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L'appui à « Je crois en ma région » par Saguenay adopté à onze contre trois

Des citoyens rassemblés devant l'hôtel de ville.

Des citoyens contre le projet de GNL Québec ont répondu à l'appel de la Coalition Fjord en se rassemblant devant l'hôtel de ville.

Photo : Radio-Canada

Mélyssa Gagnon

Les membres du conseil de Saguenay ont adopté lundi soir, sur fond de débat, la résolution d’appui au mouvement « Je crois en ma région ».

La majorité des élus a voté pour la résolution d’appui, mais les conseillers Julie Dufour, Simon-Olivier Côté et Jimmy Bouchard ont voté contre. Le Jonquiérois Kevin Armstrong était absent de la séance.

Je crois profondément en ma région. Par contre, le conseil de ville a voté en faveur des grands projets, avec certaines conditions de développement durable. Je ne vois pas l’importance à ce stade-ci d’appuyer un mouvement plus qu’un autre. Il y a des groupes citoyens qui posent des questions et demandent des réponses. Ils n’ont pas beaucoup de suites, a indiqué Simon-Olivier Côté, sous un tollé d’applaudissements.

Le conseiller demande l’aide de la fonction publique pour monter un groupe de consultation qui permettra de donner des informations aux citoyens au sujet des responsabilités de la Ville face aux grands projets.

J’espère que nous pourrons arrêter de polariser le débat. Ce serait le "fun" qu’on travaille ensemble pour rendre notre région attrayante. Il faut trouver le moyen de travailler ensemble pour dégager une image positive pour la région, pour la ville, a-t-il mentionné.

On a l’air d’une gang qui se bat et se chicane pour des niaiseries. Personne ne se parle. C’est un inconfort majeur que j’ai.

Simon-Olivier Côté, conseiller municipal

Marc Pettersen, qui dit « croire en sa région », a soumis une contre proposition de résolution. Il a suggéré de voter en faveur d’un appui au mouvement, à condition que la Ville cesse de payer le salaire (de 35 000 $) de sa porte-parole, Karine Trudel.

Si la madame veut travailler pour sa région, qu’elle le fasse de façon bénévole, a-t-il dit, au sujet de son ancienne adversaire politique aux élections fédérales de 2015.

Julie Dufour a parlé d’un malaise.

Je pense qu’il y a de la maladresse dans tout ça. Je pense que c’est plus le mouvement qui aurait dû venir nous déposer les signatures. En tant qu’élue, je pense que je me dois d’écouter tout le monde. Je pense qu’aujourd’hui, il serait plus sage d’écouter plutôt que de promouvoir, a déclaré la conseillère du district #2.

Le nouveau venu Jimmy Bouchard, qui représente le district #1, a lui aussi fait part du sentiment qui l’anime de conserver un certain devoir de réserve à l’égard du mouvement.

Une manifestation avant la séance

La Coalition Fjord, opposée aux grands projets à Saguenay, s’est à nouveau fait voir et entendre lors de l’assemblée mensuelle du conseil de ville. Une centaine de personnes ont répondu à l’invitation lancée par le groupe, qui a demandé à la population de se mobiliser.

Des citoyens manifestent devant l'hôtel de ville de Saguenay.

Une centaine de manifestants étaient devant l'hôtel de ville avant la séance.

Photo : Radio-Canada

Vertement contre le projet Énergie Saguenay, lequel vise notamment l’implantation d’une usine de liquéfaction de gaz naturel par l’entreprise GNL Québec au port de Grande-Anse, à La Baie, les membres du groupe ont d’abord tenu une manifestation devant l’hôtel de ville.

Ils ont ensuite assisté à l’assemblée publique pour exprimer leur désaccord avec l’adoption, par les membres du conseil, d’un projet de résolution d’appui au mouvement « Je crois en ma région ». La campagne de soutien aux grands projets, incluant ceux de Métaux BlackRock et Arianne Phosphate, est dirigée par l’ex-députée néodémocrate de Jonquière, Karine Trudel.

Nous croyons en notre région, mais pas de la même façon que vous. Le propriétaire a 2,4 milliards de dollars. Nous ne croyons pas que GNL a besoin d’argent public pour concrétiser son projet.

Adrien Guibert-Barthez, porte-parole de la Coalition Fjord

La coalition soutient que le promoteur américain d’Énergie Saguenay utilise ses lobbyistes pour exercer une pression sur les conseillers municipaux de Saguenay, de la MRC du Fjord-du-Saguenay et des gouvernements provincial et fédéral.

Des conseillers assis à une table.

Les conseillers ne sont plus assis par arrondissement désormais lors des séances du conseil de Saguenay.

Photo : Radio-Canada / Mélyssa Gagnon

Promotion Saguenay

La Coalition Fjord entendait profiter de la séance du conseil pour lever le voile sur un diagramme qui révèle, selon elle, des « ramifications inquiétantes entre élus et acteurs économiques ». Ils l'ont dévoilé par communiqué publié sur leur compte Twitter vers 19 h.

Le porte-parole du groupe, Adrien Guibert-Barthez, croit que ces liens « tentaculaires » présentent un danger pour la démocratie. Il a pris la parole en ouverture de séance, étant ensuite chaudement applaudi.

Adrien Guibert-Barthez et ses confrères dénoncent le fait que Promotion Saguenay, l’organisme de développement économique de la Ville où siègent la mairesse Néron et son bras droit, Michel Potvin, finance les activités du mouvement « Je crois en ma région ».

Des organismes parapublics comme Promotion Saguenay, Port Saguenay, la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-le-Fjord sont parties prenantes d’une opération de relations publiques gênante et antidémocratique en appui au promoteur. Cela nuit à la tenue d’une réflexion éclairée sur les impacts écologiques, économiques, fiscaux et sanitaires du projet Gazoduq/GNL, a affirmé Adrien Guibert-Bhartez, plus tôt en journée.

Un graphique.

La Coalition Fjord a dénoncé via ce graphique les liens entre divers organismes, Saguenay et les projets GNL Québec et Gazoduq.

Photo : Courtoisie : Coalition Fjord

Cette façon de faire, estime-t-il, fait en sorte que l’argumentaire du promoteur est repris par des acteurs politiques et socio-économiques régionaux, ce qui remet en question la neutralité des élus.

Outre l’implication de Josée Néron et Michel Potvin à Promotion Saguenay, le groupe s’interroge aussi sur le rôle de l’ex-député péquiste Stéphane Bédard, président de Port Saguenay, qui agit aussi comme consultant auprès de la mairesse. Enfin, la Coalition Fjord note que le directeur de Port Saguenay, Carl Laberge, préside la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-Le Fjord, favorable au projet.

Mécontentement 

L’appui qu’entend accorder le conseil de ville de Saguenay au mouvement « Je crois en ma région » a soulevé la colère de nombreux citoyens.

Plusieurs d’entre eux se sont présentés au micro avant même l’ouverture officielle de l’assemblée pour dénoncer les grands projets et remettre en question l’existence même du mouvement, qui reçoit un soutien financier de Promotion Saguenay.

Dominique Desmeules a comparé le groupe à « une sous équipe de publicité des grandes industries ».

Ce n’est plus juste la science, c’est les jeunes qui veulent parler et qui disent qu’il faut arrêter d’utiliser les énergies fossiles, a-t-elle fait valoir, avant d’être applaudie par la foule.

Mélanie Boucher, qui était autrefois à la tête de l’Association des contribuables de Saguenay, a indiqué qu’elle avait l’intention de demander combien d’argent a été versé au mouvement, un organisme qui, a-t-elle fait valoir, n’existe pas puisqu’il n’est pas dûment enregistré.

Faites les choses dans les règles. Ça ne peut pas fonctionner. C’est inacceptable pour les contribuables.

Mélanie Boucher

Josée Néron a réitéré que le mouvement n’est pas un appui aux grands projets en soi, mais plutôt une façon de lancer le message que la Ville est ouverte à accueillir de nouvelles entreprises.

On veut lancer un message clair aux gens qui veulent faire du développement économique que c’est intéressant de venir s’installer chez nous, a répété la mairesse Josée Néron. Elle a été huée à quelques reprises par les manifestants présents dans la salle. 

La période de questions

Lors de la période de questions au terme de la séance, la question de l’appui à « Je crois en ma région » a à nouveau monopolisé les échanges. Le politologue et professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Michel Roche, a déclaré qu’il a l’impression que ses taxes et celles des contribuables de Saguenay vont servir à appuyer une organisation qui vise à appuyer les gros projets.

Il a opiné que l’appui des élus constitue un accroc majeur à la démocratie.

Il y a une distinction entre dictature et démocratie. Pour la dictature, c’est "ta gueule", dans la démocratie, c’est "cause toujours". Nous sommes passés du "ta gueule" au "cause toujours", a-t-il martelé.

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Saguenay–Lac-St-Jean

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