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Les « cafés mortels » font leur apparition dans la Baie-des-Chaleurs.

Un thé à côté d'une affiche Café mortel Gaspésie.

Cinq « cafés mortels » ont eu lieu depuis l'automne à Maria. Entre 6 et 20 personnes ont pris part à chacune des rencontres destinées à parler de la mort.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Ils ont 30, 40 ou 70 ans. Certains sont endeuillés, d’autres souhaitent apprivoiser la mort, la démystifier. Ils sont de Saint-Godefroi, de Cascapédia-Saint-Jules ou de Pointe-à-la-Croix et ne se connaissent pas. Depuis l’automne, ils se rassemblent une fois par mois, à Maria dans le but de parler de la mort, sans tabou, autour d’un café. Incursion dans un « café mortel » gaspésien.

Une vingtaine de personnes ont pris part, lundi soir, au 5e « café mortel » en Gaspésie. Le concept étonne toujours, même si plus de 10 000 événements du genre ont eu lieu dans 69 pays depuis qu’un sociologue suisse a développé le concept des « cafés mortels » en 2004.

Autour d’une table illuminée par des bougies, les participants ont expliqué tour à tour pourquoi ils étaient présents à la rencontre.

Un homme dont les parents sont vieillissants a dit vouloir « se préparer » à faire face à la mort.

En face, une retraitée a expliqué avoir beaucoup de difficulté à se remettre du suicide de sa fille. Elle est venue pour chercher des solutions et des trucs qui l’aideraient à répondre à une question qui l’assaille depuis le décès de son enfant : Comment vais-je faire pour vivre sans elle?

Une autre a mentionné avoir perdu un ami, sans avoir pu partager son deuil avec quiconque : C’était un moment où je n’avais personne dans ma vie.

Un septuagénaire a confié avoir trouvé des réponses au sujet de la mort de son père dans un rêve.

Des éclats de rire ont ponctué la soirée, à travers quelques sanglots refoulés.

Bien que la mort semble un sujet lourd, les soirées peuvent être légères et pleines d’humour, explique l’initiatrice des cafés mortels gaspésiens, Guylène Lévesque. On souhaite que les gens passent une belle soirée, on ne veut pas qu’ils rentrent à la maison dans un état de tristesse.

Des participants discutent devant un petit buffet.

Des boissons chaudes et de la nourriture sont toujours offertes lors des «cafés mortels». «Ce qui nous différencie des morts, explique Guylène Lévesque, c'est qu'on mange, d'où l'idée de prendre une petite bouchée dans une ambiance informelle et amicale.»

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Mme Lévesque, qui a eu à traverser le deuil de ses parents et d’un fils, raconte avoir pris connaissance des « cafés mortels » à Rivière-du-Loup. Tout de suite, elle a voulu importer l’idée chez elle.

Dans la Baie-des-Chaleurs, il n’y avait pas d’espace pour parler de la mort. De plus en plus, c’est important, on sent le besoin surgir partout, surtout avec l’accompagnement en fin de vie.

Une citation de :Guylène Lévesque, fondatrice de Café mortel Gaspésie

Avec son alliée Rose-Marie Fullum, formatrice en accompagnement de fin de vie et soins palliatifs, Guylène Lévesque a rapidement mis sur pied des cafés mortels dans sa région. Les deux femmes jouent le rôle de modératrices lors de ces rencontres.

Guylène Lévesque et Rose-Marie Fullum photographiées devant l'affiche du Café mortel Gaspésie.

Guylène Lévesque et Rose-Marie Fullum agissent bénévolement comme modératrices lors des cafés mortels. «On n'établit pas les sujets de discussion à l'avance, précise Mme Lévesque. Chaque fois, les sujets "poppent" d'eux-mêmes et ça suscite des questionnements et des discussions.»

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Leur but consiste à s’assurer que les gens qui le souhaitent puissent prendre la parole, sans toutefois imposer les sujets de discussion.

Tu n’es pas obligé de parler, assure Guylène Lévesque. Des fois, les gens viennent juste pour écouter, pour aller chercher quelque chose ou pour apporter un questionnement.

Juste l’échange fait du bien, poursuit Rose-Marie Fullum. Il va arriver qu’on reçoive des personnes en deuil et qu’elles se demandent si c’est normal de penser ou de vivre telles choses. En discutant, elles se rendent compte qu’elles sont tout à fait normales.

Ce n’est pas une thérapie, mais ça peut être thérapeutique. C’est une occasion de discuter de la mort, de la sienne ou de celles des autres, peu importe son âge ou ses croyances.

Une citation de :Guylène Lévesque, fondatrice de Café mortel Gaspésie

Un sujet tabou... mais vivant!

Rose-Marie Fullum qui accompagne régulièrement des personnes en fin de vie, soutient que la mort demeure un sujet difficile à aborder pour la plupart des gens.

On sentait que c’était un tabou, affirme Mme Fullum. Il y a des gens qui ont peur d’en parler. Avec un café mortel, ça suscite les discussions et ça encourage les gens à ne pas avoir peur d’en parler.

Parler de la mort, ça ne fait pas mourir!

Une citation de :Rose-Marie Fullum, modératrice bénévole de Café mortel Gaspésie

Il y a un monsieur, continue Mme Fullum, qui est venu une fois au café mortel et il a dit : "Je suis venu parler de la mort, pour mieux vivre". Je l’avais trouvé très sage. Un autre me disait que pour se convaincre de venir, il devait se répéter que c'était le "Café des mortels" et non le "café mortel".

Une participante qui en était à son 4e café mortel à Maria soutient même que l’expérience contribue à la rendre « un peu plus vivante ».

De parler de la mort, explique-t-elle, fait en sorte qu’on sait que ça va finir un moment donné. La vie elle est là, elle est maintenant. Donc, ça donne plus d’authenticité et d’intensité à la vie.

Le logo de Café mortel Gaspésie

Bien que récent en Gaspésie, le concept des «cafés mortels» est présent aux quatre coins du globe.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Des « cafés mortels » bientôt mobiles

Le but initial de Guylène Lévesque était d’organiser six « cafés mortels » dans un endroit fixe, pour faire connaître le concept sans que les participants aient besoin de réserver.

Le dernier de la série se tiendra le 2 mars, à 19 h, au Centre d’action bénévole de Maria.

Par la suite, la fondatrice de Café mortel Gaspésie entend proposer des soirées dans de véritables cafés ou restaurants, comme le veut le concept initial des « cafés mortels ».

On sera mobile, explique Mme Lévesque. On va aller vers où les gens en auront besoin. On avait pensé aller dans de petits cafés à Matapédia, New Carlisle ou New Richmond.

À partir du mois d'avril, les participants qui souhaitent prendre part à un « café mortel » devront s’inscrire préalablement.

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