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Elle dénonce un vide juridique après que ses photos intimes se sont retrouvées aux É.-U.

Les photos d’Alexandra Gauvin se sont retrouvées sur une application américaine.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
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Alexandra décide de porter plainte à la GRC, mais après plusieurs mois, le dossier est fermé.

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

Radio-Canada

Une Néo-Brunswickoise dénonce le partage non consensuel de photos intimes et appelle à des changements législatifs afin de mieux protéger les victimes.

Alexandra Gauvin reçoit un message sur Instagram d’un inconnu de l’Alabama aux États-Unis, le 20 août 2019.

Ce dernier dit avoir en sa possession des photos intimes d’elle. Alexandra est dubitative.

Je pensais que c'était un spam, ça arrive souvent sur Instagram, relate-t-elle.

Mais l’internaute détient des renseignements personnels sur son apparence physique.

Il m'a dit que mes tattoos étaient les mêmes tatouages que sur les photos qu'il avait reçues.

Portrait d'Alexandra Gauvin.

Alexandra Gauvin lève le voile sur son histoire pour sensibiliser la population.

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

Ces photos intimes, elle ne les avait partagées qu’avec une seule personne… Une ancienne fréquentation.

Elle apprend de l'inconnu que ces mêmes photos ont été transmises sans son consentement sur une application américaine.

Je me sentais vraiment comme si je m'étais fait violer dans mon intimité. Ce sont des photos qui n'auraient jamais dû voir le jour et qui auraient dû rester entre moi et mon partenaire. C'était juste un choc.

Alexandra Gauvin, victime présumée de cyberintimidation

Il lui envoie une dizaine de photos d'elle.

J'ai vu le message et je ne pouvais pas croire que c'était moi. Ça m'a vraiment choquée. Puis après, j'ai eu toutes sortes de sentiments. J'ai eu de la rage, de la peine. Je ne pouvais pas [y] croire, j'étais dans le déni un peu aussi. C'était un ouragan d'émotions, lance-t-elle.

Un dossier rapidement fermé

Alexandra décide de porter plainte à la Gendarmerie royale du Canada (GRC), mais après plusieurs mois, le dossier est fermé.

L'application n'était pas canadienne. Ça prenait tout le temps des mandats. Puis ils [les policiers] frappaient toujours un mur.

Alexandra Gauvin, victime présumée de cyberintimidation

Des juristes consultés par les forces de l’ordre soutiennent qu’il est difficile de prouver que les photos qui ont été transmises l’ont été de manière délibérée.

Des procureurs ont dit que, de toute façon, c'était assez simple pour l'accusé de dire que son téléphone s'était fait hacké, comme si ce n'était pas lui qui avait envoyé les photos, déplore la jeune femme.

Un système juridique surchargé

La possibilité d'obtenir ou non une condamnation ainsi que la gravité de l'acte entrent en ligne de compte dans la décision de la GRC de poursuivre ou non le dossier, explique Marie-Andrée Pelland, professeure de criminologie à l'Université de Moncton.

Si on questionne la possibilité d'obtenir une condamnation, on ne mettra pas les efforts pour ne pas surcharger le processus judiciaire.

Marie-Andrée Pelland, professeure de criminologie à l'Université de Moncton

Dans tous les cas, une victimisation pour la victime, la situation est toujours grave et il y a des répercussions. Mais d'un point de vue policier, on se réfère au Code criminel canadien. Et parfois, ça peut restreindre l'énergie qu'on va consacrer à la situation, ajoute-t-elle.

Quels sont les recours d'une victime?

La criminologue Marie-Andrée Pelland indique qu'il existe différents recours pour une victime de partage de photos intimes sans consentement.

  • Porter plainte à la police;
  • Demander à la personne qui a transmis les photos, si elle connaît son identité, de ne plus communiquer les images;
  • Écrire au site sur lequel apparaissent les photos pour lui demander que les photos soient retirées.

 

Des sites comme Facebook ou Instagram le font plus facilement que d'autres, précise Mme Pelland.

Une application américaine

Il est d’ailleurs d’autant plus difficile de mettre la main sur un coupable lorsque les photos voyagent du Canada vers une application américaine, explique Mme Pelland.

Marie-Andrée Pelland, professeure en criminologie à l'Université de Moncton

Marie-Andrée Pelland, professeure en criminologie à l'Université de Moncton, met en lumière les limites juridiques des crimes commis à l'ère d'Internet où les crimes sont dématérialisés.

Photo : Radio-Canada / Guy R. Leblanc

Dans chaque État américain, il y a une procédure distinctive qui peut complexifier la négociation entre le serveur américain et les policiers canadiens.

D'ailleurs, une fois les photos partagées, il devient presque impossible de retracer leur emplacement et de les supprimer.

On est dans une époque ou effacer ses traces en ligne, c'est extrêmement difficile.

Éric Hervet, directeur du Département d’informatique à l’Université de Moncton

Le principal problème, c'est si les gens ont commencé à les télécharger et à les partager eux-mêmes. Là, c'est extrêmement difficile, explique l'informaticien.

Portrait d'Éric Hervet, directeur du Département d’informatique à l’Université de Moncton.

Éric Hervet, directeur du Département d’informatique à l’Université de Moncton, soutient qu'il est difficile de retracer l'emplacement d'une photo une fois qu'elle a été téléchargée par son destinataire.

Photo : Radio-Canada / Guy R. Leblanc

Un acte social inacceptable

Selon le Code criminel, quiconque publie, distribue, transmet, vend ou rend accessible une image intime d’une personne sans consentement est coupable d’un acte criminel passible d’un emprisonnement ou d’une infraction punissable.

Alexandra Gauvin lève le voile sur son histoire pour sensibiliser la population, mais aussi pour demander un cadre législatif mieux adapté aux réseaux sociaux en constante évolution.

La professeure en criminologie croit qu'une mobilisation sociale doit avoir lieu pour que des changements à la loi soient apportés.

C'est un acte social inacceptable. Donc, plus on reconnaît ce fait socialement, plus les gens qui vont le faire vont ressentir l'oppression sociale. Et s'il y a une réaction sociale importante qui se dessine, les lois vont suivre, soutient-elle.

Avec les informations de Wildinette Paul

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