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Coronavirus : des membres de la communauté ouïgoure ont peur pour leurs proches en Chine

Arzu

Arzu s'inquiète pour ses proches en Chine dont elle n'a plus de nouvelles depuis plusieurs années.

Photo : Radio-Canada / Sophie Hautcoeur

Sophie Hautcoeur
Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Elles étaient déjà extrêmement inquiètes pour leurs proches qu’elles croient emprisonnés ou détenus dans des camps en Chine. Tacinisahan Mahmut et Arzu sont aujourd’hui terrifiées par la possibilité que le nouveau coronavirus puisse s’y propager.

Tout comme des professionnels de la santé et des militants, elles demandent que la communauté internationale et le gouvernement canadien exigent de la Chine qu’elle libère les Ouïgours ou au moins qu’elle permette à l’ONU et l’OMS d’évaluer les conditions de vie et l’état de santé des détenus.

Selon l'ONU, plus d’un million de membres de la minorité musulmane ouïgoure sont dans des camps, en Chine.

La docteure Aliya Khan

La docteure Aliya Khan explique qu'avec les conditions sanitaires présumées insalubres dans les camps d'internement en Chine, le coronavirus pourrait se propager très rapidement.

Photo : Radio-Canada / Sophie Hautcoeur

La médecin Aliya Khan du groupe Doctors For Humanity affirme que les mauvaises conditions de vie dans les camps d'internement et d'endoctrinement augmentent le risque de propagation du coronavirus qui a fait au moins 490 morts jusqu'à présent.

« Ils ne peuvent pas se laver les mains, ils n'ont pas accès aux toilettes. Ce sont des conditions inhumaines. »

— Une citation de  Aliya Khan, Doctors For Humanity

Au bord du désespoir

Par peur de représailles, Arzu se présente seulement par son prénom. La mère de trois enfants, originaire de la région du Xinjiang dans l'ouest de la Chine, a quitté son pays avec son mari il y a plus de 19 ans. Après des études en Suède et en Angleterre, le couple a immigré au Canada.

Il y a deux ans et demi, Arzu a perdu tout contact avec sa famille et craint que ses proches ne soient détenus dans les camps.

« Il y a deux ans et demi, j'ai appelé ma mère et elle m'a demandé de ne plus appeler aussi souvent, de ne se parler qu'une fois par mois. La fois suivante, lorsque j'ai appelé, ça n'a pas fonctionné. [...] Lorsque j'ai appelé l'un de mes frères, un Chinois a répondu et je lui ai demandé qui il était. Il m'a demandé qui j'étais et il a raccroché. »

— Une citation de  Arzu

Depuis le début de l'épidémie de coronavirus, la femme ouïgoure ne dort plus et vit dans une peur constante. Je suis complètement désespérée pour ma famille là-bas, dit-elle.

Même ici à Toronto, lorsqu'on entend parler du coronavirus, on s'inquiète, mais pour moi la première chose qui me vient à l'esprit ce sont ces personnes dans les camps [...] Comment peuvent-elles se protéger? Elles vivent dans les pires conditions et n'ont pas la liberté de sortir et n'ont aucun moyen de se protéger contre une telle épidémie.

Des photos des proches de Tacinisahan Mahmut

Des photos des proches de Tacinisahan Mahmut

Photo : Radio-Canada

Tacinisahan Mahmut a elle aussi perdu tout espoir de revoir ses proches. Elle croit que plusieurs membres de sa famille sont en prison ou enfermés dans les camps d'internement.

« Si le coronavirus atteint les camps d'internement, je n'ai aucun espoir de pouvoir revoir ma famille un jour. »

— Une citation de  Tacinisahan Mahmut

Tacinisahan Mahmut raconte que sa sœur et son mari ont été emprisonnés pour avoir pratiqué leur religion, mais qu'elle n'a aucun signe de vie de leur part ni de celle d'autres membres de sa famille depuis des années.

Lorsque j'ai voulu rendre visite à ma sœur en prison en 2016, le gouvernement chinois me l'a refusé parce que j'arrivais de l'étranger, dit-elle dans sa langue maternelle, que traduit Arzu.

Tacinisahan Mahmut (à gauche) et Arzu

Tacinisahan Mahmut (à gauche) et Arzu

Photo : Radio-Canada / Sophie Hautcoeur

Cette dernière n'est d'ailleurs pas retournée en Chine depuis qu'elle a immigré au Canada. Elle se souvient d'un séjour de deux mois en 2005.

Je me sentais comme si quelqu'un me suivait constamment et je ne pouvais même pas prier chez des amis parce qu'ils m'avertissaient que je pouvais être suivie par la police secrète et qu'elle pouvait écouter ce que je disais. [...] Je me souviens que lorsque je suis descendue de l'avion à Londres, je regardais comme ça [ NDLR elle regarde par-dessus son épaule] comme si quelqu'un était toujours derrière moi.

Si elle craint pour la vie de ses proches, Arzu croit qu'il est important de parler pour ceux qui ne peuvent pas le faire en Chine. Si on ne dénonce pas ce qui se passe, qui le fera pour nous, qui entendra notre voix. Est-ce que c'est bien de laisser des millions de personnes mourir ainsi? demande-t-elle, fondant en larmes.

Avec des informations de Myriam Eddahia

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