cette histoire douloureuse et ses conséquences désastreuses.

Plus encore, penchons-nous sur celui que nous pouvons jouer aujourd’hui pour que l’histoire ne se répète pas.

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