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Campus anglais à Montréal : Québec réclame des changements au Cégep de la Gaspésie

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L'entrée du campus à côté de celle de la station de métro Henri-Bourassa.

Aucune enseigne n'indique la présence du campus montréalais du Cégep de Gaspé et des Îles au 577 boulevard Henri-Bourassa.

Photo : Radio-Canada / Diana Gonzalez

Québec a entendu les voix qui s’élevaient contre l'antenne montréalaise du Cégep de la Gaspésie et des Îles et a demandé à ce dernier que des ajustements soient apportés « pour la prochaine session ». La présence dans la métropole de ce campus, qui ne s’adresse qu'en anglais aux étudiants internationaux, n'est pourtant pas nouvelle.

Pour le moment, la section du site web du cégep qui s'adresse aux étudiants internationaux n’est proposée qu’en anglais. L'établissement collégial y souhaite bienvenue au Canada aux étudiants, sans mentionner que le Québec est francophone.

C'est ce qu'a déploré mardi le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, en mentionnant que rien n'empêche toutefois un établissement d'enseignement supérieur d'ouvrir des campus en différents endroits.

Ce qui me dérange, ce n’est pas le nombre de kilomètres entre la Gaspésie et Montréal. C’est l’information qu’ils donnent pour recruter des étudiants et c’est le fait que ce soit exclusivement en anglais. Et on va s’attaquer à ces deux choses-là.

Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur

Je pense que le site internet doit à tout le moins être bilingue et doit informer les gens qu’ils s’en viennent vivre dans un État francophone, a-t-il estimé en mêlée de presse à Québec. C’est une correction qu’on a demandée et qui sera apportée.

M. Roberge a également dit souhaiter qu’il y ait des cours de français dans chaque parcours. Il a convenu que l’établissement est bilingue et que le fait que des cours y soient donnés en anglais n’est pas nouveau. Mais là, j’ai un problème à ce que ce soit exclusivement en anglais.

On va intervenir parce que c’est quand même choquant, a-t-il affirmé.

Le ministre considère que c'est à cause des compressions budgétaires qu'ont réalisées les précédents gouvernements, du Parti québécois comme du Parti libéral, que certains établissements d'enseignement ont voulu faire preuve d'ingéniosité pour aller chercher des sous supplémentaires. On dirait que toutes les semaines, on trouve des vices cachés dans la gouvernance libérale. Ça a été approuvé en 2015, a-t-il souligné.

Plan rapproché du ministre Roberge.

Le ministre Jean-François Roberge regrette que l'établissement ne s'adresse qu'en anglais aux étudiants de l'étranger.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Rousselle

Dans ce dossier, les partis représentés à l’Assemblée nationale étaient unanimes, mardi.

Le rôle des cégeps, surtout des cégeps francophones, ce n’est pas d’être un guichet automatique pour donner des diplômes fast track aux étudiants étrangers, a déclaré Gabriel Nadeau-Dubois, de Québec solidaire.

Une initiative comme celle du Cégep de la Gaspésie et des Îles ne fait clairement pas avancer le français, a pour sa part affirmé la libérale Marwah Rizqy.

Il faut leur donner une immersion dans un monde francophone, dans un Québec francophone, lorsqu'ils viennent. Il faut qu’ils soient en contact avec le français, c’est important, a dit Pascal Bérubé, du Parti québécois.

Une occasion saisie

Le cégep s'est défendu d’avoir fait quoi que ce soit de mal et a argué avoir simplement trouvé le moyen de faire augmenter – de manière fulgurante – son nombre d’inscriptions.

Si ce n’était pas le Cégep de la Gaspésie et des Îles qui avait saisi cette opportunité, ça aurait été un autre cégep de l’île de Montréal. On a été tout simplement un peu plus rapide.

Sylvain Vachon, porte-parole du Cégep de la Gaspésie et des Îles

Et on peut dire que l'opération a été un succès : non seulement le campus en question s’autofinance, mais il dégage des profits, a précisé le ministre Roberge.

L’Aut’journal, une publication indépendantiste, a mis les projecteurs sur la situation il y a quelques jours, en rapportant qu’il y avait en 2018-2019 près de 1600 étudiants internationaux inscrits au Cégep de la Gaspésie et des Îles, un chiffre qui équivaut à plus de 10 % de la population de la ville de Gaspé. L’année précédente, il y en avait moins de 300.

Et cette année, ils sont un peu plus de 1800 étrangers sur un total de 2200 étudiants.

Cette progression est attribuable à l’ouverture en 2015 d’une antenne anglophone du cégep dans le quartier Ahuntsic, dans le nord de la métropole. Celle-ci, qui propose neuf programmes d’attestation d’études collégiales, compte deux fois plus d’élèves inscrits que les quatre autres campus de l’établissement mis ensemble.

L’offensive du Cégep de la Gaspésie et des Îles vise les étudiants internationaux, en particulier ceux de Chine et d’Inde, pays où il a même ouvert un bureau de recrutement. Le porte-parole du cégep a signalé en entrevue qu’il n’a pas pour autant diminué son offre en français.

On n’a pas troqué ça contre notre mission d’offrir de la formation en français. Ce n’est pas un en échange de l’autre. Pas du tout. Le cégep continue d'offrir des formations en français dans tous ses autres campus.

Sylvain Vachon, porte-parole du Cégep de la Gaspésie et des Îles

Si aucun cours n’est donné en français dans la succursale montréalaise du cégep, M. Vachon a assuré que cela va bientôt changer, car l'établissement compte recruter des élèves dans des pays où une partie de la population parle français, notamment en Amérique du Sud et en Asie.

La loi 101 invoquée

Maxime Laporte, en entrevue.

Le président du Mouvement Québec français, Maxime Laporte, s'insurge.

Photo : Radio-Canada

Le Mouvement Québec français (MQF) a apostrophé Jean-François Roberge au sujet du Cégep de la Gaspésie et des Îles, mardi matin.

En voulant bonifier et normaliser l’offre de programmes "bilingues" ou en anglais au collégial francophone, le ministre Roberge se trouve à renier la promesse faite par son propre gouvernement de veiller au renforcement du statut du français, langue commune, a déploré Maxime Laporte, président du MQF, dans un communiqué.

Le ministère de l’Éducation abandonne toute prétention de faire du français la langue d’intégration des étudiants internationaux, a-t-il aussi dit en entrevue.

Que des cégeps régionaux se voient autorisés à mettre en place des antennes anglophones à Montréal pour y accueillir des étudiants étrangers, c’est d’une absurdité sans nom.

Maxime Laporte, président du Mouvement Québec français

Jugeant parfaitement inacceptable que nos impôts servent à angliciser davantage l’espace public à travers nos propres institutions publiques, M. Laporte a réclamé du gouvernement Legault qu’il applique la loi 101 au cégep.

Avec des informations de Diana Gonzalez

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