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Pourquoi des seringues souillent-elles encore le centre-ville de Moncton?

Un toxicomane manipule une seringue.

Le site de Santé Canada indique qu’aucune demande pour un site d’injection supervisé auprès du gouvernement fédéral n’est en cours en Atlantique.

Photo : Getty Images / Spencer Platt

L’enjeu a été disséqué, étalé, décortiqué. Malgré cet exercice, la conclusion reste la même : des seringues parsèment les rues du Grand Moncton.

Il y a quelques jours, Richard Hyslop, fondateur de Needle dog Moncton, a annoncé sur sa page Facebook qu’il tirait sa révérence. Richard cessera ses activités quotidiennes de nettoyage des rues du centre-ville de Moncton, de ses parcs et terrains de jeux.

Je n’ai plus la force ni l’argent pour continuer. Je ne me qualifie pas pour du financement. Je suis dans une zone grise, explique Richard Hyslop, d’un ton hargneux ne cachant guère sa frustration.

Richard Hypslop tient un bac contenant des seringues.

Richard Hypslop se promène avec ses cinq chiens à tous les jours à la recherche de seringues à Moncton.

Photo : Radio-Canada / Marielle Guimond

Dans la cour arrière de son immeuble à logements du centre-ville, des sacs de poubelle empilés et des déchets jonchent le sol. Il y a également de la nourriture pour chien qui traîne.

Richard semble épuisé. Il se dit fatigué de se battre pour une cause, que selon lui, d'autres ne prennent pas assez au sérieux.

Pendant près d’une décennie, l’homme aux multiples chiens explore les rues en leur compagnie à la recherche de seringues souillées afin de les retirer des espaces publics.

Durant ces années, et même encore aujourd’hui, plusieurs ont discrédité son travail et mis en doute sa contribution.

L’année passée, on a récupéré 25 000 aiguilles. Cette année, ce sont 45 000 aiguilles.

Richard Hyslop

S’il est difficile de prouver la véracité de ces chiffres, il n’en demeure pas moins qu’il a passé plusieurs années à réduire, à sa manière, un problème auquel est confronté le Grand Moncton, soit celui des seringues souillées.

Richard Hyslop ouvre un bac contenant des seringues.

Richard Hyslop

Photo : Radio-Canada / Marielle Guimond

Les boîtes de dépôt

Il existe pourtant des points de dépôts pour ces seringues utilisées. Dans la région du Grand Moncton, un peu moins d’une dizaine de boîtes de dépôts pour seringues souillées sont mises à la disposition des consommateurs.

Plusieurs sont notamment situées dans le centre-ville, lieu où se concentre le problème.

Si l'enjeu persiste année après année, certains croient que l'emplacement de ces boîtes pourrait être en cause.

D’après Véronique Chadillon-Farinacci, professeur adjointe au département de sociologie et criminologie de l’Université de Moncton, l'emplacement doit être stratégique. Sans cela, elles ne servent tout simplement à rien.

Est-ce que ces boîtes-là sont bien situées? Est-ce que les consommateurs sont au courant de chacune de ces boîtes-là? Est-ce que ces boîtes-là sont disposées de façon discrète? Est-ce que quelqu'un qui va déposer son matériel va facilement être identifié par le voisinage, donc être stigmatisé?

Véronique Chadillon-Farinacci

Véronique Chadillon-Farinacci est professeur adjointe au département de sociologie et criminologie à l'Université de Moncton.

Photo : Radio-Canada / Marielle Guimond

Des questions que la chercheure se pose et auxquelles il est nécessaire, selon elle, de répondre si l’on veut réellement mettre en place une solution durable.

Une réflexion que partage d’ailleurs Denise Ouellette. La mère de famille est aussi bénévole auprès de Needle Awareness. Soirs et fins de semaine, elle répond aux appels des citoyens et va récupérer des seringues souillées abandonnées.

Denise Ouellette

Denise Ouellette est bénévole auprès de l'organisme Needle Awareness de Moncton.

Photo : Radio-Canada / Marielle Guimond

En août dernier, une entente a été signée entre la Ville et l’organisme. Depuis, ce sont les bénévoles de l’organisme qui sont chargés de cette tâche.

Il n'y a pas assez de boîtes, c'est sûr. Si tu as consommé de la drogue, même si la boîte est à côté, tu ne vas peut-être pas l'utiliser parce que t'es déjà sous l'effet de la drogue, avance la bénévole.

Trop de seringues?

Dans la région, il n’y a qu’un seul centre de distribution de seringues et matériel de consommation de drogues. Il s’agit de l’organisme Ensemble Grand Moncton, situé à quelques pas du centre-ville.

La directrice générale Debby Warren soutient que 900 consommateurs y sont venus se procurer des seringues en 2019 et que la demande augmente sans cesse.

À l’arrière du bâtiment, une intervenante accueille et donne des seringues. Samantha Martin explique qu’une boîte en contient 100. D'habitude, on en donne deux à trois boîtes par personne. Ce sont donc 200 seringues au minimum qui sont données.

Quelque peu gênée, elle avoue que la quantité est importante.

Les boîtes sont grosses et encombrantes. Si encombrantes que bien des toxicomanes sans-abris les abandonnent dans les rues.

Malheureusement, on en trouve qui ne sont pas utilisées. Je peux dire qu'au moins un quart, peut-être même un tiers qui ne sont pas utilisées qui sont encore neuves, dans le paquet.

Denise Ouellette, bénévole Needle Awareness

On a trouvé des boîtes quelques fois. Les boîtes étaient presque pleines avec deux trois seringues utilisées.

Généralement attendrie par la candide curiosité de ses enfants, cette mère de Moncton s'inquiète de la perspective qu'ils mettent la main sur ces seringues.

Moi ça me fait moins peur, mais mes enfants pourraient facilement ouvrir ça, confie Denise Ouellette.

Selon moi et toutes les recherches qui ont été faites, c'est vraiment un centre d'injection qui va aider la ville.

Denise Ouellette, bénévole Needle Awareness

La professeure adjointe à l’Université de Moncton est du même avis.

La Ville de Moncton confirme que l’initiative est sur la table à dessin. Il s’agirait d’un projet communautaire mené de concert avec l’organisme Ensemble Grand Moncton, le ministère de la Santé et les réseaux de santé Vitalité et Horizon.

Si la Ville assure y travailler, l'ouverture d’un tel site est loin d’être concrète.

Le site web de Santé Canada indique qu’aucune demande pour un projet d’injection supervisé auprès du gouvernement fédéral n’est en cours en Atlantique.

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