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Les chantiers de la Baie-James : vivre et travailler dans le Nord québécois

Maisons mobiles à Radisson.

Au courant des années 1970, les nombreux chantiers à la Baie-James attirent quelque 185 000 travailleurs.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Au courant des années 1970, les nombreux chantiers d’aménagements hydroélectriques dans le nord du Québec attirent quelque 185 000 travailleurs. Nos journalistes sont allés à la rencontre de ces ouvriers et de leurs familles pour faire état des réalités de la Baie-James.

Une vie de chantier isolée, mais payante

Je sens cette priorité de la production, parfois au prix de la personne humaine.

Aumônier sur le chantier de Radisson

Au Ce soir du 8 novembre 1978, la réalisatrice Louise Tardif s’entretient avec des habitants du chantier de Radisson.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Ce soir, 8 novembre 1978

Pour l’aumônier présent sur le chantier, les travailleurs mènent une vie de solitude. Il dit percevoir la solitude tant chez les individus que chez les familles. Le climat est rude et les attractions peu nombreuses.

Ça saute aux yeux quand quelqu’un arrive, les rues de bachelors pour les patrons et de l’autre côté de la rue, les baraques, les campements pour les travailleurs. Ça frappe aux yeux et ça cause pour certains travailleurs un écrasement, un poids.

Aumônier

Les patrons sont autorisés à vivre avec leur famille, car ils sont sur place pour une plus longue période. Les ouvriers doivent demeurer dans les baraques, parfois seuls, parfois accompagnés d’un co-chambreur qu’ils n’ont pas choisi.

Il est interdit pour les travailleurs d’amener une caisse de bière dans leur chambre. Ils ne peuvent non plus recevoir de la compagnie.

Ils sont en gang toute la journée au travail, sont en gang pour le repas, sont en gang au magasin et le soir ils sont seuls. Pour le moment le travailleur ne peut pas avoir sa femme, il ne peut pas avoir les siens et ça ajoute au sentiment de solitude et d’isolement.

Aumônier

Sur le chantier, les règles diffèrent selon que l’on est un homme ou une femme.

La réalisatrice rencontre deux femmes qui ont choisi de prolonger leur séjour à la Baie-James, car elles aiment l’endroit.

J’ai bien aimé ça et je vais rester longtemps encore. (…) On fait de l’argent en s’amusant!

Employée du secteur bancaire

Les femmes ont certains privilèges que les « gars de chantier » n’ont pas.

Les femmes ont le Club Fémina, une discothèque où les hommes ne peuvent se rendre que si une femme les y invite. Les ouvriers ont la taverne où les femmes sont interdites en tout temps.

Dans sa roulotte, un travailleur confie à la réalisatrice qu’il trouve le temps long.

La taverne, ça vient dull en maudit, y’a rien que des hommes. Pis y’a pas de musique non plus, au Club Fémina y’a de la musique disco. (…) J’ai aimé ça une secousse, mais c’est une vie que je ne ferais pas bien longtemps. (…) C’est bon pour un an, deux ans, trois ans, un gars qui se ramasse un pot et qui veut se partir quelque chose.

Travailleur de chantier

Vivre au Nord quand on est jeunes

Dans les années 1970 et jusqu’au début des années 1980, il n’était pas rare de voir des familles tout entières s’exiler quelque temps sur un chantier de la Baie-James.

Des enfants et des adolescents ont dû suivre leurs parents pour entreprendre temporairement une nouvelle vie.

 À l’émission Téléjeans du 19 janvier 1980, le journaliste Jacques Lemieux rencontre des jeunes à Caniapiscau qui leur font part de leur réalité.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Telejeans, 19 janvier 1980

Du côté de l’école, on apprend bien plus qu’en bas, parce qu’on est beaucoup moins d’élèves que si on était dans une polyvalente. On est juste neuf en secondaire trois.

Adolescente résidente de Caniapiscau

Une jeune fille qui est sur le chantier depuis quatre mois seulement raconte l’accueil qu’elle a reçu.

T’arrives ici puis t’as l’impression que tout le monde t’attend!

Adolescente vivant à Caniapiscau

Avec une population de 19 élèves pour tout le secondaire, les jeunes sont soudés et pratiquent plusieurs activités ensemble, curling, hockey, piscine, volley-ball, arts plastiques.

Certains disent craindre un peu leur retour à la grande ville où les amitiés ne se créeront peut-être pas aussi facilement.

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