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Procès en destitution : sans surprise, Trump est acquitté

Gros plan du président Trump, qui regarde la caméra en levant le pouce.

Troisième président américain mis en accusation, Donald Trump est aussi devenu le troisième à avoir été acquitté.

Photo : Getty Images / AFP/Saul Loeb

Sophie-Hélène Lebeuf

Au terme d’un procès expéditif, Donald Trump aura obtenu du Sénat l'acquittement qu'il attendait, les élus rejetant les deux chefs d'accusation qui pesaient contre lui : abus de pouvoir et entrave au travail du Congrès. Seul obstacle à une victoire totale, le républicain Mitt Romney a brisé la ligne de parti devant ses collègues restés solidaires du président des États-Unis.

Point final d'une procédure qui aura duré 135 jours, le verdict n’était qu’une formalité. La seule inconnue restait la décision d'une poignée de sénateurs susceptibles de briser les rangs de leur formation.

Le seul coup d'éclat est venu du sénateur de l'Utah Mitt Romney, devenu le premier sénateur de l'histoire américaine à voter en faveur de la destitution d'un président de son propre parti. Dans les heures précédant le vote, le candidat républicain à la présidentielle de 2012 avait affiché ses couleurs, condamnant dans les termes les plus durs la violation la plus abusive et la plus destructrice du serment d'office imaginable.

Pour leur part, Joe Manchin (Virginie-Occidentale), Doug Jones (Alabama) et Kyrsten Sinema (Arizona), des démocrates représentant des États de tradition républicaine qui étaient susceptibles de s'opposer à la destitution du président, ont ultimement serré les rangs derrière leur parti.

Le Sénat a ainsi rejeté le chef d'abus de pouvoir à 52 voix, toutes républicaines, contre 48. Celui d'entrave au travail du Congrès a également été rejeté, cette fois avec l'appui de tous les républicains.

Pour aboutir, la procédure de destitution devait recueillir l'aval des deux tiers des 100 sénateurs, pour au moins un des chefs d'accusation.

Certains des sénateurs ayant acquitté le locataire de la Maison-Blanche, comme Susan Collins, du Maine, se sont dits convaincus que le président avait appris sa leçon.

Dans un communiqué, la porte-parole de la Maison-Blanche, Stephanie Grisham, a pourtant martelé que le président n'était pas coupable.

Le Sénat a rejeté les chefs d'accusation sans fondement, et seuls les adversaires politiques du président – tous les démocrates et un candidat républicain à la présidence déchu – ont voté en faveur des chefs d'accusation inventés de toutes pièces.

Stephanie Grisham, porte-parole de la Maison-Blanche

Sur Twitter, le président Trump a rapidement annoncé une allocution depuis la Maison-Blanche pour jeudi midi afin de parler de la VICTOIRE du pays sur le canular de la procédure de destitution. Ouvertement partisan, son discours sur l'état de l'Union, mardi, ne laissait aucunement présager la contrition et une main tendue.

Son ton tranche déjà avec celui adopté en 1999 par le démocrate Bill Clinton, qui avait lui aussi été acquitté après sa mise en accusation. Se présentant devant les caméras pour faire son mea-culpa, il s'était dit profondément désolé et avait dit souhaiter la réconciliation et le renouveau de l'Amérique.

Les démocrates, qui estimaient que Donald Trump avait compromis la sécurité nationale pour son bénéfice personnel, l'accusaient d'avoir voulu extorquer à son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, la tenue de deux enquêtes favorables à sa réélection, notamment sur le candidat à l'investiture démocrate Joe Biden, en utilisant comme levier une aide militaire de 391 millions de dollars.

Ils lui reprochaient aussi d'avoir bloqué une vingtaine de témoignages et refusé de transmettre aux comités d'enquête de la Chambre des représentants les documents qu'ils réclamaient.

Bénéficiant de la loyauté indéfectible du camp républicain et de ses partisans, Donald Trump ne semble pas sortir égratigné de cette procédure exceptionnelle. À 49 %, son taux d'approbation n'a même jamais été aussi haut, selon un sondage Gallup publié mardi.

Un cas de « conscience »

Mitt Romney, devant un lutrin, au Sénat, la main sur le bas du visage.

Mitt Romney a eu de la difficulté à contenir ses émotions lorsqu'il a expliqué sa décision.

Photo : Service de télévision du Sénat

Avant le vote, Mitt Romney, membre de l'Église mormone, a fait de sa décision une affaire de conscience. Un serment devant Dieu est pour moi extrêmement important, a-t-il expliqué, visiblement ému. Tout au long du procès, les sénateurs ont prêté serment à la Constitution, jurant de rendre une justice impartiale avec l'aide de Dieu.

Les actes du président dans le dossier ukrainien étaient une attaque flagrante contre nos droits électoraux, notre sécurité nationale et nos valeurs fondamentales, a soutenu Mitt Romney.

Corrompre une élection pour se maintenir au pouvoir est peut-être la violation la plus abusive et la plus destructrice du serment que je puisse imaginer.

Mitt Romney, sénateur républicain de l'Utah

Par mon vote, je dirai à mes enfants et à leurs enfants que j'ai accompli mon devoir de mon mieux, avec la conviction que c'est ce que mon pays attendait de moi, a également dit le sénateur républicain, en précisant qu'il avait conscience que le président serait acquitté. Les générations futures d'Américains [...] constateront que je faisais partie des sénateurs qui ont déterminé que le président a mal agi. Considérablement mal agi.

Je suis sûr que le président et ses partisans m'insulteront, a-t-il ajouté, pressentant les critiques et les conséquences de sa décision. Quelqu'un croit-il sérieusement que je consentirais à ces conséquences si je n'avais la conviction inéluctable que c'est ce qu'exige le serment que j'ai pris devant Dieu?

Très vite, Donald Trump fils s'est d'ailleurs tourné vers Twitter pour appeler le Parti républicain à expulser Mitt Romney. Le président y a lui-même publié une vidéo pour se moquer de l'ancien candidat à la présidentielle, battu par Barack Obama.

Le représentant Adam Schiff, qui a agi comme procureur en chef pendant le procès, a pour sa part louangé Mitt Romney, sur Twitter, saluant le seul républicain ayant eu le courage de rendre une justice impartiale [et] de placer son pays avant son parti.

Interrogé par les journalistes après le verdict, le leader de la majorité républicaine du Sénat, Mitch McConnell, a refusé de dire s'il considérait que le président avait agi de façon appropriée. La décision a été prise. En ce qui me concerne, c'est dans le rétroviseur, s'est-il borné à dire. En décembre, M. McConnell s'était attiré les foudres des démocrates en promettant une coordination totale avec les avocats de la Maison-Blanche.

La présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a pour sa part contesté la légitimité du verdict, accusant le camp républicain d'avoir été complice d'une opération de dissimulation. Le Sénat a plutôt choisi d'ignorer les faits, la volonté du peuple américain et son devoir envers la Constitution, a-t-elle déploré.

Des sénateurs dans la mire de leurs opposants

Élu de justesse dans le bastion républicain de l'Alabama il y a deux ans, le démocrate Doug Jones a lui aussi reconnu que son appui à la destitution du président ne serait pas sans conséquence, conscient que sa décision lui coûterait probablement son siège en 2020. Il y aura des gens pour me dire que mon geste est un acte courageux, a-t-il dit. Ce n'est pas le cas. C'est simplement une question de bien et de mal.

Il ne sera vraisemblablement pas le seul élu du Congrès confronté à une contestation.

Accusant les républicains d'avoir trahi leur serment à la Constitution, la candidate démocrate à la présidentielle de 2016 Hillary Clinton a appelé les électeurs à restaurer la démocratie en encourageant le Payback Project. Ce comité d'action politique cible neuf sénateurs républicains, dont Mitch McConnell, Susan Collins et Lindsay Graham, qui feront face au verdict des urnes en novembre 2020.

Ironiquement, le comité d'action politique Lincoln Project, créé par des républicains opposés à Donald Trump, dont George Conway – le mari de la conseillère du président Kellyanne Conway –, a lui aussi averti, à l'issue du verdict, qu'il entendait œuvrer à défaire les républicains qui ont abandonné leur serment d'office en faveur de ce président corrompu.

Un procès sans témoin

John Bolton ajuste ses lunettes.

John Bolton a été le conseiller à la sécurité nationale du président Trump jusqu'à son départ, en septembre dernier.

Photo : Reuters / Joshua Roberts

Menée rapidement par les démocrates, l'enquête en destitution déclenchée en septembre dernier a abouti, trois mois plus tard, à une mise en accusation, ouvrant la voie à un procès qui, lui, n'aura duré que 10 jours.

Pour la première fois lors d'un procès en destitution, le Sénat a décidé de n'entendre aucun témoin, faisant notamment la sourde oreille aux révélations du New York Times sur l'ex-conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche John Bolton, qui se disait prêt à témoigner.

Dans une série d'articles précédant le vote sur la convocation de témoins, le quotidien new-yorkais a rapporté que l'ex-collaborateur du président américain affirmait, dans l'ébauche d'un livre à paraître, que son ancien patron avait bien instrumentalisé l'aide militaire à l'Ukraine dans le but d'obtenir des autorités ukrainiennes des enquêtes qui lui seraient favorables.

Son livre, dont la publication est prévue en mars, pourrait, trop tard, apporter de nouvelles informations, mais il risque d'être au centre d'un bras-de-fer avec la Maison-Blanche. Celle-ci a jugé que le manuscrit contenait des informations classifiées empêchant sa publication telle quelle.

Donald Trump était le troisième président mis en accusation, après Andrew Johnson en 1868 et Bill Clinton en 1998, qui ont eux aussi été acquittés. Richard Nixon a pour sa part démissionné en 1974, avant que la procédure de destitution n'aboutisse.

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