•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Analyse

Créer de la richesse : l’obsession de François Legault

François Legault lors d'une conférence de presse.

Le premier ministre François Legault a affirmé qu'Investissement Québec aura pour mandat de contribuer à « créer de la richesse ».

Photo : Radio-Canada

Pour améliorer la productivité des entreprises, stimuler l’entrepreneuriat et la croissance de nouvelles pousses, pour créer de nouveaux champions ou fleurons de l’économie, il faut prendre des risques. C’est essentiel, c’est à la base même de l’innovation. Et c’est exactement ce que veut faire François Legault avec la nouvelle impulsion qu’il donne à Investissement Québec. Mais qui dit risque dit danger d’échec, de pertes et d’erreurs.

En regroupant les activités du ministère de l’Économie, du Centre de recherche industrielle et d’Export Québec sous l’autorité d’Investissement Québec, le gouvernement veut réduire les difficultés que peuvent rencontrer les entreprises et investisseurs dans leur projet de modernisation, de développement et de croissance. 

Au lieu de laisser les entreprises et les entrepreneurs se démerder à essayer de faire avancer leur dossier à 5-6 endroits, c’est Guy qui va être en charge de ça! a déclaré le premier ministre du Québec lundi en conférence de presse, ravi de participer à cette annonce. 

Guy, c’est Guy LeBlanc, PDG d’Investissement Québec. Il a la lourde tâche, dès maintenant, de faire augmenter et accélérer le produit intérieur brut (PIB) par habitant du Québec et de réduire l’écart de richesse avec l’Ontario.

16 % d’écart avec l’Ontario

La richesse, c’est l’obsession du premier ministre. C’est au cœur de son engagement politique et de la création de la Coalition Avenir Québec en 2011. François Legault affirme que la richesse du Québec est 16 % plus faible qu’en Ontario. Et, pour lui, c’est inacceptable. Il a répété, lundi, que le Québec était au 56e ou 57e rang parmi les États et provinces d’Amérique du Nord en ce qui a trait au PIB par habitant. Il veut changer complètement cette situation. 

Et c’est donc Guy LeBlanc qui a reçu le mandat de stimuler cette création de richesse dans les régions du Québec, d’augmenter les exportations pour réduire le déficit commercial de la province et d’attirer de nouveaux investissements étrangers. Investissement Québec a obtenu du gouvernement des fonds supplémentaires pour atteindre ces objectifs, pour prendre également plus de risque a confirmé Guy LeBlanc à RDI économie lundi soir. 

Dans la chaîne des capitaux, a dit le PDG d’Investissement Québec, on nous a donné un positionnement très clair de palier aux carences. Ça veut dire que l’institution va investir davantage dans des entreprises en démarrage ou qui ont besoin de capital de croissance.

Les banques, la Caisse de dépôt et placement du Québec et le Fonds de solidarité FTQ ne sont pas nécessairement les bonnes institutions pour s’engager financièrement à ce stade de développement des entreprises. Investissement Québec aura le rôle d’intervenir plus activement en cette matière, à des étapes plus risquées.

Plus de risque, plus de pertes?

Le gouvernement, avec Investissement Québec, possède un outil et un levier exceptionnel pour faire grandir des entreprises innovantes et stimuler son économie. Mais il faut bien comprendre ici que les risques de pertes financières seront plus grands. Et c’est normal. Si vous souhaitez créer de la richesse, stimuler l’entrepreneuriat, améliorer la productivité des entreprises avec des outils d’automatisation, vous devez prendre des risques plus élevés.

Et si on adhère à ce projet de créer plus de richesse et de réduire les écarts avec les voisins, on ne peut pas trop s’émouvoir des insuccès récents d’entreprises comme Nemaska, Stornoway ou Orbite. Certes, il faut poser des questions à Investissement Québec, à la Caisse de dépôt ou à la direction des entreprises. C’est normal. Il faut être capable de mesurer les effets réels des choix d’investissements publics du gouvernement du Québec.

Mais avec la philosophie d’une prise de risque plus grande, il est clair que d’autres projets semblables auront des difficultés dans le futur, qu’Investissement Québec perdra de l’argent et en gagnera sur d’autres projets. François Legault a bien imagé la chose lundi en disant qu’un projet de Guy LeBlanc qui coûte 1 dollar, mais qui rapporte 1 dollar 50 au ministre des Finances Eric Girard, c’est un projet qui vaut la peine!

Mais jusqu’à quel point doit-on prendre des risques? Notre mandat n’est pas de ramasser les canards boiteux et d’essayer de les garder sous respirateur artificiel, a dit Guy LeBlanc sur nos ondes. Ça prend un plan de match, a-t-il ajouté, ça prend une bonne équipe de direction. Et on y va même si le marché est hésitant.

François Legault, qui a beaucoup appris de Bernard Landry, s’entoure d’ailleurs de gens qui ont travaillé avec l’ancien ministre des Finances et ancien premier ministre du Québec. D’abord, Jean Saint-Gelais, ancien secrétaire général et greffier du Conseil privé sous les gouvernements Landry et Marois, a été nommé au poste de président du conseil d’Investissement Québec à la place de l’ex-PDG de Desjardins Monique Leroux, qui avait été nommée en 2016 par le gouvernement Couillard. 

Et puis, l’an dernier, Québec a nommé Hubert Bolduc au poste de président d’Investissement Québec International. Hubert Bolduc a été l’attaché de presse de Bernard Landry lorsqu’il était premier ministre et secrétaire général associé à la communication gouvernementale au ministère du Conseil exécutif sous le gouvernement Marois. 

Créer de la richesse pour faire quoi? 

Maintenant, si le premier ministre met en œuvre, avec la nouvelle mission d’Investissement Québec, sa vision du développement économique du Québec, on peut se demander comment et pourquoi il entend le faire. 

En prenant la parole lundi, le premier ministre a souligné avec fierté que le Québec est l’un des endroits les moins émetteurs de gaz à effet de serre par habitant. Nous produisons 9,5 tonnes d’équivalent CO2 par habitant, le niveau le plus faible au Canada et parmi les plus bas d’Amérique du Nord avec l’État de New York. 

C’est très bien. Mais, devant le défi climatique, le Québec ne peut pas s’asseoir sur ses mains, se contenter d’affirmer sa bonne position et rater ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Et, dans ces circonstances, il faut se demander si l’engagement du premier ministre en faveur d’une plus forte création de richesse et d’une hausse du PIB va s’accompagner d’un engagement aussi vigoureux en faveur de l’atteinte des objectifs de réduction de gaz à effet de serre que le Québec s’est fixés pour 2020 d’abord, puis pour 2030.

Et il faut se demander aussi si la création de richesse s’accompagnera également d’une augmentation de la qualité de vie des Québécois, de services publics plus efficaces, en santé et en éducation principalement, et d’une réduction des inégalités. Dans ces domaines, le Québec se démarque et il doit continuer de le faire. 

François Legault a dit qu’il aimerait trouver 10 milliards en richesse supplémentaires pour arrêter de recevoir de la péréquation. Très bien. Mais 10 milliards de richesse pour faire quoi? Pour générer des surplus de 6 à 8 milliards par année, pour réduire les impôts, pour investir dans des services publics plus efficaces?

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !